« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
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Un militant du RDR écrit à Alassane Ouattara : « Pour une gestion efficiente du pouvoir, éloignez la famille ! »

Sans forfanterie aucune et loin de nous toute intention d’offusquer qui que ce soit, nous croyons avec force conviction que, pour l’intérêt supérieur de ce continent balafré, rendu exsangue par les turpitudes et conduites exécrables de ses fils et filles qu’est l’Afrique, le bon sens et l’éthique commandent qu’on rompe radicalement d’avec cette papelardise ignominieuse qu’on entretient autour des détenteurs de l’exécutif pour jouir indûment de prébendes, de leur bonne grâce, de leur protection. Pour m’inscrire dans le même sillage discursif que mes maîtres, en l’occurrence les Professeurs Niamkey KOFFI et Yacouba KONATE qui, par la pertinence et la profondeur de leurs analyses, nous ont édifié sur le sens à donner au pouvoir et à celui qui l’incarne, c’est-à-dire le chef de l’Etat, lors du débat télévisé animé par le journaliste Thomas BAHINCHI la semaine écoulée, un Président de la République à qui le peuple délègue son pouvoir, ne doit aucunement être considéré comme un empereur, encore moins comme un démiurge ayant droit de vie et de mort sur ses sujets. Quelles que soient les valeurs morales et les aptitudes professionnelles qui le distinguent, il reste avant tout un humain, l’une des plus vulgaires pièces de cette gigantesque machine que constitue le cosmos, soumis à l’immédiateté contingente et à la précarité objective. Il n’est donc pas exonéré par l’erreur, par les paralogismes, les jugements erronés. Les Latins ne disent-ils pas à bon droit que : ‘’Errare humanum est’’ ? Y aurait-il des êtres épargnés par cette loi fondamentale de la nature constitutive de la nature humaine ? Ne concerne-telle pas tous les individus humains, sans exception ? C’est dire que nos mandants que nous élisons à la magistrature suprême, parce que faillibles à bien des égards, ont quelquefois besoin de nos sages et courageux conseils pour mener à bien leurs tâches régaliennes. Entretenir autour d’eux un climat d’hypocrisie consistant à les appuyer dans leurs errements et incongruités, les gorger au quotidien de mensonges pour mériter des subsides souventes fois aussi éphémères que la brise matinale parce qu’à la vérité immérités, les mènent tout droit dans le précipice et impactent négativement les intérêts des populations. Malheureusement, ces pratiques ont la peau dure, elles tendent même à être érigées en normes existentielles en Afrique : quand on est nommé par le chef, on se croit obligé de tout lui dire, sauf la vérité. Car, selon cette cabalistique logique, les principes de la gratitude, de la reconnaissance exigent qu’on mente à son bienfaiteur, qu’on lui dise des choses qui sont loin de refléter la réalité des faits, des choses qui ne sont ‘’vérités’’ que dans notre imaginaire de mendiants chroniques disposés à toutes sortes de compromissions pour avoir le foin. Quelle infamie ! Cette propension à encenser outre mesure, à sur idéaliser, sur dimensionner nos dirigeants politiques au point de s’abstenir de leur adresser des mazarinades quand il le faut, a perdu nombre d’entre eux. L’histoire politique foisonne d’une myriade d’exemples de ce genre. C’est seulement lorsque la débâcle survient, que les langues se délient, qu’on se met lâchement à table comme le fait le Sieur Sakombi INONGO, ex Ministre de la communication du satrape-sanguinaire MOBUTU Sese Seko, dans le documentaire réalisé par Thierri Michel intitulé ‘’Mobutu, roi du Zaïre’’, qui a dirigé d’une main de fer l’ex Zaïre de 1965 à 1997.

