L’espoir né au lendemain du second tour du scrutin présidentiel, s’est volatilisé à la faveur du blocage continu du processus électoral. Il faut se rendre à l’évidence, un seul mot est à retenir de cette phase de transition : l’échec ! Echec de la classe politique, échec de la société civile. Comme avec le système Conté, on a voulu faire de la condescendance pour accompagner un processus bancal, qui ne reposait sur rien de solide. L’opportunisme l’a emporté sur l’esprit patriotique. Pour n’avoir pas su dépasser des antagonismes, pas forcément indécrottables, les acteurs de la transition en cours ont conduit le pays dans une impasse peu enviable. En l’état actuel des choses, personne ne peut dire de quoi demain sera fait. La transition qui, au départ semblait amorcer un début prometteur, est aujourd’hui sérieusement compromise. Il n’y a pas à chercher de midi à quatorze heures, la responsabilité de cette dramatique et inquiétante situation est collective…
Cet amer constat découle des derniers événements que nous venons de vivre dans la capitale. En effet, le 27 août dernier, la marche pacifique, projetée par le Collectif des partis politiques pour la finalisation de la transition et l’ADP, qui a fait long feu en raison d’un impressionnant dispositif de sécurité, a conduit à la radicalisation des organisateurs.
Malgré l’annonce faite par le porte-parole de la présidence, de la décision du Chef de l’Etat du choix de l’une des solutions de sortie de crise proposées par le CNT, il faut se rendre à l’évidence que nous en sommes encore à la case départ. Pour la simple raison, que les partis d’opposition rejettent la démarche qui a conduit au choix opéré. Il ne faut guère se faire d’illusions, les appels à la retenue et à la nécessité d’une concertation en lieu et place d’une confrontation inutile et ruineuse, n’ont pas de chance de trouver un écho favorable auprès des différents protagonistes. Le déficit de confiance a conduit aujourd’hui le pays dans un véritable imbroglio politique.
Au regard du fait que le CNT dans l’élaboration de son document de sortie de crise a impliqué toutes la catégories socioprofessionnelles du pays, il est temps de voir la réalité en face et de tirer les leçons qui s’imposent. De mon point de vue, la solution idoine à la crise politique de notre pays devrait venir de l’extérieur. Hélas! A certains égards, notre fierté nationale en prendrait un sacré coup. Mais face au dialogue de sourds infructueux, qui s’est instauré depuis presque deux ans, va-t-on attendre de guerre lasse, que le pire arrive ?
Si la communauté internationale par le biais du Groupe de contact, la CEDEAO et le médiateur Blaise Compaoré ont bien voulu accompagner à ses débuts notre transition, avec la signature des fameux accords de Ouaga en janvier 2010, cette démarche aurait dû se poursuivre jusqu’à la mise en place de l’assemblée nationale. Une mauvaise évaluation de la situation nationale, a fait penser que la tenue des élections présidentielles pouvait conduire le pays sans accrocs au terme de la transition. C’est ainsi que le Groupe de contact s’est transformé en Groupe des pays amis à la Guinée et sans plus. La CEDEAO et le médiateur ont pris leur distance pour nous laisser gérer une transition chaotique.
Maints observateurs l’ont souligné à plusieurs reprises, même si les accords de Ouaga ont conduit à la formalisation d’un agenda pour le retour à un ordre constitutionnel, nous sommes aujourd’hui rattrapés par les effets pervers de la gestion de la transition. Nos différents mécanismes internes de médiation ayant prouvé leurs limites, notre salut pourrait venir de l’extérieur. Il est temps pour le Groupe des pays amis de la Guinée, de la CEDEAO, de l’Union Africaine et des Nations Unies de se pencher à nouveau sur le cas de notre pays.
Pour ma part, je souhaite vivement que le cours des événements me donne tort !
Thierno Saïdou DIAKITE in GuineeConakry.info