Guillaume Soro du haut de son tout nouveau piédestal de chef du Parlement fait le tour du monde, aux frais du contribuable ivoirien, pour dit-il prôner la réconciliation alors que à Abidjan ces troupes continuent leurs exactions contre les populations civiles. Comme le dirait l’artiste Billy Billy les FRCI «contrôlent les pièces avec des lances roquettes ».Les ivoiriens qu’ils raflent prient pour qu’on les envois au poste car si le cargo dévie seul la forêt du banco pourrait témoigner si elle le pouvait.
Soro se présente aujourd’hui comme un robin des bois, qui est venu sauver les ivoiriens. Il dit même avoir fait mieux en un an que Mamadou Koulibaly en dix. Mais de quoi parle Soro ? Lui qui a été quatre ans durant chef d’un gouvernement qui préférait le raccourci Gbagbo parce qu’il ne voulait pas avoir affaire ni au Parlement ni à Koulibaly qui étaient sans concessions pour la rébellion. Alassane Ouattara n’est-il pas devenu lui-même Président après avoir été candidat par exception et grâce à un décret Gbagbo sans passer par le Parlement ? Alors de quoi parle Guillaume Soro lui qui avec ses alliés avait tenté via le GTI de briser et de faire disparaitre le Parlement ?
Le rôle du Parlement est de contrôler l’action du gouvernement. Depuis qu’il est en place, après des bricolages jurico-politiques, quels actes de contrôle Soro a-t-il posé ? Depuis deux ans on assiste a des violation constante et impunie du Code des Marchés Publics, à une augmentation sans justification et sans mesure transitoire des prélèvements obligatoires pour le financement de la retraite imposée par l’Etat au dépens des générations futures, à un hyper-réendettement en désordre de l’Etat alors que le pays est sous perfusion PPTE et que les gaspillages des ressources publiques sont monnaies courantes, à des accords et traités internationaux signés dans une opacité totale, à une décentralisation dénaturée qui consiste plus en une déconcentration administrative de l’Etat qu’en une réelle volonté de subsidiarité, à des violations répétées de la loi fondamentale, à une présence militaire et paramilitaire oppressante dans les rues et une marginalisation des corps de police et de gendarmerie ect…
Sur tout ces sujets a-t-on entendu une seule foi Soro s’exprimer et rappeler le gouvernement aux règes de la bonne gouvernance ? Jamais. Qu’a-t-il donc fait au point de se comparer à Koulibaly ?
Faire le tour du monde pour chanter la réconciliation sous d’autres cieux n’est pas le rôle premier d’un chef de Parlement. Aurait-il oublié qu’il est lui-même l’une des causes de la déflagration de la vie politique ivoirienne qu’il prétend aujourd’hui vouloir réconcilier ? Sil la réconciliation passe par la justice peut-il sérieusement se faire le chantre de la paix sans rendre compte lui-même des crimes de guerre dont il est soupçonné ?
Alors au lieu de rendre compte sur le financement de la rébellion, des pillages systématiques du sous sol des zones CNO, du casse de la BCEAO et de la mort des près de 3000 personnes du fait de cette rébellion sans compter les exactions de ses troupes, le sieur Soro se pare d’habits d’innocence.
Personne ne peut nier que pendant l’intervalle de la crise postélectorale, il ne s’est rien passé. Les scènes d’horreurs restent encore gravées dans la mémoire collective de tous. Et, le deuil des nombreuses victimes ne peut se faire que s’il y a réellement une justice réelle. Or, il se trouve des acteurs majeurs comme Soro qui, dans le déni de la réalité et la peur de payer, essaient bon an mal an, de falsifier notre histoire en se faisant passer les victimes qui n’ont rien fait de mal pour qui tous les autres sont les bourreaux. Soro n’a-t-il pas dit lors d’un entretient sur France 24 « pourquoi voulez vous qu’on arrête des gens qui n’ont rien fait ? ». Ainsi donc pour lui ses com’zones et lui n’ont rien fait. Alassane Ouattara ne les a t-il même pas promut à des gades supérieurs dans l’armée et l’administration ? Un négationnisme honteux qui vient en parfaite contradiction des évènements qui se sont pourtant déroulés sous nos yeux et dont des preuves incontestables restent entière.
Du reste on aurait pu s’attendre à ce que la CPI, la voix proclamée de la sagesse des nations, monte au créneau et réclame la justice pour toutes les victimes. Mais jusque là rien. Elle semble accompagner cette justice des vainqueurs. Il y a des prisonniers politiques retenus sans charges concrètes depuis deux ans sans jugement et personne dans la communauté internationale ne s’en inquiète. Quand le Président, en libère quelque uns suite à un casting dont lui seul a le secret, on salue sa magnanimité. A quoi sert donc notre justice à sens unique ? Qui sert-elle enfin ?
A celles et à ceux qui observent sans broncher la dictature et l’oppression qui s’installe en Côte d’Ivoire et qui pensent qu’il suffit d’être neutres et qu’ainsi ils seront protégés et sauvés de la vérité… à ceux-là, il faut dire avec force que la l’injustice du régime ivoirien et de ses alliés a, et aura, des conséquences qui ne s’arrêteront pas aux frontières de leurs riches pays comme on y arrête les immigrants.
Dans leur quotidien, dans notre paix artificielle, dans leur convivialité mise en scène, dans leur sécurité, ils ressentiront bien vite et très concrètement, un jour ou l’autre, les conséquences de leur lâcheté devant l’injustice. Le silence de celles et de ceux qui ne savent plus dénoncer « les terreurs officielles » ni se lever en face de tant d’injustices est une honte. A n’en point douter, Soro et les siens serons un jour conviés – d’une manière ou d’une autre – à la table de ceux qui ont des comptes à rendre et ils devront, comme tant d’autres, y boire la substance de la honte et de leur démission déshumanisées.
Ces derniers jours, je suis resté pensif. A quoi peut-il bien servir de « condamner le silence » de la communauté internationale face à l’oppression continuée du peuple ivoirien. A quoi cela peut-il bien servir ? Peut-être à se donner le droit – au nom de la cohérence – de faire silence quand les puissants de ce monde s’agiteront pour faire « condamner » les conséquences de leur silence ! Peut-être…il y aurait quelque logique à cela.
Ou peut-être plus simplement… au nom de la dignité… pour refuser de se taire et ne jamais cesser de résister aux oppresseurs et aux négationnistes, même désormais riches et puissants, même dans leur nouvel état d’innocence !
Mohamed SYLLA, Délégué National de LIDER aux Reformes Institutionnelles
Mon, 24 Dec 2012 07:01:00 +0100
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