« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
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Si la constitution de 2000 a créé la guerre en Côte-d’Ivoire, alors qu’en sera-t-il de celle de 2016 ?

«Pour beaucoup de gens ce sont leurs propres résolutions qui sont causes de leurs malheurs»

(ESOPE)

Une partie des Ivoiriens s’est rendue aux urnes, le dimanche 30 octobre 2016, en vue du référendum constitutionnel sous l’ère Ouattara. Le mardi, 1er novembre 2016, la commission Electorale Indépendante (CEI) a donné les résultats officiels de ce referendum. Sur 2 678 601 électeurs, 2 480 287 ont opté pour le ‘’oui’’ soit 93,42 %, 174 714 soit 6,58% ont dit ‘’non’’ à ce nouveau texte. Il y a eu 15 234 bulletins nuls et 8366 votes blancs. Le taux de participation est de 42,42%. C’est donc dire que 57,58% des électeurs ne se sentaient pas concernés par ce projet. C’est ce qui est traduit par le taux d’abstention. C’est ainsi qu’on peut résumer le sentiment des Ivoiriens pour le projet de la troisième république. Pour faire une comparaison des deux républiques, rappelons les chiffres du referendum de 2000. Sur 5 017 087 électeurs, il y a eu 2 808 157 votants. On avait enregistré 85 143 bulletins nuls ou blancs. Sur les 2 723 014 suffrages exprimés, soit 98,90%, 2 356 161 ont opté pour le «oui », soit 86,53 % et 366 853 pour le « non » soit 13,47 %. Le taux d’abstention était de 44%.

Revenons un temps sur le taux d’abstention puisqu’il a un sens particulier en Côte d’Ivoire. Il est admis que la participation électorale est considérée comme l’un des traits les plus caractéristiques de la bonne santé d’un régime démocratique. Considérée comme l’un des symptômes les plus emblématiques d’une profonde crise de la représentation politique, elle touche tous les segments de la société et tous les types d’élection. Sa force de rappel aux élections conduit à réexaminer la place du vote parmi l’ensemble des outils d’expression politique à la disposition des citoyens. On peut même ajouter que le vote n’est pas un acte individuel, un moyen d’expression, un droit politique comme les autres. C’est un signe fort de socialisation et de politisation du citoyen par lequel il se saisit et décide des affaires publiques. Si la citoyenneté établit le lien social entre l’individu et le corps politique, c’est au moment de l’élection que les individus se constituent de manière ponctuelle et symbolique en « communauté de citoyens ». C’est pourquoi le vote représente un devoir dans la morale civique et républicaine. Il n’empêche, cet acte demeure en droit français un acte volontaire et donc juridiquement facultatif.

En Côte d’Ivoire, le Rassemblement des Républicains (RDR) a soutenu l’idée selon laquelle le taux d’abstention au referendum de 2000 était un signe de la fracture sociale qui va se transformer en rébellion quelques années plus tard. Cette position soutient l’idée que le taux d’abstention traduit en chiffre, la défiance des citoyens à l’égard de leur propre classe politique, dont les membres sont fortement présumés d’être à la fois impuissants et corrompus ou illégitimes. Une double présomption qui explique en partie le refus plus ou moins radical de participer au jeu électoral et qui illustre la fracture politique qui oppose les élus et leurs citoyens, les gouvernants et les gouvernés. Le taux d’abstention de 44% a créé la guerre et la rébellion en Côte d’Ivoire. Aujourd’hui, le taux d’abstention sous Ouattara est de 57,58%. Une seule et unique question me taraude à l’esprit : si la constitution de 2000 a créé la guerre alors qu’en sera-t-il de celle de 2016 ? S’il vous plait aidez-moi à trouver des réponses. Dieu nous garde.

PRAO YAO SERAPHIN

Wed, 02 Nov 2016 19:25:00 +0100

La Dépêche d'Abidjan

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