« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

Projet de loi sur la ratification du traité de la Cpi : Comment Soro a fait reculer Ouattara

«C’est le gouvernement qui nous a saisis de tous ces textes. Et c’est le gouvernement qui nous adressé une lettre pour nous demander de surseoir à son examen. Le texte de la Cpi va être examiné, mais ultérieurement. Ça va se faire incessamment. Il n’y a aucune inquiétude à se faire, ce texte va être examiné par les députés». Ces propos sont de Mme Emilienne Bobi Assa, présidente de la Commission des affaires extérieures du parlement ivoirien. On comprend que sous la pression de la Cpi, de transférer l’ex Première Dame, Mme Simone Gbagbo à La Haye, le pouvoir a voulu se mettre à l’abri.

Ouattara et Guillaume Soro, le Président de l’Assemblée nationale et patron de l’ex-rébellion des Forces nouvelles, conscients que la ratification de la Côte d’Ivoire de ce texte les oblige à collaborer franchement avec la Cpi, ont décidé de suspendre la procédure. Cela signifie que, décidément, Ouattara veut se donner les moyens de ne pas transférer à la Cpi, ni Simone Gbagbo, ni ses anciens chefs de guerre, dont Soro lui-même, pour leurs actes de rébellion et de crimes divers. Et l’on se demande si ce n’est pas Guillaume Soro même, visé par la Cpi, qui a fait pression sur Ouattara pour qu’il retire ce projet de loi de la table des députés. Car nous savons tous que cet homme, qui a mené pendant près de dix ans, l’ex-rébellion sanglante des Forces nouvelles, veut se montrer blanc comme du coton et accuse, sans scrupules, ceux que ses hommes ont attaqués. Publiquement, il ne se gène pas d’affirmer que la place de Laurent Gbagbo est à la Cpi, alors que lui-même qui a signé «Pourquoi je suis devenu rebelle», se trouve dans les attributs de l’Etat. Or, c’est parce qu’aucune rébellion n’a d’excuse que le régime combat les attaques contre les Frci. Soro ne veut pas entendre parler de la Cpi concernant les criminels des Forces nouvelles. Or, c’est par son ex-rébellion, uniquement par elle, que la violence a visité la Côte d’Ivoire, chose qu’il ne peut effacer de la conscience du peuple. Soro tient Ouattara. Car tous deux complices du complot contre le régime de Laurent Gbagbo, démocratiquement élu, le premier ne veut pas payer seul, sans le second. D’où le retrait de la loi de l’Assemblée nationale. Ne voulant pas de problème, Ouattara a gentiment retiré son projet de loi, par «lettre». Parce qu’il a compris qu’il vaut mieux avoir Soro avec soi, que contre soi. Les preuves sont versées. De 2002 à nos jours. Mais si la Côte d’Ivoire ne veut pas ratifier ce traité, ou traîne les pas à le faire, à quel titre et selon quelle logique Laurent Gbagbo se trouve-t-il à la Cpi ? Que fait-il là-bas, dans la mesure où, pour dire qu’il n’est pas obligé de lui livrer des personnes faisant l’objet de mandat d’arrêt de la Cpi, le gouvernement arrache maintenant le projet de loi au parlement ? C’est Gbagbo seul, mais certainement avec seuls, ses proches que Ouattara voulait voir à la Cpi. Mais ne maitrisant plus la suite de la procédure, il a préféré opter pour la solution nationale, dans la poursuite des pro-Gbagbo. Les zigzags du pouvoir ne doivent pas être fortuits. Il souffre d’une menace intérieure réelle, mais couverte. En envoyant ce projet à l’Assemblée nationale, le chef de l’Etat voulait jouer son va-tout, pour ruiner les espoirs du camp Gbagbo, et non pour revenir sur ses pas. Ce coup de frein brutal et cette machine-arrière inattendue, en disent long sur le niveau de la panique dans son camp. Il a tiré les conséquences du «harcèlement» de la Cpi.

Germain Séhoué in Le Temps

Tue, 11 Dec 2012 21:06:00 +0100

La Dépêche d'Abidjan

Recent Posts

UJIF : Axel Illary investi à Paris sous le signe de l’unité et du rayonnement international

L’Union des Journalistes Ivoiriens en France (UJIF) a officiellement investi son nouveau président, Axel Illary,…

5 jours ago

Niger : RSF saisit le groupe de travail sur les disparitions forcées de l’ONU sur le sort de Moussa Kaka

Un mois après la disparition du directeur de la Radio Télévision Saraounia, Moussa Kaka, au…

3 semaines ago

Moussa Kaka, disparu au Niger : quatre décennies de journalisme et de combat pour la liberté de la presse

Moussa Kaka est une figure du journalisme au Sahel. Celui qui a disparu depuis le…

4 semaines ago

Côte d’Ivoire : libération immédiate de Justin Koné Katinan et de tous les détenus politiques

Le Parti communiste français condamne avec la plus grande fermeté l’arrestation et le placement sous…

1 mois ago

Criminalisation du journalisme au Mali : Abdrahamane Kéita, du Témoin, condamné à deux ans de prison ferme

Au Mali, le directeur de publication du journal Le Témoin, Abdrahamane Kéita, a été condamné…

1 mois ago

Peau noire, Dieu blanc : quand Dieu porte les couleurs des oppresseurs

Le 3 octobre, Axel Illary publiera sur Amazon Peau noire, Dieu blanc. Essai sur l’aliénation…

1 mois ago

This website uses cookies.