« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
La chronique du Président Kobena I. Anaky

L’Afrique noire malade de sa jeune génération et de sa décolonisation ratée.

 

 

Ivoiriennes, Ivoiriens, chers Amis !

La France vient d’accueillir, avec le sens tout particulier de l’emphase, du clinquant et du décorum que tous les autres pays lui envient, le XIX ° sommet de la Francophonie, les 4 et 5 Octobre derniers.

Il ya eu abondance de nouvelles idées et de géniales grandes ambitions à promouvoir et partager ensemble ;

L’on a été jusqu’à inviter, tous les officiels et experts, à contribuer à créer une Francophonie d’un nouveau concept ; sans aucun rapport avec le Commonwealth Britannique, auquel l’on pourrait être tenté de le comparer un peu trop rapidement.

Il s’impose que nous, Ivoiriennes et Ivoiriens, dont le pays est membre de l’institution, et l’une de ses figures de proue en Afrique, lui accordions un peu de notre attention.

En effet, quel péril, la France, qui est la première concernée, et dont la Francophonie est « la chose », voit elle poindre pour ne pas attendre quelques mois de plus pour un super XX° sommet ?

Et, à en croire les images, et l’attention particulière faite à nos dames ivoiriennes, ministres en charge de l’éducation et de la culture, jusqu’à leur collègue des nouvelles technologies et du numérique, où focus fut fait sur notre pays, comment ne pas quelque peu examiner ces nouveaux sentiers où le grand frère colonisateur d’hier nous engage au pas de course ?            

En un mot comme en cent, quel nouveau fluide coule dans les vaisseaux et artères de nos grands frères Français pour redécouvrir que nous, de l’AfriqueNoire, avons gagné en charme et devons coûte faire route à leurs côtés, chevillés à leur barque ?

La réponse première est dans la relecture de tous les éléments qui figurent dans la partie visible de l’iceberg, et que sont :

– La promotion des langues locales d’Afrique, avec un essor particulier pour les œuvres littéraires
– Le Français, commun à tous, s’il est défendu et s’impose, équilibrera l’anglais comme idiome international des affaires et de l’entreprenariat.
– Le Français, vecteur d’innovation pour la diversité numérique.
– Le Français, force de transformation de la société, en renfort au féminisme et au genre,
– Etc. etc.

La réponse seconde, qui est la principale et qui explique que tant de moyens, d’organismes et de personnalités, aient été ainsi mis à contribution ou mobilisés pour 3 jours, se niche tout ailleurs, et elle répond à une préoccupation politique qui taraude les dirigeants de l’Etat Français.

A savoir, comment encadrer et contenir la nouvelle religion qui a pris corps et a gagné pratiquement toute la jeune génération d’Afrique Noire, et que ni leurs dirigeants, ni nous-mêmes, responsables français , n’avons vu venir ?

La France se voit désormais en grande « panne d’amour » avec les jeunes de ses anciennes colonies d’Afrique Noire, et n’arrive pas encore à en déceler et comprendre les raisons ! bien que sur le terrain, les citoyens Français déjà installés et intégrés à la vie économique et sociale, et les visiteurs et touristes de l’hexagone, ne perçoivent nulle détérioration dans le bon accueil et la fraternelle cohabitation qu’ils ont toujours connu.

C’est que ce sont les réseaux sociaux, les nouveaux temples de la communication et de l’échange, qui, côté Afrique et jeunesse, <<vomissent<< la France !

Les Français ont dû relever que la grande vague de rejet de leur seule évocation par tous les Africains des nouvelles générations était un phénomène qui méritait attention et étude.

La France a commis ses stratèges, universitaires, diplomates et militaires, à réfléchir sur le nouveau tour que prenait sa présence et ses rapports avec les pays d’Afrique Noire, qui avaient été sous son égide coloniale. 

La coalition du Mali, du Burkina Faso et du Niger dans l’AES, dont l’ADN déclaré est  « anti français », et repose sur le fait que l’engagement de l’armada de la grande France d’hier n’a rien pu changer  à l’instabilité qui s’est installée dans l’espace sahélo -saharien depuis la chute de Mouammar Kadhafi et le démantèlement de l’état libyen.

