« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Opinions

Réflexion sur les contradictions des chrétiens et des musulmans africains face à la mort

Le rapport des chrétiens et des musulmans à la foi, à la vie et à l’au-delà m’a toujours interpellé. Ils affirment croire en un paradis promis aux fidèles, un lieu de bonheur éternel, libéré des souffrances terrestres. Pourtant, la peur de la mort les habite intensément. Ce paradoxe amène à s’interroger sur les fondements de leur croyance.

Promesse du paradis et crainte de la mort

Si le paradis est une certitude absolue pour les chrétiens et les musulmans, pourquoi craindre la mort, qui en serait la porte d’entrée ? Si elle devait être une délivrance, pourquoi ne la choisissent-ils pas plutôt que la vie ici-bas ? Bien sûr, leurs religions condamnent le suicide et voient la vie comme un don divin qu’il ne faut pas écourter. Mais au-delà de cette interdiction, c’est l’instinct de survie inné dans l’humain qui l’emporte sur les croyances. Ces personnes perçoivent souvent un accident évité ou une maladie surmontée comme une « grâce divine ». Cependant, si la mort est censée être une transition vers un état bien meilleur, pourquoi remercier Dieu de leur avoir permis de rester sur Terre, dans un monde qu’ils considèrent comme éphémère et rempli d’épreuves ?                  

L’incertitude du salut et la peur du jugement

Les dogmes chrétiens et musulmans ne garantissent pas le royaume des cieux à tous, mais seulement aux « méritants ». Par conséquent, la menace de l’enfer nourrit la peur. L’au-delà devient alors une source de tourment, car personne ne sait avec assurance s’il a suffisamment bien vécu pour accéder à la récompense divine.

Dans les faits, l’espérance d’une vie éternelle n’est pas ressentie comme une vérité, mais comme une consolation face à l’inévitable. Cela montre bien que, malgré leur dévotion, la mort demeure pour eux une perte bien plus qu’un accomplissement.

Les religions, entre foi et mythe

Ces contradictions prouvent que la croyance relève d’une tentative humaine d’expliquer l’existence et la mort, tout comme les mythologies anciennes. En effet, depuis toujours, les hommes ont eu recours aux mythes pour donner un sens à la vie. Ainsi, les religions cherchent à répondre aux mêmes questions essentielles portant sur l’origine de l’humanité, la raison de notre présence dans le monde et le devenir après la mort. À l’instar des mythologies antiques, elles proposent des récits fondateurs, définissent un cadre moral et visent à rassurer face à l’angoisse existentielle. D’ailleurs certains mythes ont été intégrés par les religions et sont aujourd’hui encore considérés comme des vérités par leurs fidèles qui y croient. 

En définitive, l’inquiétude de la mort chez les chrétiens et les musulmans met en lumière les failles d’une spiritualité qui oscille entre espoir et doute. Leur attachement à la vie terrestre, leur crainte du jugement divin et leur refus d’accueillir la mort avec sérénité montrent que le bonheur éternel est plus une représentation rassurante qu’une certitude. La peur de l’inconnu l’emporte toujours sur les promesses théologiques. 

Tout ceci atteste que les croyances religieuses appartiennent à la mythologie et ont pour but d’interpréter la condition humaine.

Il convient de noter que la notion de paradis est née en Afrique, dans l’Égypte antique. Les Champs d’Ialou représentaient alors un lieu paisible réservé aux âmes vertueuses. Ce concept a été repris dans la mythologie grecque avec les Champs Élysées, dont les Champs-Élysées de Paris constituent une réinterprétation physique.

D’autre part, les Enfers désignaient le royaume des morts dans la mythologie grecque. Ils comprenaient un lieu de souffrance, le Tartare, et un lieu de récompense, les Champs Élysées.

Ce sont ces notions qui ont inspiré les concepts de paradis et d’enfer dans les religions abrahamiques.

Axel Illary

La Dépêche d'Abidjan

Recent Posts

UJIF : Axel Illary investi à Paris sous le signe de l’unité et du rayonnement international

L’Union des Journalistes Ivoiriens en France (UJIF) a officiellement investi son nouveau président, Axel Illary,…

2 jours ago

Niger : RSF saisit le groupe de travail sur les disparitions forcées de l’ONU sur le sort de Moussa Kaka

Un mois après la disparition du directeur de la Radio Télévision Saraounia, Moussa Kaka, au…

3 semaines ago

Moussa Kaka, disparu au Niger : quatre décennies de journalisme et de combat pour la liberté de la presse

Moussa Kaka est une figure du journalisme au Sahel. Celui qui a disparu depuis le…

4 semaines ago

Côte d’Ivoire : libération immédiate de Justin Koné Katinan et de tous les détenus politiques

Le Parti communiste français condamne avec la plus grande fermeté l’arrestation et le placement sous…

1 mois ago

Criminalisation du journalisme au Mali : Abdrahamane Kéita, du Témoin, condamné à deux ans de prison ferme

Au Mali, le directeur de publication du journal Le Témoin, Abdrahamane Kéita, a été condamné…

1 mois ago

Peau noire, Dieu blanc : quand Dieu porte les couleurs des oppresseurs

Le 3 octobre, Axel Illary publiera sur Amazon Peau noire, Dieu blanc. Essai sur l’aliénation…

1 mois ago

This website uses cookies.