Des débats houleux ont émaillé cette journée de contre-interrogatoire à la Cour pénale internationale. Dès le début de l’audience, avant même que l’équipe de défense de Charles Blé Goudé ne reprenne le fil de ses questions, le conseil du témoin est intervenu. Son but : relayer les « préoccupations » de son client quant à certaines questions abordées hier à huis clos partiel et pouvant donner des indications sur le lieu où se trouve actuellement le témoin.
Lors du procès de Simone Gbagbo au cours duquel il avait témoigné, Metche Metchro Moise Harold Fabrice aurait en effet été l’objet de « menaces sérieuses sur sa sécurité et celle de sa famille ». « Ne vous inquiétez pas, je serai très vigilant », a promis le président de la Chambre, assurant qu’il n’autoriserait aucune question sur ce thème. La défense de Charles Blé Goudé à de son côté réagit, dénonçant un courriel envoyé hier par le bureau de la procureure. « Insinuer que nous allons divulguer le lieu où se trouve le témoin, c’est proprement insultant », s’est énervé Jean-Serge Gbougnon, l’un des avocats de l’accusé. « Nous sommes professionnels, il faut qu’on nous respecte. Aucune question n’a fait allusion au lieu où il se trouve et où se trouvent sa femme et ses enfants », a-t-il encore argumenté.
Le témoin appelé à situer Sapia, une ville où il aurait servi en 2004
Le contre-interrogatoire du jour a finalement commencé. Pour tenter de démontrer l’absence de crédibilité du témoin, la défense a suivi la même stratégie qu’hier, confrontant les propos de l’ancien paramilitaire avec ses déclarations antérieures. Jean-Serge Gbougnon s’est donc intéressé à des points précis, commençant par « l’avant-poste » de Sapia, où le témoin assure avoir été envoyé en 2004. Pendant de longues minutes, l’avocat a interrogé Metche Metchro Moise Harold Fabrice sur la localisation des villes de Sapia et de Bondoukou. « Je cherche à démontrer qu’on nous a ramené un témoin peu crédible. Il n’arrive pas à situer Sapia ! », a justifié Jean-Serge Gbougnon, alors que le président de la Chambre l’interrogeait sur la pertinence de ses questions.
Suite à une intervention du bureau de la procureure, l’ambiance est devenue de plus en plus électrique. « Calmez-vous où nous allons interrompre l’audience ! », a même menacé le juge président. N’Dry Claver, autre avocat de Charles Blé Goudé, est finalement intervenu, réclamant à la Chambre « patience et indulgence ». « La défense sait où elle va », a-t-il assuré. De retour dans le prétoire, le témoin a finalement donné sa réponse : lorsqu’on vient d’Abidjan, « on atteint Bondoukou avant d’arriver à Sapia », a-t-il assuré.
Metche Metchro : « Quand je veux rentrer dans les détails, vous me coupez ! »
La suite des débats a porté sur l’appel du 6 novembre 2004 lancé par Charles Blé Goudé. Celui-ci « demandait aux jeunes de sortir pour faire barrage aux forces françaises », selon les dires du témoin. Ce dernier a expliqué qu’il était au courant, avant même cet appel, de la « tentative de coup d’état des Français pour mettre à la tête du pays le général Mathias Doué » et qu’il avait reçu des instructions. Interrogé sur le déroulé des événements la nuit du 6 novembre, le témoin a assuré s’être rendu directement au 43e BIMA depuis Treichville où il se trouvait.
Wed, 26 Oct 2016 04:36:00 +0200
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