« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

Un mois après la décision de retrait du Fpi de la Commission électorale indépendante (Cei) Alain Dogou (Représentant de l’Afd et du Fpi à la Cei) « je vais aviser…»

Monsieur le ministre, quelle est votre réaction après l’adoption en commission à l’Assemblé nationale, du projet de la loi modificative de la Cei, créant trois nouveaux postes dans le bureau qui passera de 6 à 9 membres ?

Au regard de l’évolution de l’actualité politique, j’ai le sentiment naïf que, le gouvernement doit avoir un intérêt particulier à ce que l’Alliance des forces Démocratiques (Afd) et le Front populaire ivoirien (Fpi) soient absents du jeu électoral. Sinon, comment interpréter, que l’on fasse passer les membres du bureau de la Cei de 6 à 9 membres, sans discussions préalables avec l’opposition significative ? Les partis politiques membres de l’Alliance se battent pour des principes et, le gouvernement leur sert des postes. Les préoccupations de l’opposition relativement à la Cei ne sont pas d’ordre arithmétique. Nous étions d’accord avec le chiffre de six (6) membres pour le bureau. Nous souhaitions pour la formation du bureau, dans le cadre de la recherche du consensus, un quantum de deux (2) représentants pour chacune des entités de la Cei que sont l’opposition ; le Rhdp et la société dite civile. Nous sommes deux (2) représentants de l’opposition qui avons suspendu le 5 septembre 2014, notre participation aux travaux de la Cei et, le gouvernement nous offre trois postes pour réintégrer la commission. Doit-on comprendre que, pour le gouvernement, le clergé catholique qui a claqué la porte fait désormais partie de l’opposition ? Ou alors, c’est le Mfa qui est poussé vers les sentiers de l’opposition, parce que son représentant était aussi sorti de la salle, en guise de protestation contre l’absence de consensus, au moment de la parodie d’élection des membres du bureau ? Dans l’esprit du projet de loi, Si nous décidons de réintégrer la commission, qui va occuper le troisième poste du bureau qu’on dit réservé à l’opposition ? Le gouvernement considère t-il, les deux opposants( ! )déjà présents dans le bureau, comme étant de nouveaux membres du Rhdp ? Et puis, que fait-on de la présence non rassurante de M. Bakayoko Youssouf à la tête de cette institution ? Comme on peut le constater, le nouveau projet de loi sur la Cei adopté en commission au parlement, est en déphasage total, avec les préoccupations de l’opposition significative. Il faut donc le corriger profondément avant son adoption en plénière. La Cei est un organe de régulation sociale, il est donc important qu’elle rassure tous les acteurs et partenaires électoraux pour prévenir les conflits.

Quelles sont les revendications qui avaient justifié votre sortie de la Cei le 5 Septembre, au moment de la mise en place du bureau ?

Nous avons demandé, comme pour les lois de 2001 et 2004 sur la Cei, la mise en place d’un bureau consensuel, pour rassurer l’opposition significative et cela nous a été refusé. Je voudrais rappeler qu’en 2001, l’opposition politique avait obtenu après des discussions avec le gouvernement du président Laurent Gbagbo, les postes de premier et deuxième vice-président de la Cei présidée alors par le magistrat Camille Hoguié. C’est pour cette configuration du bureau, que l’opposition Rhdp avait accepté, de participer, aux élections de conseillers généraux et de district de juillet 2002.
En 2004, l’opposition a claqué la porte de la Cei qu’elle trouvait déséquilibrée dans sa composition, en faveur du parti au pouvoir (Fpi) et de ses alliés. Après des négociations politiques à Pretoria, les partis politiques de l’opposition ont obtenu, la présidence de la Cei et les postes de premier, deuxième et troisième vice-président. L’opposition avait aussi obtenu à Pretoria que, les représentants de l’administration publique aient des voix consultatives et non délibératives. C’est dans cette configuration du bureau, que la Cei a organisé l’élection présidentielle de 2010. Les partis de l’opposition qui avaient réclamé et obtenu tous ses arrangements de la loi sur la Cei en leur faveur, ne sont autres que le Rdr, le Pdci, l’Udpci et le Mfa, c’est-à-dire, le Rhdp qui est le regroupement de partis politiques aujourd’hui au pouvoir en 2014. La crise post-électorale nous a certes traumatisé mais, ne nous a pas tous rendus amnésiques.
Dix ans après, nous demandons simplement au Rhdp, de respecter, la jurisprudence positive dont il est l’initiateur à savoir, la mise en place par consensus, d’un bureau de la Cei présidé par l’opposition significative, dans le but de corriger pour le fonctionnement, le déséquilibre structurel de la loi en leur faveur et, des voix essentiellement consultatives pour les experts dans leur domaine technique, pour les représentants de l’administration dans la commission. En nous retirant momentanément de la Cei, nous protestons et prenons l’opinion à témoin, sur les menaces qui se profilent à l’horizon. Nous ne voulons plus revivre une nouvelle crise en Côte d’Ivoire, c’est pourquoi, nous considérons notre suspension aux travaux de la commission, comme une alerte pour tous les acteurs du processus électoral.

Que répondez-vous à ceux qui attendent votre démission de la Cei après la décision de retrait de la commission prise par le Fpi  le 13 septembre 2014 ?

