« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
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VERITAS – Ce n’est pas François Hollande

Tous ceux qui, comme moi, francophones, ne jettent pas un regard dédaigneux du genre «Ça ne me regarde pas» sur la politique et la diplomatie française savent que le dossier africain, mais surtout celui de l’Afrique francophone est l’exclusivité de l’Elysée (la présidence de la République française). Les choses ont été ainsi faites depuis le général Charles De Gaulle et par sa volonté.
Le dossier africain a été géré par De Gaulle et son homme de main, son conseiller Afrique, l’inénarrable Jacques Foccart. La Françafrique est alors née et se poursuit jusqu’à ce jour avec des fortunes et sous des formes diverses. Depuis De Gaulle donc, c’est l’Elysée qui gère nos vies sous les tropiques. Même si, de temps à autre, le Quai d’Orsay (ministère français des Affaires étrangères) ou le ministère français de la Défense intervient, c’est l’Elysée qui a cependant la haute main sur tout. Sur la politique, sur l’économie et même sur le divertissement. N’est-ce pas que les récents locataires de l’Elysée, de Chirac à Hollande, ont adoubé le célèbre groupe ivoirien de zouglou Magic System ?
A la vérité, le sort de la démocratie en Afrique francophone est suspendu aux rapports que le locataire de l’Elysée entretient, concernant notre continent, avec «le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple».Comme définissait la démocratie l’ex-président américain Abraham Lincoln. Si ce locataire souhaite la démocratie pour nos vies, eh bien, il s’évertuera pour que nos gouvernants appliquent la démocratie ; s’il estime comme Chirac que «la démocratie est un luxe» pour nous, soyons-en sûrs, il bâillonnera tout processus démocratique et jettera aux calendes grecques le choix du peuple.
Deux exemples peuvent clairement illustrer ce constat : François Mitterrand a affirmé haut, lors du sommet France-Afrique de La Baule, le 20 juin 1990, son engagement pour l’émergence du multipartisme et la fin des partis uniques. ça a été fait. Des années plus tard, son successeur, Jacques Chirac, a préféré le triomphe des dictateurs et le supplice des démocrates en Afrique francophone. Son option a été traduite dans les faits. Il a soutenu une rébellion armée en 2002 contre Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire et a renversé Ange Félix Patassé en Centrafrique en 2003 pour installer au pouvoir le général Bozizé. Le Congolais Denis Sassou N’Guesso, le Gabonais feu Omar Bongo Ondimba et le Burkinabé Blaise Compaoré, des dictateurs de pur cru, étaient ses principaux amis et interlocuteurs privilégiés sur le continent africain.
Après Chirac, Nicolas Sarkozy a poursuivi le saucissonnage de la démocratie en Afrique francophone. La Côte d’Ivoire, vitrine des ex-colonies françaises sur le continent, vit durement le martyre de ce recul. De 2007 jusqu’au 11 avril 2011, Sarkozy ne lâche rien. Vaille que vaille, il veut mettre son homme à la tête du pays. Il le réussit au prix de milliers de morts civils ivoiriens, du bombardement de la résidence officielle du chef de l’Etat (une première dans les relations franco-africaines) et du transfèrement à La Haye de Laurent Gbagbo, le président démocratiquement élu en octobre 2000. Cet opposant historique à l’autocrate Félix Houphouët-Boigny qui refusait d’admettre que ni Chirac ni Sarkozy ne voulaient de la démocratie en Côte d’Ivoire.
Autre époque, autre dirigeant français. François Hollande n’est ni Chirac ni Sarkozy. Ce n’est donc pas à Hollande qu’il faut faire porter le fardeau du drame ivoirien de septembre 2002 à avril 2011.Ce n’est pas Hollande qui a ordonné le bombardement de la résidence officielle du président Gbagbo. Ce n’est pas Hollande qui a transféré Gbagbo à la Cpi. Ce n’est pas Hollande qui a soutenu activement, avec la complicité de Blaise Compaoré, une rébellion armée contre le pouvoir légitime en Côte d’Ivoire. C’est, par conséquent, tout ahuri que j’avais lu dans la presse, il y a plusieurs mois, une tribune au vitriol d’une responsable du Fpi, parti de Laurent Gbagbo, contre Hollande. Je me suis alors dit : «Comme on peut s’égarer en politique !». La France d’hier face au camp Gbagbo n’est pas forcément celle d’aujourd’hui. Parce que Nicolas Sarkozy, ce n’est pas François Hollande.

Par Didier Depry
didierdepri@yahoo.fr
(in Quotidien Notre Voie N°4998 du mercredi 29 avril 2015)

Fri, 08 May 2015 13:12:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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