« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
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Réflexion sur le système éducatif ivoirien / Deuxième partie La Côte d’Ivoire se réduit-elle à Abidjan et banlieues ?

En effet, il suffit de consulter le tableau de répartition des enseignants sur l’ensemble du territoire national pour s’en persuader : la majeure partie des professeurs et instituteurs est concentrée à Abidjan et dans quelques villes la jouxtant. Arguant de faux prétextes et dans la plupart des cas, aidés par des médecins affairistes, à la conscience professionnelle douteuse qui leur dressent des dossiers médicaux fallacieux moyennant de l’argent, ces fonctionnaires rémunérés par l’Etat de Côte d’Ivoire en contrepartie de la tâche de formation qu’ils sont censés assurer et pour laquelle ils ont prêté serment au terme de leur cursus à l’ENS (Ecole Normale supérieure) ou au CAFOP, laissent en rade par milliers des apprenants décontenancés, complètement déboussolés, condamnés à ne bénéficier, sur sept ou huit enseignants normalement prévus pour les classes du secondaire, que des savoirs de deux ou de trois de ces formateurs. Au primaire, c’est le même spectacle désolant : des classes entières restent sans instituteurs pour lesconduire. Au lycée moderne 1 de Bondoukou où nous exerçons en qualité de professeur certifié de philosophie, l’insuffisance numérique des enseignants naguère décriée par la population de cette ville sinistrée s’est, cette année, gravement accentuée suite aux exéats ayant autorisé officiellement le départ de nombreux professeurs vers d’autres cieux. A cela, il faut ajouter de nombreuses décisions individuelles officieuses consacrant également des départs qui ne cessent d’affluer. Même tableau au lycée moderne 2 et au collège moderne. Mais, chose curieuse : les enseignants mutés se réclament presque tous de la LMP puisque lors de la présidentielle, nous les avons vus battre campagne pour le candidat Laurent GBAGBO malheureusement battu à plate couture. Doit-on considérer cela comme une sanction pour les populations de la ville de Bondoukou pour avoir accordé leurs suffrages au Président élu, Monsieur Alassane Dramane OUATTARA ? En tout cas, ça en a tout l’air puisque les cadres FPI qui ont pourfendu et fait radier infructueusement certains professeurs dont nous faisons partie ayant fait écran à la forfaiture de l’ex Président sont encore en activité au Ministère de l’Education Nationale ; mieux, ont été promus. C’est le cas de Messieurs KABRAN Assoumou devenu Directeur de cabinet et de KONE Raoul élevé au rang de Directeur de cabinet adjoint de Madame le Ministre Kandia CAMARA. Sans omettre les Directeurs régionaux de l’Education Nationale, les inspecteurs de l’enseignement secondaire et inspecteurs généraux pour la plupart nommés par l’ancien régime sur des bases tribales et idéologiques.
Cela est d’autant plus offusquant que ces mutations en cascade vont davantage grossir le nombre d’enseignants déjà pléthorique dans ces localités. Il n’est donc pas du tout étonnant qu’un enseignant à Abidjan ou à Dabou, dans le secondaire, se retrouve quelquefois avec seulement quatre heures de cours par semaine au lieu des 18 heures ou 21heures réglementaires selon qu’on est professeur certifié ou titulaire d’un CAPCM. Pendant ce temps, à Tengréla, Bouna, Bondoukou, Korhogo, Séguéla, Man, Boundiali…d’autres fils de la Côte d’Ivoire dont les aptitudes intellectuelles sont largement au-delà de la moyenne, sont livrés à eux-mêmes, dans la déréliction la plus totale, sans formation. Ce n’est pas acceptable. Ces enfants qui rêvent de devenir de hauts cadres de la nation dans le futur et participer à la construction de ce pays ont aussi droit au savoir, à l’éducation. Laisser se poursuivre cette hémorragie est tout simplement criminel. La Côte d’Ivoire n’est la propriété de personne. Partant, on ne saurait faire la part belle à certains individus qui quoique grassement payés ont le travail en horreur tandis qu’on oblige d’autres à courber l’échine et à besogner comme des forçats sans pour autant reconnaître leur mérite. Soit tout le monde travaille ou alors qu’on décrète l’oisiveté payée pour tout le monde. Plus question de s’éreinter pour certains pendant que d’autres se prélassent pour ensuite envahir les banques lorsque les comptes sont crédités les fins de mois. Nous nous insurgeons avec la dernière énergie contre cet état de fait.
Nous invitons prestement Madame le Ministre à mettre un terme à cette politique de l’autruche à laquelle elle s’adonne à cœur joie et à faire preuve de réalisme en assumant les responsabilités qui sont les siennes. Arrêtez d’opposer votre parapluie d’indifférence aux messages pleins de sagesse que nous vous envoyons. Sachez-le, Madame le Ministre, nous ne briguons aucun poste. Seul le leitmotiv du rayonnement de l’école ivoirienne guide nos écrits, nos réflexions. Vous vous êtes entourée de vautours qui, à coups de faux rapports, vous mènent tout droit dans le précipice. De supposés collaborateurs ou conseillers qui vous exhortent à prendre le contrepied d’une décision présidentielle réquérant que tous les concours organisés après la période du 04 Décembre 2010 soient invalidés en homologuant les résultats sanctionnant le test d’admission des censeurs, ne visent que votre perte. A la vérité, derrière ces incitations se cachent des velléités revenchardes ayant pour dessein de venger la cinglante déculottée infligée à leur champion lors des dernières présidentielles : ‘’l’Eternel Koudou 1er‘’. Faut-il avoir effectué ses études à la Sorbonne ou à l’université d’Oxford pour comprendre cela ?De par les menées séditieuses de ces taupes de la refondation règne aujourd’hui au sein du Ministère de l’Education Nationale, un indescriptible imbroglio. Le temps est maintenant venu de nettoyer les écuries d’Augias si tant est que vous êtes vraiment animée de la volition de conduire à des destinées meilleures ce secteur stratégique qu’est l’école, de rédorer son blason terni par la gestion scandaleuse des mains inexpérimentées et inexpertes dans lesquelles elle est passée la décennie écoulée. La nation vous regarde !

DIARRA CHEICKH OUMAR
Professeur certifié de philosophie
Lycée moderne 1 de Bondoukou
Doctorant en sciences politiques
E-mail : diarra.skououmar262@gmail.com

Sun, 06 Nov 2011 12:01:00 +0100

La Dépêche d'Abidjan

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