« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Tribune

Un petit aparté concernant certains managers des musicien.ne.s africain.ne.s

Il y a un bon bout de temps maintenant, je voulais rencontrer Sekou Bambino, un artiste musicien guinéen. C’était pour un article. On m’avait tellement bien parlé de lui que c’était devenu évident pour moi qu’il fallait lui consacrer un papier. Je me suis rendu compte que, comme bon nombre d’artistes, il n’était pas facilement trouvable. J’avais le choix entre sauter dans un avion et atterrir à Conakry ou contacter un journaliste là-bas pour qu’ils nous mettent en contact. J’ai choisi la deuxième option. Le journaliste m’a dit avoir eu le numéro du manager et qu’il me tenait au courant. Jusqu’à ce jour, je n’ai jamais su la suite et en grande personne j’ai compris qu’il ne me fallait pas reposer la question.
Mais là, ce n’est que le début de la chronique…
Sous un doux soleil à Bamako, j’ai une fois rencontré une artiste. Une griotte de renommée internationale. Une grande dame. J’étais très chanceux ce jour-là, car j’ai appris que si j’étais venu le lendemain, je l’aurais loupée, elle s’apprêtait à aller honorer un contrat aux États-Unis. Dans notre échange, elle a dit qu’elle quittait son manager et était à la recherche d’un autre. Quand j’ai voulu creuser les raisons, elle a continué en disant que son manager était censé être exclusif, mais qu’elle s’était rendu compte que quand on l’appelait et qu’elle était en déplacement à l’étranger, il proposait aux promoteurs d’évènement un autre artiste. Sa décision était actée, elle devait le virer !
Ce n’est toujours pas fini, on ne fait que commencer…
Il y a quelque temps de cela, j’ai demandé à quelqu’un qui programme les artistes pour un festival pourquoi il n’invitait jamais d’artistes congolais, ivoiriens, camerounais, gabonais, etc. Il m’a répondu en me disant qu’il le faisait auparavant, mais qu’il avait décidé d’arrêter. J’ai voulu en savoir un peu plus et il m’a dit que la plupart des managers étaient des analphabètes et impolis. Estoqué, je ne me suis pas dégonflé, j’ai voulu en savoir plus. Il a continué en disant que quand il ne se faisait pas raccrocher au nez sans s’être même présenté, il arrivait souvent que le manager décroche et dise : « elle n’est pas là » et raccroche ensuite. Il m’a aussi parlé du côté technique, du dossier de presse qui est très souvent absent ou mal présenté. Bref, il avait opté pour plus de simplicité en préférant des artistes faisant partie des agences de communication artistique. Je trouvais que c’était un peu dommage pour les artistes modestes, certes, mais d’un autre côté je ne pouvais pas reprocher à quelqu’un de chercher un peu d’apaisement dans son travail.
S’il n’y avait que ça…
Une artiste ivoirienne m’a dit un jour que c’est grave. Que la solution était sûrement d’épouser son manager. Que le manager est comme un mac, un proxénète, qu’il faut tout le temps séduire si l’on veut qu’il fasse bien son travail. Elle m’a avoué avoir déjà eu des relations sexuelles avec l’un de ses ex-managers. Que c’était comme ça, que c’est l’envers du décor.
Là, on va vers la fin…
Une artiste tchadienne, rencontrée par hasard à l’aéroport de Genève (Suisse), m’a dit qu’elle préférait son manager actuel. Que c’était un grand ami, qu’elle l’avait choisi parce qu’il y avait plus de complicité. Autrefois, elle avait un agent dans une grosse boîte de communication artistique. Elle m’a dit que c’était super chic, mais super froid. Qu’il n’y avait pas trop de place pour l’amitié, c’était du business pour du business. Qu’elle ne se sentait pas bien dans ce genre d’environnement, alors elle a préféré arrêter. Elle reconnaissait quand même qu’elle a actuellement moins de prestations dans les festivals du monde, mais ne se plaint pas trop.
Et quand la famille s’y mêle…
Une Togolaise m’a dit dernièrement qu’elle avait commencé en ayant son petit cousin comme manager. Qu’elle avait fini par l’écarter de sa vie d’artiste parce qu’il passait son temps à accepter les contrats qui lui plaisaient et ne prenait pas en compte l’aspect financier. Qu’il faisait une sorte de sélection au faciès ou à l’humeur qu’il ressentait face à un promoteur !
Et si ce n’était que ça…
Une connaissance journaliste m’a demandé comment j’avais réussi à interviewer une artiste Camerounaise. Étonné par sa question, je lui ai dit que c’était une connaissance. Elle a continué en disant qu’elle avait envoyé un protocole d’interview à l’artiste et n’avait jamais reçu de suite. Devant elle, j’ai pris le téléphone et appelé l’amie en question. L’artiste a juré n’être pas au courant d’une demande d’interview et qu’elle ne demande qu’à être connue…
Tout ça pour dire qu’être manager, c’est un véritable travail. Qu’il faut que certains arrêtent de se lever un beau matin et décréter que, tout à coup, ou durant la nuit, ils sont devenus managers ! Ce n’est pas possible, être manager c’est un vrai boulot.

Michel Tagne Foko

Thu, 29 Sep 2016 01:07:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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