Parmi les victimes figurent quatre ouvriers qui travaillaient de nuit dans des usines. Un Marocain de 29 ans a été tué par la chute d’une poutrelle lors de l’écroulement d’un hangar dans une fabrique de polystyrène expansé à Ponte Rodoni di Bondeno. Deux ouvriers italiens ont succombé dans une usine de céramique à Sant’Agostino, quand le toit est tombé sur eux. L’un des deux, Nicola Cavicchi, 35 ans, "voulait aller à la mer, mais, avec les mauvaises prévisions de météo, il avait décidé d’aller travailler, pour remplacer un collègue malade", ont raconté ses parents en larmes. Le corps d’un quatrième ouvrier a été retrouvé dans la matinée sous les décombres d’une fonderie dans un autre village de la zone.
Répliques
Une Allemande de 37 ans qui était en déplacement de travail, près de Bologne, est décédée à la suite d’un malaise alors qu’une femme de plus de 100 ans a été retrouvée sous les gravats de sa maison. "Je suis sortie quand j’ai senti la maison bouger. Les meubles tombaient, les gens couraient dans tous les sens, c’était le chaos", a déclaré à l’AFP Claudio Bignami, électricien à la retraite de 68 ans, qui habite San Carlo près de Ferrare. Selon des spécialistes, plus de 80 répliques ont été recensées, dont une plus forte, de magnitude 5,1 vers 15 h 20. Un pompier qui effectuait des contrôles sur un bâtiment ancien a été blessé dans cette secousse, mais son état au départ qualifié de grave n’inspire plus d’inquiétudes.
Le séisme de la nuit a aussi eu ses miraculés : une fillette de cinq ans restée emprisonnée sous les ruines de sa maison à Finale Emilia a été sauvée par les pompiers grâce à un échange téléphonique par-delà l’Atlantique. "Mon fils, à New York, était sur Internet quand il a vu la nouvelle du tremblement de terre. Il nous a tout de suite appelés. Et c’est d’Amérique qu’il a réussi à alerter les secours que nous n’arrivions pas à joindre", a raconté à l’Ansa Adriano Ziosi, 64 ans, décorateur à la retraite.
Une cinquantaine de personnes ont été blessées dans cette région prospère et très peuplée située entre Ferrare et Modène, au coeur de la plaine du Pô, où alternent exploitations agricoles, zones industrielles, villages riches de tours et de clochers moyenâgeux. Selon un responsable du consortium du grana padano, un fromage similaire au parmesan, plus de 300 000 meules ont été détruites ainsi que des entrepôts pour un coût de 250 millions d’euros. Au total, quelque 3 000 personnes ont dû être évacuées, a indiqué la protection civile. La plupart (2 500) se trouvent dans la région de Modène alors que 500 viennent des environs de Ferrare. Le séisme a aussi contraint les autorités à évacuer 500 détenus de la prison de Ferrare.
Patrimoine culturel touché
Dans la zone la plus touchée se succèdent maisons à demi écroulées, amoncellements de gravats sur les routes, corniches d’église ou de tour détachées. Le riche patrimoine culturel de la région a subi d’"importants dégâts", a indiqué le ministère de la Culture. Sous l’impact de ce séisme, qui équivaut dans son intensité à celui de L’Aquila en 2009, plusieurs joyaux architecturaux de villages proches de Ferrare ont été endommagés. Des dégâts importants sont ainsi survenus dans la petite ville de San Felice, où une église s’est écroulée. De nombreux monuments historiques, dont l’hôtel de ville, y ont été endommagés, leurs murs lézardés. Près de Bologne, la partie supérieure d’une tour du château de Galeazza s’est détachée.
À Ferrare, dont le centre historique est classé au patrimoine mondial, des corniches calcinées, provenant probablement du château d’Este, construit à partir de 1385, gisent sur la place Savonarole. Dans une des rues de la ville – non loin du fameux jardin des Finzi Contini, théâtre d’un roman célèbre et du film du même nom de Vittorio de Sica en 1970 -, l’un des énormes éléments architecturaux de la Bourse du commerce, un palais du XVIIIe siècle, s’est écroulé. À San Carlo, un oratoire du XVIe siècle qui venait d’être restauré a été complètement détruit et les statues d’ange dans l’abside sont désormais à ciel ouvert, car le toit est tombé. Claudio Fabbri, un architecte de 37 ans, est désespéré : "On travaillait à la restauration de cette église, très riche, depuis huit ans. Maintenant, il n’y a plus rien à faire"… De nombreuses églises de la région sont fissurées ou ont leur façade trouée en plusieurs endroits, comme à Calto (Rovigo) où le toit s’est aussi partiellement écroulé.
Signes de normalisation
Le séisme, de magnitude 6, a été enregistré par l’Institut national de géophysique à 4 h 4. Il est survenu à 5,1 km de profondeur. Son épicentre a été localisé à Finale Emilia, à 36 kilomètres au nord de Bologne. La forte secousse sismique a duré une vingtaine de secondes interminables. Elle a été ressentie dans tout le nord-est de la péninsule, de l’Émilie-Romagne à la Vénétie – une famille de touristes colombiens a raconté à l’AFP qu’elle avait été prise de panique à Venise -, et même plus légèrement en Lombardie, dans le Frioul ou en Toscane.
Signal rassurant pour les citoyens, les bureaux électoraux se sont ouverts comme prévu pour le deuxième tour des élections municipales à Piacenza, Parme, Budrio et Comacchio. Autre signe de normalisation : les principales liaisons ferroviaires ont repris. En revanche, la protection civile a recommandé de limiter les messes du dimanche. À Ferrare, lundi, bibliothèques, écoles et musées resteront fermés tandis que toutes les manifestations culturelles et sportives sont annulées. Plusieurs hôpitaux et une prison ont été évacués par mesure de sécurité, dans la crainte de nouvelles secousses.
"L’Italie est un pays hautement sismique. Ce que nous savons avec précision, c’est que 5,9 de magnitude ou 6 est le maximum qui se soit produit dans ces zones par le passé", a expliqué Enzo Boschi, sismologue très connu en Italie. L’Italie est encore traumatisée par le séisme de L’Aquila, dans les Abruzzes, plus au sud de la péninsule, qui avait causé la mort de 309 personnes et privé de leur logement 80 000 habitants.
Un Français présent à Venise dimanche matin témoigne pour Le Point.fr :
"À 4 heures du matin, j’ai été réveillé en sursaut. Le sol de ma chambre tremblait, les pampilles du lustre s’entrechoquaient, et mon lit bougeait. Cela a duré une quinzaine de secondes. J’ai cru qu’un bateau plus lourd ou plus rapide que les autres passait dans le canal qui jouxte l’immeuble que j’occupais. Mais dehors régnait le calme habituel. Ce n’est qu’au bout de quelques minutes que j’ai imaginé qu’un tremblement de terre venait de nous toucher. Je n’en ai eu la confirmation qu’au petit matin en regardant la Rai", témoigne ce Français venu passer le week-end dans la Sérénisime. "À ma connaissance, il n’y a pas de dégâts dans la ville, mais ces secousses ont peut-être contribué à fragiliser un peu plus les fondements d’une cité déjà menacée par les acqua alta, des navires de croisière toujours plus gigantesques et des palais pas toujours bien entretenus."
lepoint.fr
Sun, 20 May 2012 23:50:00 +0200
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