« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
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Sénégal – Me BIram Sassoum Sy, maire de la Médina en exclusivité au «Témoin» : « Eviter de politiser ce drame national »

Le Témoin : Monsieur le Maire, quelle est votre réaction devant cette tragédie ?

Me Birame Sassoum Sy : C’est d’abord une réaction de compassion face à ce drame surtout que cela s’est passé chez nous. C’est une profonde douleur d’autant que les victimes sont des enfants en très bas âge – de huit à douze ans. Au-delà du drame, cela pose beaucoup de problèmes comme l’existence des « daaras », la responsabilité des parents, des marabouts, des pouvoirs publics et, surtout, celle de la société en général. Dans de pareilles circonstances, on mélange l’évènement à l’émotion, ce qui fait que, très rapidement, on oublie comme ce fut le cas pour le « Joola » et d’autres catastrophes de la même nature.

Comment ce drame a-t-il pu survenir ?

MeBirame Sassoum Sy : C’est d’abord une école coranique logée dans une maison quelconque de la Médina, à l’angle des rues 6 et 19. Il s’agit d’une masure dépourvue de tout, nichée dans un dédale de rues. C’est cette situation qui a rendu difficile l’accès sur les lieux aux sapeurs pompiers – car il s’agissait d’une maison logée au bout d’une ruelle qui ne fait pas plus d’un mètre de large. Cela pose le problème de la structuration de l’habitat à la Médina. Un habitat constitué, bien souvent, de bâtiments très vétustes impropres à l’habitation.

Que compte faire la Mairie ?

Me B. S. Sy : La politique de l’habitat n’est pas une compétence transférée aux mairies. Par conséquent, la solution ne peut venir que de l’Etat. Au-delà de tout cela, il faut reconnaitre que la Médina est une zone surpeuplée, presque 250 000 habitants. C’est unquartier populeux plus dense que certains départements du Sénégal et qui était prévu pour loger seulement 10 000 habitants. La Médina est un condensé de toutes les contradictions urbanistiques de la ville de Dakar. Déjà, en 1967, le président Senghor avait tiré la sonnette d’alarme pour envisager, en prospectiviste, la rénovation de la Médina. A l’époque, les populations s’y étaient opposées pour des raisons historico-sentimentales. Maintenant, il s’agit de moderniser la Médina. Pour en revenir au drame de dimanche, il s’est produit dans un « daara » pour ainsi dire cosmopolite car les enfants venaient pour la plupart de la sous-région : Guinée Conakry et Bissau. Le maître coranique chargé de leur formation religieuse était plus mû par des raisons bassement mercantiles, en livrant les enfants à la mendicité toute la journée, depuis l’aube jusqu’au soir. Au-delà de 20 heures, les voilà livrés à la promiscuité la plus totale avec les conséquences néfastes. C’est ainsi que des sommes d’argent ont été trouvées sur les lieux, fruit de la mendicité de plusieurs victimes. Figurez -vous qu’au moment des faits, le marabout était absent. C’est une affaire absolument révoltante !

Que faire ?

Me B. S. Sy : Nous distinguons ce qui dépend de nous comme mesures d’urgence que nous avons prises en relogeant immédiatement les sinistrés, c’est-à-dire les habitants rescapés des lieux, plus d’une quarantaine de personnes à l’école Médine. Nous leur avons offert un site, des matelas et des vivres. Ce sont des dépenses de l’ordre de 300 000 francs par jour. C’est pourquoi, nous attendons l’aide promise par les Autorités et je remercie le maire de Dakar, Khalifa Sall, qui a déjà mis à notre disposition des matelas et des vivres, comme l’Etat du Sénégal qui a déjà logé 15 autres sinistrés.
Il faut éviter de politiser ce drame comme l’a rappelé le Président Macky Sall. C’est un drame national qui doit transcender les clivages politiques.

Propos recueillis par :
Ibrahima MANE
« Le Témoin » N° 1116 –Hebdomadaire Sénégalais (Mars 2013)

Fri, 15 Mar 2013 13:55:00 +0100

La Dépêche d'Abidjan

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