« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Politique

Côte d’Ivoire – Gagnoa : Discours d’investiture de Boga Dago, dit Boga Sivori, président du conseil des chefs de village

Quatre ministres de la République à l’investiture d’un petit chef comme moi. C’est inédit !
En effet, de mémoire de journaliste, c’est la première fois qu’une investiture d’un chef réuni autant de personnalités qui sont au plus haut sommet de l’Etat. Nous sommes particulièrement touchés par la présence effective de monsieur le ministre de l’intérieur et de la Sécurité, ministre de souveraineté, de surcroit notre ministre de tutelle. Quel honneur pour moi et pour l’ensemble des chefs de village du département de Gagnoa ? Rendons gloire à Dieu. Car c’est à lui seul que revient la gloire.

Madame la ministre d’Etat, messieurs et madame les ministres, vos présences effectives à cette cérémonie d’investiture du Chef des Chefs du département de Gagnoa et de son bureau nous procurent une joie immense. C’est le signe somme toute très fort de la place prépondérante que vous accordez à la chefferie traditionnelle à l’instar du président de la République lui-même, son Excellence Alassane Ouattara.
En arrivant au pouvoir, le président de la République Alassane Ouattara avait fait le pari d’améliorer de façon substantielle les conditions de vie des chefs traditionnels. Et il a tenu parole contrairement à ce que d’aucuns pourraient penser. A preuve, le Chef de l’Etat a créé la Chambre nationale des Rois et Chefs traditionnels. En créant cette chambre, le Président de la République a valorisé la fonction du chef de village. Le chef de l’Etat fait mieux. Il a fait de la chambre des Rois et Chefs traditionnels une institution la plaçant ainsi au cœur même de la République. Mais ce n’est pas tout !

Depuis sa création en 2014 et en vue d’améliorer les conditions de vie et de travail des chefs de village, le président de la République alloue chaque année un budget conséquent à la Chambre. D’aucuns parlent de 4 milliards, d’autres de 6 milliards. Que devrait faire de plus le Chef de l’Etat pour montrer son intérêt aux chefs de villages ? Il a tout donné. Malheureusement, cette importante enveloppe budgétaire ne redescend pas à la base. Elle ne profite qu’aux 33 membres du directoire au détriment des milliers de chefs que compte la Côte d’Ivoire. Sans en faire une revendication, nous voudrions humblement et respectueusement attirer l’attention du chef de l’Etat sur cet état de fait qui pourrait, si on n’y prend garde, amener les chefs de village à avoir le sentiment d’être négligés. Ce qui n’est pas vrai. Et si la suppression de l’attestation villageoise dans le domaine de la Construction a provoqué une levée de bouclier des chefs de village, c’est parce que c’est leur seule source de revenus.
Madame la ministre d’Etat, ministre de la Fonction Publique et de la modernisation de l’Administration, représentant Monsieur le ministre d’Etat, ministre de la Défense, Monsieur le ministre de l’intérieur et de la Sécurité, c’est avec une vision claire de notre mission que nous avons décidé de diriger la chefferie départementale de Gagnoa. Elle s’incline en quatre mouvements.

La première qui en fait notre fonction régalienne est de contribuer à faire de Gagnoa un havre de paix, de stabilité et de cohésion sociale. Ceci passe par la maitrise de la question du foncier. Qui pour nous ne peut avoir de solution durable et même définitive que par le système de contrats emphytéotiques entre les propriétaires de terres et les exploitants de ces terres. C’est pourquoi nous saluons la création de l’Agence du foncier rural (AFOR) par le président de la République.                                                                                                                                               Le deuxième mouvement porte sur la question de notre culture qui se meurt. A titre d’exemple, aujourd’hui nous n’avons plus de tam-tam parleur qui était le messager de nos villages.
Troisièmement, il faut mettre fin à la conservation abusive des corps. Dans le nord c’est 15 jours quel que soit le rang social du défunt.
Enfin quatrièmement, il faut humaniser le veuvage en pays Bhété et faire en sorte que la femme hérite de son mari.

Pour mettre tout cela en music, nous nous proposons d’organiser avec toutes les couches sociales du département un colloque d’où sortira une charte qui s’imposera à tous les villages du département. Nous avons confié le dossier à un de nos grands intellectuel, le professeur Firmin Krékré.

Madame la ministre d’Etat, monsieur le ministre de l’intérieur, il y a trop de conflits liés à la désignation des chefs de village. Quand bien même le chef a été désigné conformément à la charte que nous nous sommes données librement, des gens tapis dans l’ombre mettent tout en œuvre pour bloquer la consultation populaire. Or sans la consultation populaire du Sous-préfet, le préfet ne peut délivrer d’arrêter de nomination au chef. Et un chef qui n’a pas d’arrêté de nomination préfectoral n’en n’est pas un véritablement. Par conséquent il est vulnérable. Et cela bloque le fonctionnement normal du village. Nous plaidons donc pour la suppression de la consultation populaire puis que dans tous les cas on n’aura jamais d’unanimité. Une fois que le chef a été désigné conformément à la charte et que sa désignation a été entérinée par le comité département que nous sommes, nous souhaitons que le préfet lui donne un arrêté.

Autre chose qui nous chagrine, c’est le fait que depuis un moment, l’on envisage de transformer les campements en villages. Cela nous inquiète énormément. Parce qu’un village c’est d’abord un territoire. Or ces campements-là sont établis sur des territoires des villages dont ils dépendent.

Madame la ministre d’Etat, dites au président de la République que Gagnoa l’aime. A preuve sur élu ici à Gagnoa le RHDP en a raflé 4. Il n’y a pas autre façon de montrer à un leader politique qu’on l’aime. Et pourtant Gagnoa est coupé du monde. En dehors de la Voie d’Abidjan, toutes les autres voies d’accès sont impraticables ; Gagnoa même est une ville poussière. Soyez donc en tant nièce, notre interprète auprès du chef de l’Etat pour que Gagnoa change un peu de visage.

C’est sur cette note d’espoir que je mets fin à mon intervention tout en vous remercions une fois de plus pour l’honneur que nous faites par votre présence effective à cette cérémonie d’investiture.
Que Dieu vous bénisse
Que Dieu bénisse Gagnoa
Je vous remercie

Boga Dago Joachim

La Dépêche d'Abidjan

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