« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: PolitiqueTribune

Sans la France, il n’y a pas de territoire ivoirien, il n’y a pas d’Ivoiriens

Invitation à débattre : Biens-meubles

Notre problème est organiquement un mensonge à nous-mêmes. Nous nous disons Ivoiriens. J’ai cherché. Et j’ai trouvé que c’était une création territoriale récente. Une création politique sur mesure. Une création coloniale.

Donc nous nous mentons à nous-mêmes quand nous nous disons Ivoiriens. Nous avons un mal de chien à nous l’avouer ! Nous sommes donc incapables de nous dire que nous nous mentons. De nous dire surtout que la Côte d’Ivoire est un territoire colonial français. De nous dire que nous sommes une création de la France. De nous dire que nous existons, en tant que Ivoiriens, par la volonté de l’Etat français.

Notre nationalité est une tromperie ! Nous avons été trompés. Et nos devanciers ont encensé le crime de génocide. Nos langues biffées. Nos États biffés ! Nos royaumes biffés. Et nos élites dirigeantes assassinées, massacrées et ou déportées.

En lieu et place de notre histoire, la vraie, on nous sert le colonialisme génocidaire.
Voyez ! Nous palabrons sur des thématiques subtilement imposées à notre conscience collective, à nos individualités conscientes.
Déresponsabilisés, nous sommes devenus des marionnettes !!!!
Nous sommes donc « biens-meubles » ou pour faire plus simple et plus clair, nous sommes des esclaves.

C’est ça la vérité crue ! Elle est même cruelle !!!! Sans la France, il n’y a pas de territoire ivoirien, il n’y a pas d’Ivoiriens.

C’est de ce mensonge qu’il nous faut sortir. Et comme nous ne savons pas comment en sortir du fait de notre faiblesse intellectuelle, nous nous mentons. Et nos élites, toutes nos élites ou « commis coloniaux » font dans le déni d’identité. Elles n’ont pas le courage de dénoncer cette situation perturbée et perturbante.

Tantôt, on est fier d’être esclave français. Tantôt, on en a une aversion morbide !!!
Nos élites intellectuelles encensent toujours les négriers !!! Elles revendiquent leurs institutions politiques. Elles nient les nôtres!
La modernité c’est Victor Hugo. La barbarie sauvage c’est Behanzin !!! Elles se plaignent parfois pour avoir quelques commodités matérielles. Snobisme !!!! Mais jamais, elles n’ont posé la vraie question de notre identité.

Peuples libres ? Peuples esclaves ?
C’est ça la racine de notre malheur actuel. Nous sommes incapables de nous interroger sur nous-mêmes, de nous donner les moyens pour nous défaire de cette « saloperie coloniale », une sangsue qui nous colle à la peau.

Nous nions notre identité naturelle. Nous revendiquons, confusément, une identité – distordue – de « bien meuble ».
C’est ça qu’il faut changer. Remettre chaque élément de notre personnalité sociale et culturelle à sa vraie place, nous réapproprier notre identité naturelle. Nous devons faire cesser le crime. Nous devons cesser d’être des biens-meubles.

Jikel Naako de Naako

Fri, 26 Aug 2016 16:37:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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