"Chantage d’Etat"
"Quand Vincent Bolloré s’implante quelque part, il utilise le président français comme son VRP de luxe. Nicolas Sarkozy, de son côté, met dans la balance les relations franco-africaines et fait des pressions", affirme le récent retraité qui assure avoir les confidences de plusieurs présidents africains dont Faure Gnassingbé (Togo) et Denis Sassou-NGuesso (Congo). "Je n’avais jamais connu cela auparavant", déclare l’ancien vice-président du groupe Bouygues, proche des réseaux chiraquiens, qui n’hésite pas à parler de "chantage d’Etat".
Le président congolais, Sassou-NGuesso, aurait confié à l’ancien président de Progosa qu’il ne pouvait plus lui attribuer le port de Pointe Noire suite au veto de Nicolas Sarkozy. La société aurait aussi perdu le port de Douala après que le président français ait déclaré à son homologue camerounais, Paul Biya : "C’est pas Dupuydauby qui viendra vous exfiltrer lorsque vous serez encerclés dans votre palais", selon l’homme d’affaires en conflit depuis plusieurs années avec son rival en Afrique Vincent Bolloré. L’Elysée serait aussi intervenu en Côte d’Ivoire auprès d’Alassane Ouattara pour que la multinationale française conserve son monopole sur le port d’Abidjan. L’industriel franco-espagnol pointe également l’intervention de Claude Guéant en Libye pour que l"intime du président" obtienne le port de Misrata.
"Système Sarkozy en Afrique"
Au Togo, en 2009, Jacques Dupuydauby perd la concession du port de Lomé, que sa société détenait depuis 2001, au profit du groupe Bolloré. Le président, Faure Ganassingbé, aurait prévenu l’homme d’affaires des tractations de l’Elysée dans cette affaire. Condamné en décembre 2010, juste après son éviction, à 20 ans de prison ferme par le tribunal de Lomé pour "abus de confiance", "délit d’escroquerie", "usage de faux", "groupement de malfaiteurs"…, l’ancien président de Progosa dénonce un complot "orchestré par Vincent Bolloré" et soutenu par le controversé Charles Debbasch, conseiller juridique de la présidence togolaise, condamné en France dans l’affaire Vasarely.
L’homme d’affaires réclame "l’ouverture d’une commission d’enquête parlementaire sur le ‘système Sarkozy en Afrique’". Il rappelle que le député socialiste, Jean Launay, avait déjà posé en octobre 2010 une question au gouvernement sur les pressions de Nicolas Sarkozy en faveur du groupe Bolloré au Togo, sans démenti du ministre des affaires étrangères de l’époque, Bernard Kouchner.
Les accusations de l’industriel prononcées contre le chef de l’Etat font suite à celles déjà formulées dans le livre "Sarko m’a tuer"de Gérard Davet et Fabrice Lhomme, publié en août. En 1983, Nicolas Sarkozy, alors maire de Neuilly, aurait proposé au jeune entrepreneur des prestations fictives de son cabinet d’avocat dans le but de financer son ascension politique. Des confidences qui n’avaient donné lieu à aucune poursuite de l’Elysée.
La politique africaine du président de la République, lourdement remise en question par les affaires Takieddine, Bourgi et Djouhri, est une nouvelle fois entachée par ces nouvelles dénonciations de clientélisme. Et reste bien éloignée de la profession de foi prononcée à Cotonou en 2006, par le candidat de "la rupture", qui promettait pour l’Afrique "une relation nouvelle, assainie, décomplexée, équilibrée, débarrassée des scories du passé."
Ronan Kerneur – Le Nouvel Observateur
Tue, 25 Oct 2011 20:21:00 +0200
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