« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Tribune

La solidarité est aussi une vertu occidentale

La solidarité est souvent présentée comme une vertu africaine, tandis que l’individualisme est décrit comme un vice occidental. Gardons-nous donc de toute méprise ! Si les pays occidentaux passent aujourd’hui pour être des terres d’élection de l’individualisme, c’est avant tout parce qu’ils ont compris, à un moment donné de leur histoire, la nécessité d’organiser la solidarité à l’échelle nationale pour libérer les individus des soucis matériels de leurs parents et de leurs proches afin qu’ils travaillent à leur propre développement et à celui de leur pays.

Ce qu’on appelle l’Etat-providence, c’est la tendance qu’ont les citoyens des pays riches à se tourner vers l’Etat, organisateur de la solidarité, pour réclamer des aides dès qu’ils rencontrent une difficulté. Mais on commet une lourde erreur à croire que la distension des relations interindividuelles en Occident est synonyme d’absence de solidarité. Toute personne qui y travaille contribue, par ses cotisations sociales, à la prise en charge des exclus et des fragiles de la société (chômeurs, malades, invalides, personnes âgées, etc.). Et chaque salarié est soumis à ce mode de fonctionnement parce que nul n’est à l’abri de l’exclusion ou d’une période de fragilité.

Mais, en plus de la solidarité organisée à l’échelle nationale, la promptitude des Occidentaux à venir en aide à d’autres peuples dès qu’une catastrophe survient est révélatrice d’une culture de la solidarité qui n’a rien à envier à l’entraide mutuelle telle qu’elle se pratique dans les pays africains. Les guerres, les famines, les inondations et les tremblements de terre offrent régulièrement l’occasion de prendre la mesure de la solidarité dont ils sont capables. Le plus impressionnant est que, la plupart du temps, les gens ne se mobilisent pas dans l’espoir secret d’être un jour récompensés par Dieu ; car ils ne croient ni en Dieu ni en diable. S’ils se mobilisent, c’est gratuitement, par simple humanisme.

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La Dépêche d'Abidjan

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