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Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

Violences post-electorales : La CPI coincée par le régime Ouattara

• La procureure Bensouda veut voir clair

La procureure de la Cour pénale internationale (Cpi), la Gambienne Fatou Bensouda, s’est entretenue hier mardi 3 avril avec le chef de l’Etat, Alassane Ouattara. Elle est arrivée la veille, lundi 2 avril, alors que rien ne présageait de sa venue à Abidjan ces jours-ci. Du coup, sa présence à Abidjan suscite tous les commentaires. Une seule certitude : la «descente » en terre ivoirienne du successeur de Luis Moreno Ocampo, est à mettre en rapport avec les suites à donner à la procédure judiciaire engagée par cette juridiction internationale dans le cadre des violences post-électorales. La procureure de la Cpi a fait le déplacement à Abidjan pour tirer au clair la confusion qui règne sur le cas des personnalités ivoiriennes dans le viseur de cette juridiction. Au lendemain du transfèrement de l’ancien président Laurent Gbagbo, le procureur Luis Moreno Ocampo avait laissé entendre que celui-ci est le premier mais ne sera pas le dernier à prendre la route de La Haye. Déjà en visite à Abidjan en octobre 2011, Ocampo avait prévenu que 3 à 6 personnes pourraient être épinglées par la Cpi. Depuis, Laurent Gbagbo a été transféré à La Haye. On était donc dans l’attente de la suite de la procédure engagée par la juridiction internationale. Le mutisme de la Cpi était interprété par certains comme un renoncement au processus qu’elle a entamé. En réalité, il n’en est rien. Consciente qu’elle joue sa crédibilité dans le dossier ivoirien, la Cpi ne semble pas vouloir s’en dessaisir. A preuve, elle aurait, aux dernières nouvelles, délivré un mandat d’arrêt contre l’ex-première dame, Simone Gbagbo, emprisonnée à Odienné. C’est du reste ce qui a déclenché tout le yoyo autour de l’audience à laquelle le procureur de la République, Simplice Kouadio, avait convié les avocats de Simone, la semaine dernière. Après une valse hésitation des autorités judiciaires, l’audience a finalement été annulée. Purement et simplement. De bonne source, les autorités ivoiriennes ont choisi en définitive, de stopper la procédure devant initialement conduire au transfèrement de l’ex-première dame, à la demande de la Cpi. Selon certains analystes, l’extradition de Simone Gbagbo à La Haye aurait ouvert le boulevard pour la traduction d’éventuels pro-Ouattara devant cette juridiction. Certains chefs de guerre notamment seraient dans l’oeil du cyclone. Une éventualité qui donne du souci aux tenants du pouvoir, qui ont pris la mesure du danger et entrepris de gripper la machine judiciaire lancée par la Cpi. D’où la confusion autour de l’audience d’Odienné, qui a finalement tourné court. Comme si quelqu’un avait intérêt à ne pas voir aboutir la procédure devant déboucher sur cette audience. A entendre la dernière position du chef de l’Etat sur l’intervention de la Cpi dans le dossier ivoirien, on observe que son discours sur la question a beaucoup évolué. Il y a un an, il s’en remettait à cette juridiction pour juger tous ceux qui se seraient rendus coupables de violations graves des droits de l’homme pendant les violences post-électorales, craignant d’être accusé d’appliquer une justice des vainqueurs. Mais aujourd’hui, il est, curieusement, pour que tout le monde, à l’exception de Gbagbo, soit jugé sur le territoire ivoirien. « Je veux que les Ivoiriens soient jugés en Côte d’Ivoire(…) Ma préférence, c’est de juger nos compatriotes ici (…) Moi, j’ai préféré les juger ici. Peut-être que eux voudront aller à La Haye. Je veux protéger les Ivoiriens, même ceux qui ne le « méritent » pas », a répété Ouattara pendant l’interview radiotélévisée qu’il a accordée vendredi 30 mars dernier. C’est clair, les certitudes du chef de l’Etat ont pris l’eau. Pourquoi lui qui craignait hier d’être accusé de faire une justice des vainqueurs, consent-il à faire juger désormais tout le monde à Abidjan ? La réponse, c’est le ministre des Droits de l’homme, Coulibaly Gnenema, qui la donne : « La subsidiarité de la Cpi fait qu’il faut une absence de poursuite nationale. La Cpi n’est compétente que lorsqu’il y a une absence de volonté de l’Etat ou qu’il y a une incapacité de l’Etat c’est-à-dire que les structures compétentes n’existaient pas. Au moment où le premier transfèrement se faisait, il y avait une incapacité de l’Etat puisque le pays était déstructuré. Mais aujourd’hui, les juridictions sont opérationnelles et l’enquête est en train d’être achevée. Donc, l’intention existe. La capacité également existe. ». Au fond, les motivations du régime Ouattara sont ailleurs. D’où ce revirement, qui vise à couper les herbes sous les pieds de la Cpi. C’est sans doute pour déjouer ce coup que la procureure Fatou Bensouda a débarqué à Abidjan.

Assane NIADA IN l’Inter

Wed, 04 Apr 2012 02:49:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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