« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Opinions

L’échec du système éducatif ivoirien

À qui la faute si nous avons abouti à ce désastre ? À ceux qui ont fait, ces dix dernières années, des recrutements clientélistes en enrôlant dans le Primaire et le Secondaire des gens dont le seul mérite est d’avoir pris les armes pour combattre un président démocratiquement élu, en faisant entrer dans nos universités des individus n’ayant pas obtenu la mention "Très honorable" le jour de la soutenance de leur thèse.

Je suis toujours estomaqué de voir des professeurs de français, d’histoire-géographie, de philosophie, de psychologie, de sociologie ou de droit malmener le vocabulaire et la grammaire.

On peut ne pas partager les choix politiques de Franklin Nyamsi, ne pas aimer sa propension à trop parler de lui et de ses diplômes mais on devrait au moins lui reconnaître qu’il est cultivé et qu’il écrit bien. En outre, il a déjà publié et continue de publier.

À Bouaké ou à Abidjan, des gens se croient importants parce que le Conseil africain et malgache pour l’enseignement supérieur (CAMES) leur a décerné le titre de professeur titulaire, de maître de conférences ou de maître-assistant alors que leur thèse de doctorat reste leur seule production intellectuelle. Harris Memel Fotê, Georges Niangoran Bouah, Bernard Zadi Zaourou et d’autres devaient leur notoriété non pas au CAMES mais à leurs travaux. Ce sont leurs publications et convictions qui les ont imposés. Ces trois géants étaient convaincus avant tout qu’il fallait non seulement “dénoncer l’injustice [mais] donner sa vie pour la combattre” (Albert Camus dans ‘Les Justes’). Se laissèrent-ils impressionner par les titres du CAMES ? Non et ils avaient bien raison car six professeurs titulaires et agrégés originaires de Côte d’Ivoire, du Bénin, du Togo et du Burkina Faso furent sanctionnés par la 36e session du CAMES organisée à Cotonou du 27 au 28 mai 2019, soit pour avoir profité de leurs positions pour favoriser certains collègues par des promotions imméritées et pour recaler d’autres qui mériteraient d’être promus, soit pour avoir plagié leurs collègues.

Et puis, entre nous, peut-on vraiment fanfaronner avec le titre de prof. titulaire ou de prrof. agrégé quand on est l’auteur d’une thèse “truffée de copie malhonnête d’une tierce personne”? Bref, pour revenir à l’école ivoirienne, confier le ministère de l’Enseignement supérieur au RDR, de 2003 à 2010, fut une faute aussi grave que garder pendant une décennie l’inculte Kandia Camara à la tête de l’Éducation nationale.

Je pourrais parler aussi de ces moyennes de complaisance données par certains enseignants à des filles qui n’ont pas d’autre atout que la beauté physique, des notes offertes et des taux d’admission inventés pour faire croire qu’on a travaillé mieux que l’ancien régime, de ces Fescistes interrompant les cours ou bastonnant les enseignants ou de ces parents prêts à graisser la patte à tel ou tel examinateur pour que le fainéant fiston puisse passer en classe supérieure. L’échec du système éducatif ivoirien n’a donc pas commencé avec le régime actuel.

Que faire pour sauver notre école ? Celui qui viendra après Ouattara devra revenir à des critères simples qui ailleurs ont accouché de systèmes performants et respectés : la rigueur, la compétence, la construction d’écoles, de bibliothèques et de laboratoires, obliger les élèves et étudiants à lire, sanctionner ceux qui préfèrent les raccourcis à l’effort, renvoyer de l’Université les enseignants qui ne publient pas, améliorer les conditions de vie et de travail du corps enseignant, etc.

Jean-Claude DJÉRÉKÉ

Thu, 11 Feb 2021 17:26:00 +0100

La Dépêche d'Abidjan

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