Un succès aussi foudroyant qu’éphémère, décrié par une partie du public et des professionnels. Des parents pointés du doigt, Patricia Clerget (ancienne animatrice à Radio Manche et auteur-compositeur) et Claude Lemoine (producteur des Rockets de 1972 à 1992) accusés de tirer profit de leur bambin, d’en faire un pantin, sans que ce dernier, trop jeune, ne s’en rende compte.
Car l’enfant-star s’amuse, fait le tour du monde, exposé en couverture de tous les magazines. 750 000 exemplaires du single "Dur dur d’être bébé !" s’arracheront en France, suivi par "Alison" (Top 1 en 1993), "Les boules" (Top 13 en 1993) ou la B.O du film "Allo maman c’est Noël" avec John Travolta, "It’s Christmas, c’est Noël" (Top 18 en 1993), trois albums, une certification au sein du Livre Guinness des Records en tant que plus jeune chanteur jamais recensé, et… une Victoire de la Musique en février 1994 dans la catégorie "Chanteur français le plus exporté" grâce à six millions de disques vendus en Europe, au Japon, en Corée du Sud, en Amérique du Nord, au Brésil, en Bolivie, en Colombie, au Québec et même aux États-Unis (avec une jolie 58ème place dans les charts US). Une carrière qui aurait généré 10 millions d’euros de chiffre d’affaires !
À l’époque, le cas Jordy interpelle sur la situation des enfants-stars et sur la protection des intérêts financiers et de l’équilibre psychologique de ces derniers lorsqu’ils sont en contact avec le monde du spectacle. Ses parents ont même ouvert en Normandie "La ferme de Jordy", un parc d’attraction avec des animaux miniatures. Sans grand intérêt, il fermera définitivement ses portes en 1996. La même année, Patricia Clerget et Claude Lemoine se séparent. Ce parc était financé avec les royalties de Jordy qui auraient dû être placées sur un compte bloqué. Son père justifiera ces dépenses illégales par sa volonté d’entretenir « une affaire familiale ». Jordy Lemoine attaquera même en procès son ancienne maison de disques, Sony BMG, qui lui permettra d’empocher une belle somme de 820 000 €, correspondant aux droits d’auteur qu’il n’a pas perçus durant sa période dorée. Le Tribunal de Grande Instance de Paris a confirmé qu’en exploitant des enregistrements phonographiques et vidéographiques sans autorisation de Jordy, artiste-interprète, le label s’était rendu coupable de contrefaçon. « Je sais parfaitement que je devais me rendre compte par moi-même de l’escroquerie, afin de mesurer à quel point j’avais été trompé et trahi par mon père. Sans cette expérience douloureuse, il est vraisemblable que je n’aurai jamais voulu croire qu’il avait été capable de tomber si bas. Mon père est un roi de la manipulation mentale et un parano contagieux. Je n’ai plus de contact avec lui, il m’a même raccroché au nez quand j’ai essayé de l’appeler après la découverte de mes comptes vides, en 2006. Je ne sais pas si j’arriverai à lui pardonner un jour ce qu"il m’a fait » déclare Jordy au sein de sa biographie "Je ne suis plus un bébé" aux Editions Scali. Pour Claude Lemoine, son fils ne chantait pas, mais était juste samplé. Son père se défend donc en disant qu’il est ruiné et insolvable.
En mars 2006, Jordy – fort de sa participation à l’émission de télé-réalité "La ferme célébrités" dont il ressort vainqueur, dévoile un nouveau single "Je t’apprendrai" (Top 45). Sans grand succès. Il fera également une apparition au casting de la série "Sous le soleil", dans le rôle du fils de Louis Lacroix, incarné par Roméo Sarfati. Puis, il y a deux ans, le jeune homme intègre le groupe Jordy & The Dixies, et publie l’album "Vingt’Age". Là encore, sans succès. « Je continue dans la musique. J’ai l’intention de me battre et de continuez là-dedans parce que je me suis rendu compte que c’était réellement ma passion » déclare le chanteur au micro de Michel Drucker.
Résidant actuellement à Paris, Jordy Lemoine continue de chanter, jouer de la batterie et de la basse, sur le chemin de l’indépendance. Si sa formation rock – avec Kris à la guitare, Coco à la basse et Caro à la batterie, Jordy & The Dixies, semble être en veille, il a décroché son baccalauréat au rattrapage en septembre 2009. Le jeune homme est entré depuis à l’ISTS, une école formant des ingénieurs du son.
Thierry CADET in chartsinfrance.net
Sun, 09 Oct 2011 21:15:00 +0200
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