Le mensonge des émissaires
C’est pourquoi, estiment-ils, les émissaires de M. Ouattara évoquent sa visite à l’Ouest à l’état actuel des choses. «Le professeur Hondé Michel du Chu de Treichville nous appelle au téléphone pour nous demander de préparer la visite du chef de l’Etat, Alassane Ouattara, de sensibiliser les gens. Mais ce n’est pas possible. Tout le monde est éparpillé, soit en brousse, soit sur les sites humanitaires où le riz n’est plus distribué. Lui-même Hondé Michel, sa maison a été pillée, c’est ce qu’il faut dire au chef de l’Etat au lieu de faire croire que tout va bien et que le village est reconstruit. C’est archifaux», affirme un septuagénaire refugié à l’école primaire publique de Niambly, le regard hagard, ses trois fils ayant tous été tués après la prise de Duékoué par les forces armées pro-Ouattara et leurs alliés (Onuci et la force française Licorne), le 28 mars 2011. Dans la ville de Duékoué où sont concentrés les centres d’accueil humanitaires destinés aux déplacés de guerre, le gouvernement par le biais du Sous-préfet central, Abion Yao Elie, somme les pensionnaires desdits camps de s’en aller avant qu’Alassane Dramane Ouattara n’effectue sa visite dans l’Ouest du pays. «Le Sous-préfet a dit d’aller dans nos maisons détruites pour qu’on nous envoie des bâches pour nous couvrir. Il a fait une réunion avec nos responsables des sites, le jeudi 03 novembre 2011. Il a dit que le Président Ouattara arrive et ne doit pas trouver quelqu’un sur les sites parce que la guerre est finie», témoigne une jeune rescapée installée sur le site de la mission catholique (2 000 pensionnaires) ayant perdu son mari lors de la crise de 2002.
Les hommes de Ouattara nous tuent…
«Nous ne pouvons pas quitter les camps de déplacés parce qu’on ne peut pas rentrer dans nos brousses, si on y va les hommes de Ouattara nous tuent, nous, nos enfants et nos maris. Il faut que le Président reconstruise nos villages détruits d’abord parce qu’on ne sait pas où aller. Mais si le Président ne peut pas exaucer nos vœux, qu’il vienne tuer le reste des Wê», renchérit une autre jeune dame rencontrée sur le site humanitaire de Nahibly. Où selon des responsables, des pensionnaires meurent fréquemment, tout comme à la mission catholique, faute d’hygiène adéquate ou par manque d’eau potable. Que ce soit à Duékoué, Bangolo, Guiglo, Taï, Bloléquin et Toulépleu, les préoccupations des rescapés et déplacés interrogés sont identiques. Aujourd’hui, au moment où Alassane Dramane Ouattara annonce, pour une troisième fois, sa visite dans l’Ouest dévastée et croulant sous le poids du génocide Wê, les camps de déplacés se sont sensiblement désemplis sous la pression de ses émissaires. Cependant, les populations autochtones n’ont toujours pas accès à leurs forêts et à leurs plantations à cause des hommes armés pro-Ouattara (dozos) qui y font la loi.
Félix Téha Dessrait in Notre Voie
dessrait@yahoo.fr
Envoyé spécial à l’Ouest
Fri, 30 Mar 2012 02:38:00 +0200
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