« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

VERITAS – Le renard passe, passe…

La presse française, en général, et celle favorable à Alassane Ouattara, en particulier, était insaisissable et en transe, en décembre 2010, contre le professeur de droit, Paul Yao N’dré, président du conseil constitutionnel de Côte d’Ivoire à l’époque. Pour la presse française, la décision rendue par le Conseil Constitutionnel proclamant la victoire du président Laurent Gbagbo au terme du second tour de l’élection présidentielle était nulle parce que « le président du Conseil constitutionnel, Paul Yao
N’Dré, est un proche allié politique de Gbagbo ». Dixit la radio française RTL sur son site d’informations en janvier 2011. Même son de cloche pour RFI, Jeune Afrique (magazine dont la proximité avec Ouattara constitue un secret de polichinelle) etc. Au sommet de l’État français sous Nicolas Sarkozy, l’ami de Ouattara, c’était la position identique.

Pour Sarkozy, Yao N’dré était disqualifié parce qu’il est un proche de Laurent Gbagbo.
Après le renversement du président Gbagbo, le 11 avril 2011, par l’armée française ; Nicolas sarkozy est entré dans une colère noire, a-t-on appris de sources crédibles, lorsqu’il a pris connaissance de la nouvelle « décision » du président du conseil constitutionnel, Paul Yao n’dré, disant subtilement que M. Ouattara est le « vainqueur» de la présidentielle de 2010 parce que la communauté internationale
le veut ainsi. Sarkozy, décontenancé, s’en est ouvert à Alassane Ouattara. Une situation qui en avait rajouté à la conviction de Sarkozy et de ses ouailles de la presse française que Paul Yao N’dré agissait en tant que partisan de Gbagbo. Exit pour eux, le fait que Yao N’dré soit un haut juriste qui sait que la première décision rendue par le conseil constitutionnel après le 2ème tour de la présidentielle est sans recours. Ce qui rend nulle celle de l’après – 11 avril 2011. Dans sa logique de diabolisation de Laurent Gbagbo, la presse française instrumentalisée par l’appareil Sarkozy-Ouattara a poursuivi sa campagne contre Paul Yao N’dré, « proche allié politique de Gbagbo ». Donnant ainsi l’impression à l’opinion publique internationale que Gbagbo avait commis une hérésie en nommant l’un de ses proches à la tête du conseil constitutionnel. Que cet acte était immanquablement anticonstitutionnel. Trois ans après le renversement de Gbagbo et l’installation de Ouattara au pouvoir, la presse française est subitement devenue aphone. Alors que l’hérésie pour laquelle on avait activement soutenu le putsch contre Gbagbo est aujourd’hui appliquée in extenso par Alassane Dramane Ouattara.

Comme Gbagbo, hier ; Ouattara a nommé un de ses proches alliés politiques à la tête du conseil constitutionnel.Il s’agit du professeur de droit, Francis Vangah Wodié, fondateur et ex-président du parti ivoirien des travailleurs (PIT). M. Wodié avait appelé à voter pour M. Ouattara au 2ème tour de la présidentielle de 2010.

« Le renard passe, passe…chacun à son tour », dit l’adage. C’est vrai que la France et sa presse ne feront pas à Ouattara, ce qu’elles ont fait à Gbagbo, parce que l’un est le « pion » et l’autre, « l’ennemi » ; mais le drame ivoirien démontre le mépris de la « communauté internationale » pour nos institutions et nos textes. Qui passent, à ses yeux, loin derrière ses intérêts économiques, politiques et géostratégiques en Afrique. Sinon comment en vouloir à Gbagbo qui a respecté, comme le fait aujourd’hui Ouattara, l’article 90 de la constitution ivoirienne du 1er août 2000 qui stipule clairement : « Le Président du Conseil constitutionnel est nommé par le Président de la République pour une durée de six ans non renouvelables parmi les personnalités connues pour leur compétence en matière juridique ou administrative. Avant son entrée en fonction, il prête serment devant le Président de la République, en ces termes : « Je m’engage à bien et fidèlement remplir ma fonction, à l’exercer en toute indépendance et en toute impartialité dans le respect de la Constitution, à garder le secret des délibérations et des votes, même après la cessation de mes fonctions, à ne prendre aucune position publique dans les domaines politique, économique ou social, à ne donner aucune consultation à titre privé sur les questions relevant de la compétence du Conseil constitutionnel ».

Au regard des faits, le conseil constitutionnel sous Paul Yao N’dré est-il moins crédible que celui dirigé par Francis Wodié ? Assurément non. Puisque c’est la constitution qui fonde cette institution
sous les deux régimes Gbagbo et Ouattara. Les partisans de Ouattara faisaient donc un faux procès à Gbagbo concernant Yao N’dré.

Le seul procès qu’on pourrait faire à Wodié, par contre, c’est celui de l’éligibilité de Ouattara à la présidentielle de 2015. Après qu’Alassane Ouattara a été candidat exceptionnel en 2010 par l’application de l’article 48 de la constitution par le Président Gbagbo.

Par Didier Dépry
didierdepri@yahoo.fr

Wed, 27 Aug 2014 02:18:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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