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Rui Duarte Barros, Premier ministre de Guinée-Bissau (Exclusif) : « Le problème de mon pays, c’est l’armée »

Le Premier ministre de la transition de Guinée-Bissau, Rui Duarte Barros, a tiré, le dimanche 24 mars dernier à Dakar, dans un entretien exclusif accordé au« Témoin », le bilan de son gouvernement, un an pratiquement après son installation. En escale de quelques heures dans notre capitale en provenance d’une mission de plusieurs jours à l’étranger, M. Barros s’est largement appesanti sur la mission qui lui avait été assignée à la tête du gouvernement de la république de Guinée-Bissau,  depuis le 17 avril dernier. Cette mission s’articulait essentiellement autour de l’organisation d’élections libres et transparentes avant la fin de l’année, la lutte contre les narcotrafiquants,  la reforme du secteur de la défense et de la sécurité ainsi que la réforme du secteur de la justice.

A moins d’un mois de la fin de sa mission à la tête du gouvernement de Guinée-Bissau, Rui Duarte Barros estime que le gros du travail a déjà été abattu. Néanmoins, pour parachever la mission qu’il a déjà entamée, il compte beaucoup sur la collaboration de tous, mais surtout de la communauté internationale pour sortir définitivement ce pays voisin du notre de l’œil du cyclone. Selon lui, la Guinée-Bissau est sur la bonne voie. Le gouvernement de transition qu’il dirige, qui est également un gouvernement d’union nationale, puisque comportant en son sein toutes les sensibilités politiques du pays, a créé, en moins d’une année d’existence,  toutes les conditions d’une gestion transparente des affaires. C’est ce qui explique aujourd’hui, selon ses dires, le rush des investisseurs en direction de la Guinée-Bissau.
En perspective del’élection présidentielle qui sera couplée aux législatives, une première dans le pays depuis son indépendance, le Premier ministre Bissau-guinéen a indiqué que le processus électoral suit son cours normal. La date de ces joutes électorales, initialement prévue en avril, a été repoussée jusqu’au   31 décembre prochain. Selon le Premier ministre, cette décision prise par la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest) est à saluer, puisque le pays n’était pas techniquement et financièrement prêt à organiser ces élections le mois prochain. A l’en croire, le président de la République de Guinée Bissau, M. Sérifo Nhamadjo, a engagé dans ce sens un dialogue « franc et sincère » avec toute la classe politique pour ces élections qui vont constituer, à ses yeux, un véritable test pour la démocratie dans ce pays. Il s’agissait, à travers ces concertations, de faire en sorte que ces scrutins puissent se dérouler sans heurt et sans contestations majeurs. Selon Rui Duarte Barros, qui dit travailler « exclusivement » dans l’intérêt supérieur de tous les Bissau-guinéens, son gouvernement ne ménagera aucun effort pour satisfaire à toutes les exigences des partis politiques afin que ces élections à venir se déroulent dans d’excellences conditions. C’est la raison pour laquelle, dira-t-il en substance, depuis qu’il a été nommé au poste de Premier ministre, il s’évertue à tout mettre en œuvre pour procéder au recensement biométrique des électeurs et à l’élaboration d’une cartographie électorale fiable.
Au cours de cet entretien, le Premier ministre a également déclaré que, lors des dernières élections, qui se sont tenues en 2012, environ 350 000 cartes d’électeurs biométriques avaient été distribuées, alors que le nombre d’inscrits sur les listes électorales tournait autour de 800 000. Dans la même foulée, il a souligné que l’obtention de la Carte Nationale d’Identité, qui constituait un véritable casse-tête chinois pour les populations, sera bientôt un très mauvais souvenir. Sous la houlette de son gouvernement, a-t-il révélé, six centres biométriques seront ouverts à l’intérieur du pays  pour alléger la tache à l’unique centre qui avait été installé dans la capitale, Bissau. Grâce à la décentralisation de ces centres biométriques, le Premier ministre espère que désormais rien ne sera plus comme avant dans le cadre de l’organisation d’élections en Guinée-Bissau. « Nous ne pouvons pas garantir que ces élections ne seront pas entachées d’irrégularités. Cependant, nous sommes en train de tout faire pour qu’il y ait le minimum de contestation possible », a-t-il précisé.
A quelque cinq mois de ces premières élections couplées de toute l’histoire de ce pays lusophone puisque ancienne colonie portugaise, l’objectif du Premier ministre est de créer  les conditions nécessaires à l’organisation d’un scrutin transparent, libre et paisible. Et pour cela, il compte beaucoup sur la communauté internationale car, en Guinée-Bissau, aucun mécanisme n’a été mis en place pour le financement d’élections dans le pays. « On espère que la communauté internationale apportera sa contribution financière. Sinon cela risque d’être très difficile, car c’est la première fois qu’on va organiser des élections couplées dans le pays. Et cela requiert beaucoup de moyens », a notamment plaidé le Premier ministre en poste à Bissau.
Sur un autre registre, M. Rui Duarte Barros a annoncé que le processus visant à réformer le secteur de la défense et de la sécurité sera déclenché à partir du 15 avril prochain. A l’en croire, « tout le problème du pays, c’est son armée ».  C’est pourquoi, le Premier ministre,  qui a décidé de prendre le taureau par les cornes, envisage, avec l’appui de la CEDEAO, la création d’un fonds de pension pour les retraités des forces de défense et de sécurité et la réhabilitation de plusieurs casernes. L’objectif de cette réforme sans précédent, dans un secteur aussi sensible que l’armée, selon le chef du gouvernement, vise à jeter les bases d’une armée professionnelle et républicaine.
Par ailleurs, le Premier ministre Bissau-guinéen a indiqué que son pays ne peut pas se mettre sur la rampe du développement  sans une justice « véritablement » indépendante. C’est ce qui explique, nous a-t-il confié, la détermination de son gouvernement à aller en croisade contre toutes formes d’impunité dans le pays.
Au cours de cet entretien, Rui Duarte Barros n’a pas manqué de magnifier l’exemplarité des relations entre le Sénégal et la Guinée-Bissau, deux pays liés par la géographie et par l’histoire. « Le Président Macky Sall est derrière la Guinée-Bissau, de même que tout le peuple sénégalais. Nous constituons une même famille. C’est pourquoi, nous sommes obligés de travailler ensemble pour le développement de la sous-région »  a-t-il conclu.

Siaka NDONG
 « Le Témoin » N° 1119 –Hebdomadaire Sénégalais (Avril 2013)

Sat, 06 Apr 2013 13:44:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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