Les premières estimations parlent de 30% de taux de participation. Mais nul doute que ce taux ouvre déjà le débat sur la véracité des chiffres officiels en matière d’élection en Côte d’Ivoire. Il y aura vraisemblablement matière à polémique: les sources proches du FPI, le parti de Laurent Gbagbo dont la direction intérimaire a appelé au boycott du double scrutin régional et municipal, ne donnent guère plus de 25% d’affluence comme aux législatives de 2012. Mais quoiqu’il en soit ce parti peut être heureux que l’abstention ait enregistré la plus forte mobilisation. surtout qu’à la veille même du scrutin, sa direction intérimaire a laissé apparaître quelques signes de paniques et de doute. En tout cas l’on a semblé le lire, dans un premier temps, dans son appel au PDCI en vue de la formation d’un front national face "au bradage du patrimoine national" par le RDR. Geste à l’évidence trop risqué, vu qu’un tel appel pouvait aussi avoir l’effet contraire de mobiliser contre la direction du FPI les mécontents de tous bords qui sont farouchement opposés à l’idée d’un rapprochement PDCI-FPI. Le risque était était d’autant plus grand qu’on sait que les deux partis s’aiment, depuis, d’un amour répulsif. Ce n’est d’ailleurs un secret pour personne que si les militants et sympathisants du Fpi tiennent Bédié et le PDCI, tout autant responsables que Ouattara et le RDR, de la situation lamentable du pays, ceux du vieux parti, eux non plus, ne jubilent pas de bonheur devant la simple idée que le premier président de la deuxième République s’appelle Laurent Gbagbo, A ce dernier les nostalgiques du PDCI pardonneront-ils un jour d’avoir poté le rêve de la restauration du multipartisme qui a remis en cause la culture du parti-Etat et de la candidature unique en Côte d’Ivoire? Mais il y avait aussi une autre raison de douter du succès de l’appel du Front Populaire au boycott des élections de dimanche dernier. En effet les sanctions disciplinaires infligées à une quinzaine de ses cadres réfractaires, toujours à la veille du scrutin, ont laissé entrevoir un sentiment de panique. Pour avoir désobéi aux injonctions de la direction du parti ceux-ci sont sous la menace une radiation, mais en attendant ils sont suspendus de toutes activités et responsabilités au sein du parti. Certains observateurs y ont vu les signes d’une fébrilité grandissante. Mais tous se sont trompés: les résultats des urnes en ont déduit autrement. Le taux de participation est symptomatique de l’épreuve de force en faveur du Front Populaire Ivoirien sur le terrain de la mobilisation électorale. Pour la deuxième fois, en un an, il vient de remporter la bataille des suffrages grâce à un taux d’abstention largement exprimé en faveur de son appel de boycottage. il peut une fois de plus se réjouir d’interpeller ainsi publiquement le régime Ouattara sur les preuves de sa légitimité à l’exclure du débat politique essentiel.
Dékos Badaud (La Dépêche d’Abidjan – Bureau d’Abidjan)