« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP

Un frère d’Ib enlevé devant la prison à Abidjan

Peur panique à la Maison d’Arrêt et de Correction d’Abidjan (Maca) parmi les détenus. Le samedi 17 mai 2014, aux environs de 17 h 30, alors qu’il venait d’être libéré et marchait devant la Maca, Sanogo Mohamed Hamed, cadet d’Ib, est percuté par un véhicule dont les occupants l’ont emporté à une destination inconnue. Ce Kidnapping a jeté l’effroi sur les détenus de la Maca qui se demandent à qui le tour. Mais selon nos sources, les soupçons pèsent déjà sur le pouvoir Ouattara qui veut se débarrasser des prisonniers gênants. Sanogo Mohamed Hamed est le frère cadet de feu Ibrahim Coulibaly dit Ib, leader du Commando invisible. Il s’agit de cette faction rebelle pro-Ouattara, qui avait instauré la terreur et les atrocités à Abobo pendant la guerre postélectorale de 2011, avant de se rebeller contre Alassane lui-même, après l’arrestation du Président Gbagbo et à cause du partage du « butin ». Sanogo Mohamed Hamed est détenu depuis 2011 et était d’abord au Ctk de Korhogo avec des prisonniers politiques pro-Gbagbo avant d’être envoyé à Maca en même temps que ceux-là. Il fait partie des rescapés des proches d’Ib. Ce samedi donc, aux environs de 16h, il reçoit son billet de libération, de même qu’un autre proche d’Ib, le capitaine Nebou Bryan. Sanogo Mohamed est alors sorti parce que sa femme et son enfant l’attendaient. Et pendant qu’il marchait avec ses proches pour aller emprunter un taxi, selon nos sources, aux yeux de tous, un véhicule de type 4×4 double cabine aux vitres teintées, venu de nulle part, le percute. Il est projeté violemment devant le véhicule. Des hommes en descendent, le mettent à bord de l’engin et disparaissent avec lui. Ses ravisseurs sont-ils allés l’exécuter ? Pourquoi alors attendre qu’il soit libéré ? Qui les a informés qu’il venait de recevoir son billet de libération et qu’il sortirait d’un moment à l’autre ? Ce sont des questions dont les réponses peuvent faire avancer une enquête si elle était ouverte. Mais il est bon de savoir que son codétenu Nebou Bryan, selon nos informations, subodorant le danger, s’est montré prudent. Lui a refusé de sortir en l’absence de ses avocats et tous ceux qui pouvaient assurer sa sécurité. C’est que Sanogo Mohamed Hamed, Nebou Bryan et bien d’autres détenus sont dans le viseur du régime. Celui-ci jurerait d’avoir leur peau parce qu’ils seraient parmi les « sachants » de la crise postélectorale qu’il n’est pas parvenu à rallier à sa cause. Le pouvoir Rdr est donc soupçonné d’avoir commandité un commando de cinq gladiateurs dans une voiture 4×4 pour enlever les deux personnes dès leur sortie et leur faire du mal. Parce que les tuer en prison serait trop flagrant. Les organisations de la société civile, les partis politiques, la communauté internationale, les organisations des droits de l’Homme, sont avertis, interpellés. Ces personnes sont traquées comme l’on a voulu faire taire Sémefia Sekou dit Sekouba, dont le témoignage est arrivé à la Cpi. Sanogo Mohamed Hamed et Nebou Bryan sont en danger. Car selon nos sources, ce kidnapping a été bien prémédité. En effet, comment comprendre que malgré les postes de police, de gendarmerie, des Frci et même de l’Onuci devant la Maca, aucune force n’est intervenue pour s’interposer ? Quel est donc leur rôle en ce lieu, si en pleine journée, des inconnus peuvent, en leur présence, enlever tranquillement un détenu qui vient de recouvrer la liberté ? De même, toujours selon nos sources, le directeur de la Maca les aurait pressés à sortir immédiatement de sa prison. Comme si quelques heures encore dans ces locaux lui coûteraient cher. Sanogo Mohamed Hamed lui, avait cédé surtout à cause de la présence de ses proches. Mais cela n’a pas empêché son enlèvement. Quelle garantie a maintenant le capitaine Nebou Bryan, le rescapé, que s’il met les pieds dehors, il ne serait pas l’objet d’un kidnapping et d’un assassinat ? Nous voyons donc que dans ce pays, nous sommes tous en danger. Et si un tel malheur nous arrivait, le pouvoir Ouattara et son bras séculier, le ministre Hamed Bakayoko, sont les seuls responsables.

Germain Séhoué
gs05895444@yahoo.fr
In Le Temps

Tue, 20 May 2014 09:03:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

Recent Posts

UJIF : Axel Illary investi à Paris sous le signe de l’unité et du rayonnement international

L’Union des Journalistes Ivoiriens en France (UJIF) a officiellement investi son nouveau président, Axel Illary,…

5 jours ago

Niger : RSF saisit le groupe de travail sur les disparitions forcées de l’ONU sur le sort de Moussa Kaka

Un mois après la disparition du directeur de la Radio Télévision Saraounia, Moussa Kaka, au…

3 semaines ago

Moussa Kaka, disparu au Niger : quatre décennies de journalisme et de combat pour la liberté de la presse

Moussa Kaka est une figure du journalisme au Sahel. Celui qui a disparu depuis le…

4 semaines ago

Côte d’Ivoire : libération immédiate de Justin Koné Katinan et de tous les détenus politiques

Le Parti communiste français condamne avec la plus grande fermeté l’arrestation et le placement sous…

1 mois ago

Criminalisation du journalisme au Mali : Abdrahamane Kéita, du Témoin, condamné à deux ans de prison ferme

Au Mali, le directeur de publication du journal Le Témoin, Abdrahamane Kéita, a été condamné…

1 mois ago

Peau noire, Dieu blanc : quand Dieu porte les couleurs des oppresseurs

Le 3 octobre, Axel Illary publiera sur Amazon Peau noire, Dieu blanc. Essai sur l’aliénation…

1 mois ago

This website uses cookies.