« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

Rébellion, déportations, rattrape ethnique… Comment Ouattara met le nord en danger

Charte du nord, rébellion armée, déportation de prisonniers politiques, rattrapage ethnique, etc. Alassane Ouattara et certains hommes politiques originaires du nord de la Côte d’Ivoire, préoccupés par leurs ambitions politiques, se rendent-ils compte de graves antécédents qu’ils créent entre le nord et le reste du pays ? C’est connu de l’opinion que la rébellion armée, adossée à Blaise Compaoré, a bénéficié de soutiens forts de certains ressortissants du nord de la Côte d’Ivoire. Convaincus par Alassane Ouattara qu’ils avaient été exclus du jeu politique, les Nordistes ivoiriens – dans leur majorité – ont pris fait et cause pour le leader du Rassemblement des républicains (Rdr), en dépit de son ambition démesurée et de ses méthodes contestables de quête du pouvoir. De nombreuses méthodes, allant de la conception d’une charte du nord à une rébellion armée, en passant par la diabolisation des pouvoirs qui se sont succédés, notamment celui du président Laurent Gbagbo, ont été expérimentées. A la faveur de la guerre, des Ivoiriens vivant dans le nord du pays ont été pris à partie, traités comme des «kôhôbala (étrangers)», et passés de vie à trépas. Les plus chanceux ont été dépossédés de tous leurs biens et chassés comme des pestiférés. Aujourd’hui encore, alors qu’Alassane Ouattara est au pouvoir, il fait la part belle aux ressortissants du nord, au nom du fameux «rattrapage ethnique». L’armée, la police, la gendarmerie, sont pilotées dans la plupart des unités par des ressortissants du nord. L’état-major général étant sous le commandement de Soumaïla Bakayoko, l’ancien patron des ex-Forces armées des Forces nouvelles. Dans l’administration publique et parapublique, des Ivoiriens, majoritairement originaires du sud, sont licenciés à la pelle. A leur place, sont recrutés d’autres Ivoiriens, originaires du nord, qui ne sont pas plus méritants. Les exemples de la Société de transport abidjanais (Sotra) et de la Radiodiffusion et télévision ivoirienne (Rti) sont des cas patents. Lorsqu’il s’est agi de l’arrestation des pro- Gbagbo et de leur emprisonnement, c’est encore le nord qui va être exposé. Et transformé en lieu de déportation des prisonniers politiques. Selon le Premier ministre, ministre de la Justice, garde des Sceaux, cette partie du pays offre des garanties sécuritaires. Le chef du gouvernement veut-il dire, au moment où les prisonniers politiques eux-mêmes et les organisations des droits de l’homme dénoncent les conditions de détention dans le bastion de Ouattara, que les prisons du nord sont mieux nanties que celles du sud ? Ce que Ahoussou Jeannot ne dit pas, en réalité, c’est que le régime a plus de garanties d’avoir un regard vigilant sur ces prisonniers politiques contre qui il a dressé les ressortissants du nord.
Du coup, le nord du pays est mis par Alassane Ouattara et ses proches dans une posture d’hostilité vis-à-vis du reste du pays. Si elle perdure, cette situation risque de créer de graves antécédents pour la cohésion nationale. Car les populations du nord, pour des raisons politiques, sont embarquées dans une aventure dont elles ignorent les tenants et les aboutissants. C’est bien parce qu’il faut absolument éviter une sorte de déchirure nationale définitive qu’une réconciliation menée par des personnalités qui s’en soucient vraiment – contrairement à Alassane Ouattara – est plus qu’urgente.

Saint-Claver Oula in Le Nouveau Courrier

Tue, 13 Nov 2012 19:09:00 +0100

La Dépêche d'Abidjan

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