Cet homme, c’est Yves Lambelin, l’un des quatre « disparus d’Abidjan ». Enlevés, torturés, puis exécutés le 4 avril, au plus fort des combats entre les troupes de Laurent Gbagbo et d’Alassane Ouattara (lire ci-dessous). Un fils que Marie-Louise Saint-Pierre, veuve Lambelin, 92 ans, pleure dans son appartement de Villefranche. Et dont elle entend honorer la mémoire.
Un président aux 27000 salariés
Car le corps d’Yves Lambelin, disparu à l’âge de 68 ans, est désormais formellement identifié, contrairement à celui de l’autre Français tué à Abidjan : Stéphane Frantz di Rippel, dont le père habite également les A.-M. (Biot). Jusqu’ici, la famille Lambelin dissimulait son indicible douleur sous un voile de discrétion. Aujourd’hui, Marie-Louise veut que le monde sache qui fut l’aîné de ses cinq enfants : « Un homme extraordinaire, un héros! Mon fils a donné sa vie pour l’Afrique. »
De revues spécialisées en témoignages, s’esquisse le portrait d’un entrepreneur travailleur acharné et apprécié de ses collaborateurs, humaniste, intègre et droit. Ce natif de Casablanca « était le commandant d’un paquebot de 27000 salariés », explique un proche. Le « paquebot » Sifca, premier groupe privé de Côte d’Ivoire, pour lequel Yves Lambelin avait quitté la France en 1978. L’œuvre de sa vie.
Il réorienta son activité première (café et cacao) vers l’hévéa, le sucre et l’huile de palme, avant d’en devenir le président.
« Son statut l’amenait à fréquenter les hautes sphères, mais il n’aimait pas ça, constate Marie-Louise. Quant à l’argent, il s’en foutait! Yves était un bâtisseur. Il voulait sortir l’Afrique de l’impasse. Il avait financé une école pour former les futures élites africaines, il parrainait un petit village. Et il avait adopté deux fils, Ben et Alassane, dont il a assisté au mariage à Paris… trois jours avant de mourir. »
C’est Félix Houphouët-Boigny, lui-même, qui octroya la nationalité ivoirienne à Yves Lambelin, raconte sa mère. Bien qu’apolitique, le président de Sifca était un fin connaisseur de l’Afrique, qui se désolait de voir les Ivoiriens se déchirer.
« Lors de notre dernier déjeuner ensemble, fin mars au Cap Ferrat, Yves était très triste et songeur. Je lui ai dit : “Attends, ne rentre pas tout de suite”. Il m’a répondu : “Mes amis sont en danger, mon devoir est d’être là-bas.” Dans ma tête, j’ai compris : il avait un pressentiment. Il est venu me dire au revoir… »
L’appel à la réconciliation
Ce fils qui ne lui a « jamais donné de souci », ce fils qui l’appelait chaque jour l’avait prévenue : « Je ne reviendrai jamais ».
« Il n’était pas à l’aise en France, notamment sur la Côte d’Azur. » Yves Lambelin lui était pourtant lié par son père Jean, Niçois d’origine. Par son frère cadet, qui fit ses études à Nice. Et parce que ses parents s’établirent à Villefranche, à leur retour du Maroc.
Villefranche, où cette mère courage contemple avec affection de vieux articles consacrés à son fils prodigue : « Pauvre chéri… Le destin est scellé. »
Mais les Lambelin, par-delà leur douleur, appellent à la réconciliation des Ivoiriens. « Pas de rancœur, pas de vengeance! », insiste Marie-Louise.
Un message de paix fidèle aux valeurs que défendit son fils.
nicematin.com
Thu, 23 Jun 2011 09:15:00 +0200
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