Mais, comment comprendre qu’un adolescent ou jeune adulte, de Dakar à Kigali en passant par Conakry, Accra, Lagos, Douala, Libreville et Kinshasa, rien que sur les réseaux sociaux, milite aujourd’hui, vent debout, contre la France ?

N’est-ce pas une erreur, ou pécher par précipitation, que de ne ramener cela qu’aux profils de Nicolas Sarkozy ou Emmanuel Macron, deux présidents Français perçus comme arrogants et trop condescendants dans leur approche des dirigeants africains ?

Oui, tous ces jeunes sont convaincus que des avions cargo géants opèrent toutes les nuits des rotations pour évacuer les minerais d’or et autres matériaux précieux, hydrocarbures et gaz, des zones désertiques du sahel ; et que les soldats français et leurs alliés européens et de l’OTAN n’ont pour rôle et mission que de protéger et prêter main – forte à ces trafics.

Ce qui vaut que la Russie de Vladimir Poutine et des BRICS est réclamée partout, et que cette jeunesse va exiger de ses politiques une  « wagnérisation » accélérée des politiques de défense.

Que Wagner se rémunère copieusement en organisant des rotations d’énormes ANTONOV sur les mêmes sites ne doit pas être évoqué ni retenu.

Mais, et si cette exaltation brusque et spontanée d’un modèle russe totalement inconnu valait adresse et défiance avant tout aux dirigeants en place dans la plupart des pays africains ?

Le face à face Macron /Poutine, dont toutes les issues sont d’avance favorables à ce dernier, ne signifie t’il pas un ultime mais sublime ras le bol vis-à-vis des Chefs d’Etat et élites dirigeantes d’Afrique Noire, jugés tous incompétents et corrompus puisqu’après plus d’un demi-siècle d’indépendance, les pays font du sur -place, et que les populations en sont réduites à rêver d’un eden meilleur très loin de chez eux ?

Il est de plus en plus difficile, ces temp -ci, d’obtenir un échange équilibré et apaisé avec notre jeunesse, dont la citadelle des certitudes a été bâtie sur le ciment des réseaux sociaux.

Nos jeunes sont d’ailleurs libérés et sereins tant ils estiment, au départ, que toutes les connaissances acquises par « le vieux père » ou  « doyen », durant ses longues années de formation, ont été au préalable formatées dans le laboratoire du colonisateur exploiteur, soucieux de diriger à son avantage et au service de ses intérêts.

C’est à peine si le jeune Africain, aujourd’hui, ne se sent pas obligé d’un zeste de sympathie condescendante et protectrice vis-à-vis de ses aînés, ces bravesbougres qui, hélas, n’auront rien vu ni compris, du tout au tout !

Il n’y a nul sujet à nous inquiéter ou affoler, aujourd’hui en 2024, vis-à-vis d’un phénomène que nous devons avouer avoir quelque peu exagéré pour donner du piment à  notre argumentaire.

Mais, qu’adviendra-t-il si les choses restaient et continuaient d’évoluer enl’état ? Surtout qu’il est acquis que la propagation de l’usage des appareils téléphoniques numériques digitalisés va évoluer vers la totalité des citoyens ??

Le service des contenus étant ouvert à tous, sans aucun souci d’expertise ou qualification, l’objectivité et la neutralité ne pouvant en rien être pré évaluées en ce nouvel univers ?

Les stratèges de l’état français planchent sur ce sujet ; il conviendrait que ceux des états africains, sans exception, en tant que premiers concernés, se l’approprient.

Sinon, même si l’on pourrait en rire aujourd’hui, le monde se réveillera un jour à l’annonce que la Côte d’Ivoire doit répondre à une déclaration de guerre du Burkina Faso, qui est rejoint par le Niger et le Mali, ses partenaires et alliés de l’AES ! Les créateurs de jeux télévisés peuvent déjà se mettre à la tâche !

Que l’Afrique Noire se gagne et s’attache sa jeunesse, génération de l’avenir !

 

Fait à Abidjan le 09 Octobre 2024

Ministre Kobena I. Anaky

Président du MFA

Retrouvez  La Chronique du Président Kobena I. Anaky tous les mercredis sue www.ladepechedabidjan.info

La Dépêche d'Abidjan

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