Théâtre de combats pendant la crise post-électorale et point focal de la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire (Fesci), la « Cité rouge », résidence universitaire sise à Cocody, n’est plus que ruines. Les étudiants ont été priés, le 19 avril, de quitter momentanément les lieux. Depuis, les bâtiments décrépits de cette cité sont sans vie.
La gare des taxis communaux de Cocody collée à la cité reste animée près de deux mois après, des éclats de voix se font entendre ici et là. A côté, des décombres jouxtent un mur cassé sur 30 mètres, celui de la Cité Rouge. Les pelleteuses et autres engins qui ont détruit les magasins à l’alentour de la cité. Plus de vendeur de CD, plus de photocopieuse, ni de restaurant. Tout est dégagé autour de cette résidence naguère bouillonnante.
A l’intérieur c’est le calme plat. Sur les murs, des impacts de balles. Les vitres brisées des chambres témoignent des difficiles moments vécus par cette cité. Cinq minutes après notre incursion, nous nous trouvons nez à nez avec un individu en treillis dépareillé qui se présente comme un élément des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (Frci) commis à la surveillance des lieux. [Divers objets jonchent le sol dans les chambres après le passage des pillards.]
Son supérieur, le commandant Blé raconte leur premier jour dans cet endroit : « Nous sommes arrivés dans cette cité une semaine après l’arrestation de l’ex- président. La cité avait déjà été mise à sac. Les fils de courant traînaient partout et faisaient des étincelles. Tout a été pillé ici. Même les lavabos et sanitaires n’y ont pas échappé. Les pillards avaient en ligne de mire les installations d’une société de téléphonie qui a ses antennes au-dessus des bâtiments de la cité. Nous les avons dissuadés et, depuis, nous préservons tous les biens restants». En dépit de la présence du détachement du 8ème arrondissement, les vandales ne démordent cependant pas. Car ils tentent toujours d’enlever les toitures du bâtiment, nous confie M. Dembélé, un des éléments des Frci.
Une visite guidée à l’intérieur des bâtiments permet de constater l’ampleur des dégâts. Les escaliers du premier bâtiment franchi, les portes des dortoirs ouvertes ou fracassées laissent voir une véritable désolation. Il faut faire attention où l’on met les pieds. On trouve un peu de tout, vêtements, feuilles de papier, sacs, fils de courant traînent par terre. Les chambres sont de véritables bazars : sommiers cassés, claviers d’ordinateur, papiers et chaussures occupent l’espace dans un désordre indescriptible. Tout ceci mêlé à de l’eau stagnante par endroits donne une odeur nauséabonde aux pièces.
Notre guide, le soldat Barrou, nous révèle qu’à leur arrivée, les FRCI ont trouvé des fourreaux d’armes à feu et des munitions : « Nous avons trouvé des armes à feu et des munitions. Les étudiants étaient armés et il y a eu des combats ici ». Il insiste pour nous montrer les dégâts provoqués par une arme lourde qui a explosé dans le premier immeuble de la cité. Les murs sont noirs et détruits par endroits.
Plus loin, dans la cour, on aperçoit une salle vide avec plusieurs réglettes d’ampoules au sol. A l’intérieur, on peut lire « Fesci espoir d’une lutte ». A côté, un bar climatisé saccagé dénommé «Le Mare Night Club». Cet établissement vivement critiqué dans le temps comme un haut lieu de dépravation et appartenant à l’un des parrains de la Fesci « le Maréchal KB », était l’un des lieux favoris de retrouvailles et divertissement des étudiants. Barrou se pose la question de savoir si un bar doit exister à l’intérieur d’une cité universitaire.
L’administration non plus n’a pas été épargnée. Au secrétariat, les tiroirs ont été vidés de leurs contenus et les climatiseurs emportés. Dans un autre bureau, des carcasses d’imprimantes et des tiroirs traînent dans un coin.
Les réhabilitations prévues par le gouvernement s’annoncent coûteuses.
Bohoua Nassé Fraternité Matin