Duplicité, effets médiatiques, abus, tel aura été le concentré du Prix Félix Houphouët- Boigny pour la recherche de la paix. En lieu et place des «Grands-mères de la Place de Mai», l’on a eu droit à la célébration dans la haine du vainqueur de la guerre. L’on a aussi trinqué pour le Grand Prisonniers de guerre : Gbagbo. «Les secrets et coulisses de la revanches de héritiers», belle illustration qui n’a pas son égal. Le confrère L’intelligent d’Abidjan a le verbe là où il faut. Et pourtant, il devait s’agir d’une cérémonie qui consacre et célèbre des valeurs telles que la paix, le dialogue, la tolérance… Alassane Dramane Ouattara, le nouveau Président ivoirien dans les délices des cérémonies officielles. Avec lui son ancien rival et adversaire l’ancien chef d’Etat. Psaume de Bédié : «Les Ivoiriens respirent et le pays se remet au travail sous la gouvernance du président Alassane Ouattara. Nous disons Alassane Dramane Ouattara, Ado, un haut cadre pétri d`expérience et de compétence». La haine de Gbagbo faisant, Henri Konan Bédié se découvre supporter numéro un dans la galaxie des Adoboys. C’est l’ivresse des paillettes, spot light et lambris dorés. Paris la capitale française croule sous le poids des convives, une brochette de personnalités ayant en commun l’aversion d’un Laurent Gbagbo qu’elles ont, hélas, dû subir pendant une décennie au sommet de la Côte d’Ivoire. Blaise Compaoré du Burkina Faso, pays base arrière de la rébellion des ex-rebelles et grand bénéficiaire des pillages des ressources minières et agricoles ivoiriennes; Abdoulaye Wade (qui se présente comme le doyen des houphouetistes) du Sénégal, plaque tournant de la diplomatique anti-Gbagbo; le Sénégalais Abdou Diouf président de l’Oif (Francophonie) parrain institutionnel de la coalition rebelle ivoirienne, et les autres, ceux qui culpabilisent croyant que leurs absences pourraient être mal interprétées. A savoir le président mauritanien Mohamed Oul Abdel Aziz, le nouveau président du Conseil constitutionnel ivoirien Francis Vanga Wodié, et tutti quanti. Mais où sont les Grands- mères de la Place de Mai ? Perdues dans l’immense salle de l’Unesco ! On n’aura pas d’yeux pour elles, mais à peine ces mots du président Bédié parrain du Prix qui «salue la décision unanime» du Jury et «salue la distinguée Présidente de cette Organisation, Madame Estela Barnes de Carlotto, et je lui souhaite plein succès dans son combat pour la justice et la paix». Leur présence, transparente, tranche avec l’objectif réel des organisateurs, les héritiers d’Houphouët-Boigny. Ceux-ci en fins limiers de la politique, ont tenu à se donner de la visibilité sur la scène internationale. En voulant se polir une image de faiseur de paix après dix années de guerre qu’ils ont imposée aux populations ivoiriennes pour un retour obstiné aux affaires. Cérémonie en trompe œil, autant dire, M. Ouattara est la super star qui, à la surprise des non initiés, vole la vedette aux vaillantes Grands-mères d’Argentine qui n’auraient pas dû momentanément abandonner leurs rouleaux de tricotage. Mais il y a aussi plus de la moitié du gouvernement du Premier ministre Guillaume Soro, les présidents des institutions ivoiriennes, des dirigeants de partis politiques revendiquant l’héritage du premier président ivoirien et de simples militants. Toute cette transhumance au frais du trône d’Eburnie. Plus de trois cents personnalités aéroportées avec qui il faudra compter les jetons de présence. Un mois de matraquage médiatique, des plateaux des télés françaises avant et pendant la cérémonie, alors qu’un autre chef d’Etat aurait reçu la presse dans son hôtel, c’est plutôt lui Ouattara qui se déménage sur le plateau de Tf1. La soif de communiquer est bien perceptible. La sécu pour les Vip mais aussi pour gazer les troubles fête. Des primes, certainement, pour le policier le plus zélé, résultat : des militants de la liberté violentés dont un concitoyen ivoirien – Prégnon Djadjé – copieusement bastonné par les «soldats de la paix» de Sarkozy. Bref ! Le budget pourrait envoisiner la dizaine de milliards de francs cfa. Presque la valeur chiffrée de la cérémonie d’investiture du président Ouattara à Yamoussoukro. L’argent coule à flot, on dépense sans compter, le peu qui continue encore de tomber dans les caisses de l’Etat quand les com-zones ne sont pas encore passés se servir. Mais il n’y a pas que ce hic. Il y a également le fait que la paix se célèbre au nom d’Houphouët-Boigny, au moment où Laurent Gbagbo ancien président de la République vainqueur constitutionnel de la dernière élection présidentielle déchu par une coalition d’armées étrangères, vit reclus dans une prison au nord de la Côte d’Ivoire. Ce que Félix Houphouët- Boigny «apôtre de la paix» lui-même n’aurait jamais ouvertement osé. L’Unesco célèbre la paix (!?!) Alassane Ouattara, lui, trinque pour ces prisonniers de guerre : le président Gbagbo, le Premier ministre Aké N’Gbo, le gouverneur Dakoury Tabley, des ministres de la République, des présidents d’institution. Et pour ses exilés politiques, un patchwork de chefs de partis, d’intellectuels enseignants d’universités, de syndicalistes et de leaders d’opinion et de citoyens anonymes… C’est pratiquement l’équivalent d’une ville ou plus qui est en exil. Vraiment ‘’la revanche des héritiers’’. Dommage que le Prix Félix Houphouët-Boigny soit réduit à cela, dix huit ans après la mort de celui qui se faisait appeler apôtre de la paix! !
Bertina Soro inLe Temps