« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

Projet exhumation des corps à Duékoué: Ouattara veut effacer les preuves du génocide Wê

On se demande dans son imaginaire, quelle catégorie il attribue aux populations de l’Ouest Wê, notamment, celles de Duékoué. Des sous hommes ? Des esclaves ? Des gens qui ont droit de mourir comme des cafards, dont la vie n’aurait rien de sacré ? J’ai du mal à comprendre Alassane Ouattara. Pourquoi continue-t-il de traiter ce peuple avec un mépris particulier ?
Il existe, pourtant, dans le droit naturel, le droit de l’animal. Parce que l’animal est un être sensible, capable donc de souffrir à cause de nature sensible. On n’a donc pas le droit de pratiquer du sadisme sur un animal. Si telles sont la morale et l’éthique pour l’animal, qu’en serait-il pour l’homme, l’être humain ? La vie humaine est sacrée pour tous. En plus de la nature sensible qu’il a en commun avec les animaux, qui fait que non plus, on ne doit pas pratiquer le sadisme, la méchanceté sur lui, il a une vie spirituelle que l’animal n’a pas.
Une nature qui lui permet de développer des concepts abstraits, comme d’où vient l’homme, l’avenir, l’éternité, l’au-delà, une idéologie, etc. Particularité qui fait de lui un animal religieux. Pourquoi donc, alors que le droit naturel et le droit positif confèrent à l’homme, à tout homme la sacralité de la vie, et le régime Ouattara remet en cause ses acquis en ce qui concerne le peuple Wê ?
Aucune considération. Pour un oui ou pour un non, c’est à l’Ouest qu’il y a des gens qui meurent : Petit-Duékoué ; Guitrozon ; la « guerre Flanny Zara » ; plus de 800 morts au quartier Carrefour ; plus de 200 morts à Nahibly ; Morts à répétition à Guiglo. Les départements de Bangolo, Toulépleu, Bloléquin, etc. ont chacun, leur longue liste de morts. Je soupçonne Ouattara de développer cette idéologie fâcheuse qui sous-tend certains échanges culturels. A savoir la bonne conscience que l’on a de soi et de sa société, donc de son ethnie, de ses coutumes, relativement aux autres communautés qui seraient vues comme des êtres ténébreux.
Les Wê seraient-ils ces êtres là pour le régime Ouattara ? Pourquoi sans avoir établi la lumière sur les graves événements survenus à Duékoué, sans justice, il veut faire disparaître les preuves, les corps ? Or, le corps est la seule preuve du décès, et du crime dans le cas en présence. Pourquoi ? Pourquoi ce mépris ? Pourquoi le régime Ouattara pratique-t-il du sadisme sur le peuple Wê ? Et ce, au vu et au su de tous ? 800 tués le seul 29 mars 2011. Pourquoi accule-t-il ce peuple à la disparition ? Que gagne-t-il en agissant ainsi ?
En faisant du rattrapage ethnique sa politique, il consacre la sublimation de sa communauté, de son identité. Donc de la bonne conscience qu’il a et développe de sa seule souche culturelle. Cette stratification ethnocentriste est ennuyeuse. Pis, source de fracture sociale. Vouloir effacer avec trois millions de francs Cfa, les preuves du génocide Wê, c’est massacrer encore moralement ce peuple.

Germain Séhoué
gs05895444@yahoo.fr
In Le Temps

Fri, 31 Jul 2015 11:50:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

Recent Posts

UJIF : Axel Illary investi à Paris sous le signe de l’unité et du rayonnement international

L’Union des Journalistes Ivoiriens en France (UJIF) a officiellement investi son nouveau président, Axel Illary,…

5 jours ago

Niger : RSF saisit le groupe de travail sur les disparitions forcées de l’ONU sur le sort de Moussa Kaka

Un mois après la disparition du directeur de la Radio Télévision Saraounia, Moussa Kaka, au…

3 semaines ago

Moussa Kaka, disparu au Niger : quatre décennies de journalisme et de combat pour la liberté de la presse

Moussa Kaka est une figure du journalisme au Sahel. Celui qui a disparu depuis le…

4 semaines ago

Côte d’Ivoire : libération immédiate de Justin Koné Katinan et de tous les détenus politiques

Le Parti communiste français condamne avec la plus grande fermeté l’arrestation et le placement sous…

1 mois ago

Criminalisation du journalisme au Mali : Abdrahamane Kéita, du Témoin, condamné à deux ans de prison ferme

Au Mali, le directeur de publication du journal Le Témoin, Abdrahamane Kéita, a été condamné…

1 mois ago

Peau noire, Dieu blanc : quand Dieu porte les couleurs des oppresseurs

Le 3 octobre, Axel Illary publiera sur Amazon Peau noire, Dieu blanc. Essai sur l’aliénation…

1 mois ago

This website uses cookies.