La répression sauvage du meeting de la Jfpi samedi dernier à Yopougon achève de convaincre sur le caractère dictatorial du nouveau pouvoir.
La jeunesse du Front populaire ivoirien (Jfpi) n’a pu tenir son meeting prévu le samedi dernier à Yopougon. Les nouvelles autorités du pays, foncièrement réfractaires à toute contradiction, ont mis tout en œuvre pour que le rendez-vous de la place Cp1 n’ait pas lieu. Faute d’avoir réussi à convaincre sur le coup la direction du Fpi de faire annuler le rassemblement de sa jeunesse, Hamed Bakayoko le ministre de l’intérieur, a mis en marche la machine de répression du régime. Un communiqué au ton martial est lu sur les antennes de la Rti mettant en garde le Fpi contre toute attitude de défiance vis-à-vis des autorités. Dans la foulée, les autorités qui disaient manquer de personnel pour encadrer le meeting en ont trouvé pour mâter les manifestants. La suite se passe de commentaire. Une horde d’éléments des Frci et de dozos chauffés à blanc pour broyer du Fpi a investi les lieux dès la veille. Les premiers manifestants arrivés à la place Cpi ont été cueillis à froid par les hommes armés qui n’ont pas fait dans la dentelle. Le bilan provisoire de cette intervention brutale fait état de plusieurs blessés graves. Devant la violence aveugle qui s’est abattue sur ses militants, la Jfpi a décidé de reporter son meeting à une date ultérieure. Mais pourquoi tant de frilosité autour d’un simple meeting annoncé par la jeunesse d’un parti politique légalement constitué ? Qu’est-ce qui justifie l’usage de la force brutale contre des citoyens libres qui projettent une réunion pacifique pour se prononcer sur la marche du pays comme leur en donne droit la liberté d’expression inscrite en lettre d’or dans la loi fondamentale ? La vérité, c’est que le régime Ouattara, parvenu au pouvoir par la force des armes n’est pas prêt à se soumettre au jeu démocratique. Un jeu qui intègre la libre expression des opinions, la liberté de réunion et de manifestation. En démocratie, la force des arguments remplace la force des armes. Or, en tant que pur produit des armes, le régime qui dirige la Côte d’Ivoire depuis ce triste 11 avril est allergique à tout débat contradictoire. Permettre à l’opposition et particulièrement au Fpi de développer sa capacité de mobilisation apparaît comme un gros risque que Ouattara et ses hommes ne veulent pas prendre. Trop de mensonges ont été diffusés dans le monde entier par le canal des medias aux ordres de la coalition occidentale qui soutient le pouvoir d’Abidjan. Ouattara et ses relais ont fait croire que Gbagbo est fini et que son parti est mort. Ils ont dit que les partisans du président déchu par l’armée française étaient les seules responsables des tueries (3000 morts) survenues lors de la guerre postélectorale là où les chefs de guerre à l’ origine des massacres de Duekoué sont présentés comme des anges sauveurs. Il faut donc veiller à ce que la vérité n’éclate pas. Il faut éviter que les nombreux crimes commis par des milices ne soient dénoncés publiquement. Il faut surtout éviter que le Fpi de part une mobilisation grandiose montre aux yeux du monde qu’il reste le parti majoritaire de la Côte d’ivoire et que même en prison, Laurent Gbagbo reste très populaire. Et la meilleure façon de le faire, c’est d’embrigader les medias libres, d’étouffer la liberté d’expression et d’empêcher l’opposition de manifester. La répression sauvage qui s’est abattue sur les militants du Fpi le samedi dernier traduit éloquemment la volonté de Ouattara d’asseoir une dictature féroce qui se caractérise par la suppression des libertés. Où va la Côte d’Ivoire si de simples meetings sont interdits à l’opposition. Si pour un meeting annoncé, le régime sort des kalachs, qu’adviendra-t-il si le Fpi décide de faire un sit-in ou une marche pacifique de revendication ? Il n’y a aucun doute. La démocratie est en danger de mort en Côte d’Ivoire. La violence exercée le samedi dernier sur les militants du Fpi interpelle les démocrates du monde entier qui doivent se lever contre la dictature que le régime Ouattara avant qu’il ne soit trop tard.
Jean Khalil Sella in Notre Voie