« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Sociéte

Comment bannir nos coutumes barbares – Par Venance Konan

Chez les Baoulé, une des grandes ethnies de Côte d’Ivoire, le passage de la jeune fille au statut de femme est marqué par une cérémonie que l’on pourrait traduire par «le bain.»

Lorsque la jeune fille devient pubère, sa mère ou une vieille femme vient la réveiller un matin en l’aspergeant d’eau froide. Puis cette personne lui explique qu’elle est désormais une femme, et qu’elle doit donc dorénavant se comporter comme telle.

La jeune fille se met alors à pleurer et elle est conduite dans la salle de bain, puis parée de ses plus beaux habits. Ses amies viennent ensuite la rejoindre et c’est la fête dans la famille durant toute la journée.

Maman sous conditions

Après cette cérémonie, la jeune fille a désormais le droit d’être mère, même sans être mariée, même si le père est inconnu. Cet enfant sera accepté dans la famille de celle qui est désormais devenue une femme. C’est l’enfant né avant que sa mère n’ait été «lavée» qui est considéré comme un bâtard. Et dans les temps anciens, il devait être tué.

Dans les temps anciens? C’est ce que je croyais, jusqu’à ce que je me rende compte, très récemment, que cette coutume se perpétuait de nos jours, dans certains villages de la région de Bocanda. Oui, en 2012, dans certains villages de cette région, dans le centre de la Côte d’Ivoire, on tue encore des bébés parce que leurs mères n’avaient pas été «lavées.»

Et cette tradition barbare a débouché sur un commerce d’enfants. Lorsque dans un village, une jeune fille qui n’a pas été «lavée» tombe enceinte, des rabatteurs vont à la recherche de personnes en quête d’enfants (généralement des femmes qui cherchent à en adopter un, mais il peut s’agir d’autres personnes en quête d’enfants pour d’autres raisons), pour leur vendre le futur bébé. Si aucun acquéreur n’est trouvé, il est mis à mort.

Je sais que de nombreux cadres et intellectuels de Bocanda m’en voudront de livrer une telle information, puisque je suis originaire de cette région. Mais c’est justement pour cette raison que je ne suis pas fier de cette pratique barbare. En tant qu’humain, en tant qu’Ivoirien, en tant que Baoulé et en tant qu’originaire de Bocanda, je n’ai aucune raison d’en être fier.
Lire la suite

Fri, 09 Oct 2020 12:58:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

Recent Posts

UJIF : Axel Illary investi à Paris sous le signe de l’unité et du rayonnement international

L’Union des Journalistes Ivoiriens en France (UJIF) a officiellement investi son nouveau président, Axel Illary,…

2 jours ago

Niger : RSF saisit le groupe de travail sur les disparitions forcées de l’ONU sur le sort de Moussa Kaka

Un mois après la disparition du directeur de la Radio Télévision Saraounia, Moussa Kaka, au…

3 semaines ago

Moussa Kaka, disparu au Niger : quatre décennies de journalisme et de combat pour la liberté de la presse

Moussa Kaka est une figure du journalisme au Sahel. Celui qui a disparu depuis le…

4 semaines ago

Côte d’Ivoire : libération immédiate de Justin Koné Katinan et de tous les détenus politiques

Le Parti communiste français condamne avec la plus grande fermeté l’arrestation et le placement sous…

1 mois ago

Criminalisation du journalisme au Mali : Abdrahamane Kéita, du Témoin, condamné à deux ans de prison ferme

Au Mali, le directeur de publication du journal Le Témoin, Abdrahamane Kéita, a été condamné…

1 mois ago

Peau noire, Dieu blanc : quand Dieu porte les couleurs des oppresseurs

Le 3 octobre, Axel Illary publiera sur Amazon Peau noire, Dieu blanc. Essai sur l’aliénation…

1 mois ago

This website uses cookies.