Voilà pourquoi, Monsieur le Président de la République, Mon Président, car nous sommes membre du R.D.R de la ville de Bondoukou et avons voté pour vous lors des présidentielles, nous voudrons, avec toute la déférence et la considération dues à votre rang, nous désamarrer de manière étanche de cette duplicité entretenue par certains de vos collaborateurs et de nos militants, qui ruminent pourtant en sourdine, hypocritement, toute honte bue, lorsqu’ils se retrouvent en intimité, mais qui, paradoxalement vous inondent de dithyrambes quand ils se retrouvent en face de vous. Monsieur le Président, la tendance à s’égarer, à se tromper est inscrite dans les gènes humains et sans remettre en cause vos qualités exceptionnelles, vous n’en êtes pas épargné. Vous avez, en notre sens, commis une erreur politique, assez grave, mais pas irréparable. Cette erreur, c’est d’avoir introduit la famille au cœur du pouvoir. D’abord, en nommant votre frère puîné en qualité de Directeur financier de la Présidence, vous risquer de créer une crise de confiance entre vos proches collaborateurs qui ont tout donné pour que vous soyez là ou vous êtes et vous. Vous savez un peu les rapports que les gens ont avec l’argent, en Afrique. C’est comme si vous leur disiez en des termes désambigüisés que personne n’est assez honnête au sein du RHDP pour occuper ce poste hautement stratégique et que cette valeur cardinale qu’est l’honnêteté est l’apanage exclusif des Ouattara. Voici l’interprétation qui peut être faite de cette décision et que vos affidés et alliés pensent in petto sans avoir cette vaillance de vous le reprocher ouvertement. Comme si cela ne suffisait pas, vous l’avez élevé au rang de Ministre chargé des affaires présidentielles lors du dernier ‘’remaniement ministériel’’, en lui octroyant encore plus de pouvoirs. Quoiqu’ ignorons les parchemins obtenus par Monsieur Téné Ibrahima OUATTARA et son profil, nous ne doutons aucunement du fait qu’il soit qualifié pour ce poste, sachant la rigueur qui vous guide dans vos choix. C’est le fait qu’il soit votre petit frère qui nous gêne énormément. Cette nomination peut également faire l’objet d’une autre exégèse beaucoup plus malicieuse et malveillante. L’on pourrait par exemple penser que ce choix a été opéré pour voiler d’éventuelles transactions financières, lâchons le concept, malversations car Alassane, c’est en quelque sorte Ibrahim et Ibrahim, c’est aussi en quelque sorte Alassane. Pour rien au monde, le frère cadet n’acceptera de brader l’honneur de son aîné bienfaiteur. En toute franchise, voici la réflexion que nous inspire l’acte que vous avez posé, Monsieur le Président.
Il y a aussi la nomination de votre nièce, TOURE Masséré, élevée au rang de conseillère spéciale en communication, qui nous turlupine, en notre qualité de féru de la fabuleuse idéologie que vous prônez. Là encore, nous ne mettons nullement en cause les qualités professionnelles de Mademoiselle TOURE Masséré et les diplômes qu’elle pu glaner durant son parcours scolaire et universitaire. Derechef, ce qui nous taraude, c’est qu’elle soit votre nièce. Monsieur le Président, sans fanfaronnade, nous avons étudié les sciences politiques, aussi l’histoire des idées politiques qui nous ont été enseignées par les Professeurs Niamkey KOFFI et KOMENAN Aka Landry qui sont des icônes au plan universitaire. De ce que nous avons appris, c’est que partout où la famille s’est mêlée ou a été mêlée à la gestion du pouvoir politique, il y a eu des problèmes et non des moindres. Pis, quelquefois des dérives inqualifiables. Les exemples sont légion. Vous en savez certainement quelques-uns. Alors, Monsieur le Président, mon très cher et adulé Guide, nous vous prions d’être regardant sur ces remarques que nous venons de formuler. Accordez-y une attention particulière, puisque c’est ce qui est susurré par nombre de personnes, même certains de vos plus proches collaborateurs qui n’ont pas cette énergie morale de vous le signifier en vous regardant dans les yeux. Nous savons que cette sortie ne sera pas du goût de beaucoup de personnes qui préfèrent se vautrer dans la fange des contre-vérités, des affabulations mirobolantes à l’effet de glaner des strapontins politiques et qui tireront pour sûr à boulets rouges sur nous. Nous restons de marbre et nous assumons en toute responsabilité nos écrits. Raison pour laquelle, nous les signons à chaque sortie. Nous avons choisi la voie de l’honneur et de la vérité qui est quelquefois hérissée d’épines, mais nous l’assumons en toute excellence. La critique, lorsqu’elle est constructive, est toujours source de progrès. Monsieur le Président, nous vous ferons une autre adresse, sous peu, au sujet de la question cruciale afférente aux brebis galeuses au sein des FRCI.
Que Dieu vous garde Monsieur le Président et qu’il vous donne la sagesse, la sagacité et les moyens nécessaires pour élever ce pays au rang des grandes nations. Que Dieu bénisse la Côte d’Ivoire ! Recevez nos salutations déférentes, Monsieur le Président !

DIARRA CHEICKH OUMAR
Professeur certifié de Philosophie
Lycée moderne 1 Bondoukou
Doctorant en sciences politiques
E-mail : diarra.skououmar262@gmail.com

Fri, 20 Apr 2012 22:52:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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