Je leur réponds simplement que, je suis, au regard du décret n°2014-463 du 8 aout 2014 portant désignation des membres de la Commission électorale indépendante, le représentant de l’Alliance des forces démocratique (Afd) et du Front populaire ivoirien (Fpi). L’un de mes mandants s’est retiré de la Cei et j’en ai pris acte à travers un échange épistolaire avec le premier responsable de notre association privée. Je voudrais ajouter que, sans aucune ingérence extérieure, je peux par moi-même, à tout moment, pour convenance personnelle, démissionner de la Cei, sans que cela ne déchaine des passions ou suscite des émotions inutiles. En outre, je suis convaincu qu’il y a des passerelles plus efficaces, pour transmettre des messages à un représentant assermenté dans une institution, sans le tambouriner sur la place publique. Pour le moment, j’ai suspendu, ma participation aux travaux de la Cei, jusqu’à la mise en place, d’un bureau consensuel qui rassure toutes les entités et organisations membre de la commission. Je note qu’un mois après les sorties des représentants du clergé catholique, de l’Afd et du Mfa-Rhdp, le gouvernement a décidé d’apporter une réponse ex-nihilo, pour un bureau qui va passer de 6 à 9 membres. C’est un pas timide que je salue, en souhaitant que le parlement qui a été saisi, aille plus loin. Ma position personnelle est de trouver un cadre consensuel, pour ne pas accompagner aveuglement, le Rhdp dans l’Institution chargée d’organiser les élections générales de 2015. Je vais donc aviser après la ratification de la loi modificative sur la Cei qui pour le moment, est en attente de discussion en plénière au parlement.

Êtes-vous convaincu que la Cei dans sa configuration actuelle est capable d’organiser une élection présidentielle crédible en octobre 2015 ?

La crédibilité d’une élection s’apprécie d’abord par l’évaluation du dispositif légal et réglementaire ensuite, viennent toutes les opérations électorales jusqu’au déroulement du scrutin. Notre bataille actuelle concerne la mise en place d’un cadre juridique qui rassure tous les acteurs. Pour l’heure, rien de ce qui se déroule à la Cei, ne rassure l’opposition significative. En tant que membre assermenté de la Cei, je constate à douze mois du scrutin, qu’un candidat potentiel est en précampagne depuis plus de deux ans, pendant que ses adversaires sont en prison ou dans les méandres de la justice avec leurs moyens financiers pour faire campagne sous séquestre. Je me demande comme vous, est-ce une élection crédible que la Cei doit préparer et organiser ou, le plébiscite d’un candidat unique ? Ce sont entre autres, ces situations que la Cei devra rapidement recadrer, si elle veut gagner en crédibilité. Dans l’application des dispositions pertinentes du code électoral, l’on ne peut pas profiter d’une visite de développement économique et social dans une région avec les moyens de l’État, pour lancer des appels électoraux de ralliement et de soutien à une candidature. C’est finalement, la seule chose que les Ivoiriens ont retenu de la visite dans l’Iffou, et que, la télévision nationale, la radio et le quotidien gouvernemental, nous servent comme programme et article quotidien. Au regard de notre code électoral, sommes-nous dans la période de l’équité du temps d’antenne entre candidats potentiels, douze(12) mois avant la période de l’égalité du temps d’antenne entre candidats déclarés ?La nuance est essentielle pour l’administrateur électoral que je suis mais, personne ni prête attention, si bien que, le citoyen lambda considère que, cela est normal. Que disent la Haute autorité de la communication audiovisuelle (Haca) et le Conseil National de la Presse (Cnp), en charge, selon le code électoral, du contrôle du temps d’antenne en période électorale? Sommes-nous véritablement en période électorale ?

Pour terminer, comment appréciez-vous personnellement, le processus de réconciliation neuf mois après votre retour d’exil ?

Je suis revenu d’exil sans être inquiété et cela, dans le cadre d’un accord politique, nonobstant le mandat d’arrêt international qui plane sur ma tête et qui n’a pas été rapporté. Mes avoirs bancaires continuent d’être gelés depuis bientôt quatre ans, alors que je remplis toutes les conditions exposées publiquement par le porte-parole du gouvernement. Je constate que les personnalités favorables au président Laurent Gbagbo pendant la crise post-electorale de 2011, sont, pour la majorité, déferrées devant la cour d’assise, pour avoir respecté l’arrêt insusceptible de recours du Conseil constitutionnel ivoirien ayant proclamé le résultat de l’élection présidentielle de novembre 2010. Moi-même, membre assermenté de la commission centrale de la Cei, je ne suis pas à l’abri de poursuites judiciaires. Comme on peut le constater, le processus de réconciliation manque visiblement de lisibilité. En fait, la question préjudicielle est le retour de la confiance, qui est le préalable à la réconciliation entre tous les Ivoiriens, sinon, le décor social se résume en un tableau synoptique lamentable : Ils ont la présidence de la république ; les ministres ; les ambassadeurs ; tous les députés ; les gouverneurs de districts ; les maires ; les conseillers régionaux ;les directeurs centraux et généraux, les Présidents de conseils d’administration et régionaux ; tous les ouvriers ; les tacherons ; les manœuvres ; les chauffeurs ; les éboueurs ; les contrats privés et les marchés publics. Nous, nous sommes en prison ; en exil ; en liberté provisoire ;à la maison ; au chômage ; nos comptes sont gelés et des mandats d’arrêts trottent sur nos têtes ; nous sommes expropriés de nos plantations, nos maisons sont occupées et nous voyons de nouveaux exploitants agricoles occuper de forces nos terres. Nous devenons dans l’indifférence totale, des étrangers dans notre propre pays. Nous disons, pour régler toutes ses situations: Asseyons-nous et discutons sérieusement des problèmes de la Côte d’Ivoire et après, nous irons doucement aux élections, parce que nous sommes pressés de respecter l’échéance d’octobre 2015.
Je vous remercie.
Entretien réalisé par

Alain Dogou : « La Cei doit-elle organiser une élection crédible ou le plébiscite d’un candidat unique ? »

Thu, 06 Nov 2014 18:03:00 +0100

La Dépêche d'Abidjan

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