« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
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Visite annoncée d’Alassane Ouattara à l’Ouest : Voici le préalable des populations

Dans quelles conditions le nouveau chef de l’Etat ivoirien, Alassane Dramane Ouattara, entend-t-il effectuer, le 21 avril prochain, sa visite à l’Ouest du pays ? Cela après deux reports en octobre et novembre derniers. Sur le terrain, les rescapés de la guerre meurtrière qui l’a porté au pouvoir en avril 2011 broient du noir et réclament leur «retour à la vie » avant de le recevoir.
«Si c’est Gbagbo qui est Président, c’est lui qui nous commande. Si c’est Ouattara qui est le Président, c’est lui qui nous commande. Mais pourquoi les hommes de Ouattara nous tuent, tuent ?». La vieille Doh, autochtone Wê, est en sanglots en tenant ces propos. Elle porte le deuil de certains de ses proches parents qui ont été brûlés vifs par les dozos, supplétifs des Frci, forces armées pro-Ouattara, au plus fort de la crise postélectorale en mars 2011. La vieille Doh est inconsolable, ce samedi 05 novembre 2011, à Niambly, une bourgade de 1000 habitants qui n’existe aujourd’hui que de nom. Complètement ravagé, les habitants rescapés de ce village autour de 700 personnes sont sur un site humanitaire du Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR) à Duékoué-ville, précisément à Nahibly, abritant au moins 6 000 âmes sur l’axe Duékoué-Guiglo. Notre équipe de reportage présente dans la région par rapport aux préparatifs de la visite du chef de l’Etat à l’Ouest a été témoin de plusieurs autres scènes émouvantes similaires à celle de la veille Doh. «On est là. On n’a plus d’habitations. On a faim, On a soif. Nous sommes dans les bâtiments de l’école du village. Les hommes de Ouattara sont dans nos brousses et occupent nos champs. On ne peut pas y entrer. Si on proteste, ils vont nous tuer. Ce sont les problèmes que le chef de l’Etat doit régler d’abord avant de parler de sa visite ici. A moins qu’il décide de se faire accueillir uniquement par ses hommes armés», explique une jeune dame rescapée de la barbarie des ex-rebelles et des dozos pro-Ouattara. Pour les réfugiés, certains cadres de la région proches du Rhdp, mouvement politique soutenant Ouattara, ne disent pas la vérité à leur mandataire s’agissant de la situation désastreuse dans laquelle se trouvent les populations autochtones.

Le mensonge des émissaires

C’est pourquoi, estiment-ils, les émissaires de M. Ouattara évoquent sa visite à l’Ouest à l’état actuel des choses. «Le professeur Hondé Michel du Chu de Treichville nous appelle au téléphone pour nous demander de préparer la visite du chef de l’Etat, Alassane Ouattara, de sensibiliser les gens. Mais ce n’est pas possible. Tout le monde est éparpillé, soit en brousse, soit sur les sites humanitaires où le riz n’est plus distribué. Lui-même Hondé Michel, sa maison a été pillée, c’est ce qu’il faut dire au chef de l’Etat au lieu de faire croire que tout va bien et que le village est reconstruit. C’est archifaux», affirme un septuagénaire refugié à l’école primaire publique de Niambly, le regard hagard, ses trois fils ayant tous été tués après la prise de Duékoué par les forces armées pro-Ouattara et leurs alliés (Onuci et la force française Licorne), le 28 mars 2011. Dans la ville de Duékoué où sont concentrés les centres d’accueil humanitaires destinés aux déplacés de guerre, le gouvernement par le biais du Sous-préfet central, Abion Yao Elie, somme les pensionnaires desdits camps de s’en aller avant qu’Alassane Dramane Ouattara n’effectue sa visite dans l’Ouest du pays. «Le Sous-préfet a dit d’aller dans nos maisons détruites pour qu’on nous envoie des bâches pour nous couvrir. Il a fait une réunion avec nos responsables des sites, le jeudi 03 novembre 2011. Il a dit que le Président Ouattara arrive et ne doit pas trouver quelqu’un sur les sites parce que la guerre est finie», témoigne une jeune rescapée installée sur le site de la mission catholique (2 000 pensionnaires) ayant perdu son mari lors de la crise de 2002.

Les hommes de Ouattara nous tuent…

«Nous ne pouvons pas quitter les camps de déplacés parce qu’on ne peut pas rentrer dans nos brousses, si on y va les hommes de Ouattara nous tuent, nous, nos enfants et nos maris. Il faut que le Président reconstruise nos villages détruits d’abord parce qu’on ne sait pas où aller. Mais si le Président ne peut pas exaucer nos vœux, qu’il vienne tuer le reste des Wê», renchérit une autre jeune dame rencontrée sur le site humanitaire de Nahibly. Où selon des responsables, des pensionnaires meurent fréquemment, tout comme à la mission catholique, faute d’hygiène adéquate ou par manque d’eau potable. Que ce soit à Duékoué, Bangolo, Guiglo, Taï, Bloléquin et Toulépleu, les préoccupations des rescapés et déplacés interrogés sont identiques. Aujourd’hui, au moment où Alassane Dramane Ouattara annonce, pour une troisième fois, sa visite dans l’Ouest dévastée et croulant sous le poids du génocide Wê, les camps de déplacés se sont sensiblement désemplis sous la pression de ses émissaires. Cependant, les populations autochtones n’ont toujours pas accès à leurs forêts et à leurs plantations à cause des hommes armés pro-Ouattara (dozos) qui y font la loi.

Félix Téha Dessrait in Notre Voie
dessrait@yahoo.fr
Envoyé spécial à l’Ouest

Fri, 30 Mar 2012 02:38:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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