« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
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« En Occident, l’héritage de la longue histoire de l’esclavage, c’est le racisme anti-Noirs et l’importance de la couleur de la peau »

Catherine Coquery-Vidrovitch est historienne spécialiste de l’Afrique, professeure émérite de l’université Paris-Diderot. Elle vient de publier Les Routes de l’esclavage. Histoire des traites africaines, VIe-XXe siècle (Albin Michel, Arte éditions, 288 p., 19,50 €). Elle est la conseillère historique de la série de quatre films intitulés Les Routes de l’esclavage, qui est actuellement diffusée par la chaîne Arte.

 

Depuis 2006, le 10 mai est la Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions. Pourquoi « les » abolitions se sont-elles étalées sur plus de cinquante ans ?

Le mouvement commence, au début du XIXe siècle, par l’abolition, non de l’esclavage lui-même, mais du commerce des ­esclaves, c’est-à-dire de la traite négrière. Le Danemark, qui est le premier pays à l’interdire en 1803, est suivi, en 1807, par la Grande-Bretagne.
Contrairement à ce que l’on enseigne dans les écoles, la fin de la traite n’intervient pas lors du congrès de Vienne de 1815 : les grandes puissances occidentales se contentent, cette année-là, de s’engager à la supprimer dès qu’elles le pourront. En France, il faudra attendre 1831 pour que la traite soit vraiment abolie. Et la traite de contrebande restera active, jusqu’à la fin du XIXe siècle, entre le Brésil d’une part et l’Angola et le Mozambique d’autre part.

L’abolition de l’esclavage n’intervient que dans un second temps, à partir des années 1830. La Grande-Bretagne le supprime en 1833, la France en 1848. Vient ensuite le tour des Etats-Unis en 1865, de Cuba en 1880 et du Brésil en 1888.
Mais l’esclavage se poursuit, après l’abolition, sous une forme déguisée. A la fin du XIXe siècle, les Français et les Britanniques faisaient ainsi signer à des travailleurs analphabètes recrutés en Afrique des contrats de trois ans aux termes desquels ils s’engageaient à partir travailler dans les anciennes colonies esclavagistes et à payer eux-mêmes leur voyage retour : comme c’était quasiment impossible, la plupart ne revenaient jamais. La maison d’huile de palme Régis, à Marseille, a utilisé ce travail forcé jusque dans les années 1860.

Quels sont les facteurs qui aboutissent à l’abolition de l’esclavage ?

L’abolition de la traite est d’abord liée à un changement de ­système économique dans les pays occidentaux. A la fin du XVIIIe siècle, la révolution industrielle britannique, qui se diffuse ensuite en France, relègue au second plan les plantations coloniales de canne à sucre : les esclaves représentent de moins en moins la force de travail dominante de l’économie.
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Thu, 18 Jun 2020 14:18:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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