« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

TÉMOIGNAGE / LA DIFFICILE VIE DES REFUGIES IVOIRIENS AU GHANA FACE A LA LONGUEUR DU PROCESSUS HCR

LE RECIT:

Depuis l’éclatement de la guerre électorale ,ils sont tres nombreux les ivoiriens et autres ressortissants de differents pays vivant sur le sol de côte-d’Ivoire qui, fuyant les persécutions politiques et ethniques, sont livrés à elles-mêmes sur un sol étranger. Comment sont-elles accueillies par les autorites ghaneéennes,le HCR,et les populations locales? Comment vivent-elles?
L’ACCUEIL DES REFUGIES ET LEUR RAPPORT AVEC LES AUTORITES DU GHANA ET L’UN-HCR
Fuyant la guerre en Cote d’Ivoire , les refugiés sont arrivés de differentes manières (routes,pistes de brousse, etc).Certains sont dans des camps (sous des baches HCR). D’autres sont dans des villes et villages. Voulant mieux s’éloigner , d’autres encore sont dans la capitale Accra ou dans de garandes villes comme Cape Coast , Takoradi etc.
Notons que le 1er camp (petit camp ) est a ELUBO ,une localité très fréquentée par les hommes en tenue militaire de Côte-d’Ivoire (FRCI). Quant au grand camp, il est situé à une cinquantaine de kilomètres d’ELUBO et n’est pas à l’abri de l’espionnage des gens que nous avons fuis en Cote d’Ivoire.

LE GHANA REFUGEE BOARD ET LE HCR

Les refugiés ivoiriens vivant au GHANA n’ont aucun rapport avec les autorités Ghanéennes , ni avec le HCR depuis leur enregistrement dans les camps comme au sein du “GHANA REFUGEE BOARD”(GRB). Notons qu’après avoir rempli des dossiers avec les logos de l’UN-HCR, au GRB, c’est à notre grande surprise , une attestation ne portant aucune trace UN-HCR que l’on nous a livrée. Nous ne comprenons rien à cette situation car ni dans les camps, ni dans les villes et villages les refugiés n’ont aucun papier officiel du HCR , pas d’interview etc. Qu’en est-il avec la population Ghanéenne?

RAPPORT AVEC LA POPULATION DU GHANA

Concernant la population Ghanéenne , nos rapports sont mitigés. Si certains vous admirent, la majeure partie vous boude, les gens vous lorgnent.
En fait , le constat qui est fait c’est que certains Ghanéens sont heureux de taquiner des francophones que nous sommes en prononcant un "bonjour”, “ça va”etc.
Avouons que très nombreux sont ceux qui détestent le refugié ivoirien. Ils avancent qu’à cause de nous la vie est devenue chère (logement, nourriture, etc..). Car les commerçants ont fait grimper leurs prix face à la demande devenue forte. En réalite ,le refugié est detesté pour un fait qui n’est pas sa faute . C’est donc dans un climat de méfiance que nous vivons.En plus de cela , la langue locale nationale est un frein, parce que tout Ghanéen ne parle pas l’anglais. Vous vous efforcez à parler l’anglais, on vous répond en langue locale. Comment vivent alors les refugiés ?

LES CONDITIONS DE VIE DES REFUGIES (LOGEMENT-TRANSPORT-NOURRITURE etc)

Les difficultés se font sentir dans la vie du refugié à plusieurs niveaux (le logement,la nourriture ,le déplacement, la sécurite,la santé, les documents administratifs etc…)

LE LOGEMENT

Le logement se fait à deux niveaux: au camp comme en ville ou au village
-Au camps
Dès votre arrivée, vous êtes reçus et l’on vous donne un sticker qui vous donne droit à une place sous les tentes quand il y en a.
Dans le cas contraire, vous dormez à la belle étoile ou dans une maison inachevée. Vous êtes une sorte de SDF (Sans Domicile Fixe).Dès qu’une place est obtenue , l’on vous envoie au grand camp.
EN VILLE/ AU VILLAGE
L’on dort dans des maisons inachevées ou chez des amis . D’autres qui ont un peu plus de moyens dorment à l’hôtel, qu’ils quittent dès que leurs poches sont vides.
Dans tous les cas, ce n’est pas fameux, c’est même très difficile.

LA NOURRITURE

En ce qui concerne les repas , cela varie selon qu’on soit dans un camps ou en ville.
AUX CAMPS
-Dans le petit camp (ELUBO),un seul repas est servi par jour . Quelques fois , l’on vous surprend avec un petit déjeuner (bouillie de riz ou mais). Entre midi et deux vous vous débrouillez pour le déjeuner en achetant chez les petits commercants ou en cherchant l’aide d’une bonne volonte. Vous devenez ainsi une sorte de mendiant.
-Dans le grand camp (AMPAIN), avec votre sticker (ticket), l’on vous sert du riz, un fourneau, des sachets, etc, pour que vous-mêmes vous fassiez la cuisine. Vous devez donc veiller à votre manière de manger au risque de voir votre dotation épuisée seulement en quelques jours .
Tout cela développe des fléaux comme la mendicité,la prostitution, etc.

SECURITE ET TRANSPORT

La sécurité est très dicrète au Ghana, et sans doute efficace. Cependant, l’on a très peur car,les va-et-vient incessants des inconnus ne peuvent pas rassurer le refugié.
La présence des hommes en tenue militaire qui regnent en maîtres absolus en Cote -d’Ivoire est très visible au GHANA , surtout à ELUBO (NB:avec les tenues militaires de Cote d’Ivoire). Cela augmente le traumatisme du refugié, car il retrouve avec beaucoup de stupéfaction ceux qu’il croyait avoir fui. Cela pousse beucoup de personnes a s’éloigner, conduisant même d’autres au TOGO, au BENIN ,au NIGERIA etc.
En conclusion , le refugié se sent dans l’impasse, non rassuré.

LE TRANSPORT

Le transport est la bête noire du refugié . Car il faut parler le “TWI” langue locale. Si vous ne la parlez pas, le taximètre vous fait promener et vous taxe inutilement.

SANTE

Le refugié fait un rang pour attendre les comprimés qu’on donne presqu’à tout le monde pour différentes maladies.Cela décourage le malade qui se soigne comme il peut avec les médicaments traditionnels. Ceux de la ville sont, dit-on, pris en compte à l’hôpital.Mais il faut se lever pour se rendre à la représentation de l ‘UN HCR.De là, l’on vous transporte à l’hôpital vers 10h -11h et un long rang vous attend.vous en avez jusqu’ a 17h -18h pour un malade qui s’est levé depuis 4h sans manger.

CONCLUSION: APPEL (CRI DE COEUR)

Dans l’incertitude totale(pas de rapport avec les autorités du GHANA, ni avec celles de l’UN-HCR ),le refugié ne peut que lancer un cri de coeur pour une aide d’urgence pour des raisons de securité, de manque de moyens financiers etc.

TÉMOIGNAGE D’UN REFUGIE IVOIRIEN VIVANT AU GHANA.

Mon, 18 Jul 2011 10:26:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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