De fait, depuis l’annonce de la visite à Gagnoa de Soro Guillaume, un front s’est ouvert dans la région. S’y affrontent deux clans. D’un côté, les initiateurs du voyage, et de l’autre, ceux qui s’opposent à la visite de l’ex-premier ministre de Laurent Gbagbo. Du coup, ce voyage se singularise, attire l’attention de tous et se pose en réalité aux organisateurs comme un défi, à bien de niveaux, qu’ils devront relever, eux qui ont eu « l’audace » d’appeler l’ex-patron de la rébellion armée, à fouler la terre de leurs ancêtres.
Au-delà, cette visite est chargée de paris et Soro Guillaume devra se donner les moyens de les gagner. Il pèse alors sur lui, de fortes pressions : échanger avec les populations, se faire comprendre et se faire accepter à Gagnoa. Le premier pari est d’être à Gagnoa et de se faire accepter, malgré les réticences dont l’un des chantres déclarés est l’ancienne députée et membre de la direction du Front populaire ivoirien, Marie-Odette Lorougnon. « …malgré votre puissance du moment, il y a des choses que vous ne devriez pas faire. Vous ne pouvez pas avoir trahi Gbagbo comme vous l’avez fait, vous ne pouvez pas l’avoir traité comme vous l’avez fait, vous ne pouvez pas l’avoir humilié comme vous l’avez fait, et aller narguer ses parents parce que vous êtes le plus fort, pour l’instant. Oui je me refuse de considérer cette visite aux allures d’une provocation de plus », martelait la » fille de Gagnoa », comme elle se fait appeler, le 2 juillet 2013 dans les colonnes de certains quotidiens ivoiriens.
La tâche, ainsi qu’on peut l’imaginer, n’est guère aisée pour les initiateurs de cette visite, qui disent avoir pourtant vaincu les réticences par une diplomatie dite coutumière, et qui aurait consisté, avant cette visite, à recueillir l’assentiment et l’adhésion de tous autour de ce séjour du président Soro. Le deuxième pari est la bonne organisation de cette rencontre aux allures inédites, vu les palabres qui la précèdent.
Assurément, le troisième pari est celui de la mobilisation. Il reste, en effet, le seul baromètre de ce déplacement du président de l’Assemblée nationale. « Si les populations sortent nombreuses pour écouter le président Soro, cela voudrait simplement dire qu’elles ne sont pas contre et que tout ces bruits que l’on fait autour de cette visite, ne sont que l’œuvre d’une minorité d’agitateurs qui veulent se faire entendre. Dans le cas contraire, cela prouverait que ces populations ne sont pas d’accord avec les autorités actuelles et leur façon de gérer le pays », analyse Bernard Gogoua Dali, natif de la région, ancien fonctionnaire à la retraite, lors d’un entretien que nous avons eu avec lui.
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Mon, 05 Aug 2013 12:46:00 +0200
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