L'Afrique est le berceau de l'humanité, où l'homme est né avant de se répandre dans le reste du monde. C'est là que les premières grandes civilisations ont émergé, et où les premiers concepts religieux ont vu le jour. C'est l'Afrique qui a influencé le reste du monde.
Le panafricanisme est né en réaction à l’oppression coloniale et à l’exploitation des peuples noirs. L’islam et le christianisme ont joué un rôle majeur dans les tragédies qui ont marqué l’histoire de l’Afrique. Ces religions, imposées par la force et utilisées pour justifier la traite négrière, l’esclavage et la colonisation, ont servi d’instruments d’aliénation et de domination culturelle, éloignant ainsi de nombreux Africains de leurs traditions spirituelles ancestrales.
Les religions abrahamiques font partie des éléments d’aliénation culturelle dont l’Afrique doit se libérer
Le christianisme, via l’Église catholique et les missionnaires, a souvent accompagné l’entreprise coloniale européenne. La bulle papale Dum Diversas (1452) et d’autres textes pontificaux ont justifié l’exploitation des Africains. De même, l’islam, implanté en Afrique avant la colonisation européenne, a été impliqué dans la traite négrière arabo-musulmane, où des millions d’Africains ont été capturés et vendus comme esclaves dans le monde arabe.
Face à ce constat, il est impératif de renouer avec les religions africaines traditionnelles, car l’islam et le christianisme, en tant que marqueurs de l’impérialisme, perpétuent une dépendance culturelle et spirituelle. En conséquence, l’émancipation de l’Afrique passe par une rupture avec ces religions imposées.
Dans cette perspective, la Charte de la Renaissance Culturelle, adoptée par l’Union africaine en 2006, met en avant la nécessité pour les Africains de retrouver et valoriser leur identité culturelle, ce qui inclut un retour aux traditions africaines dans plusieurs domaines, dont la spiritualité. L’un des points les plus pertinents de ce texte est l’Article 3, qui stipule que les États doivent s’engager à la valorisation de la culture africaine et au rejet de toutes formes d’aliénation culturelle. Dans cette logique, les religions abrahamiques, ayant été importées et imposées, font partie des éléments d’aliénation culturelle dont l’Afrique doit se libérer.
La Charte insiste également sur l’enseignement de l’histoire générale de l’Afrique comme un élément clé pour la reconstruction de l’identité africaine. Parmi ses objectifs figure, entre autres, celui de permettre aux Africains de mieux comprendre leur passé, en particulier l’impact de la traite négrière et du colonialisme. L’Histoire générale de l’Afrique, un projet de l’UNESCO mené par des historiens africains tels que Cheikh Anta Diop et Joseph Ki-Zerbo, montre clairement comment les religions abrahamiques ont été introduites par des processus de domination. Le christianisme a été utilisé comme un outil de colonisation par les Européens. Les missionnaires ont encouragé la traite transatlantique pendant 4 siècles et ont accompagné l’administration coloniale pour imposer la culture occidentale aux Africains. L’islam, quant à lui, est arrivé en Afrique par des marchands et des conquérants arabes, qui ont participé à la traite négrière orientale, laquelle a précédé la traite transatlantique et a duré près de 14 siècles.
Un retour progressif à la spiritualité africaine
La montée du panafricanisme s’accompagne aujourd’hui d’un renouveau spirituel, où les Africains et la diaspora cherchent à se reconnecter à leurs traditions ancestrales, longtemps marginalisées par la colonisation et la mondialisation. Plusieurs pratiques spirituelles traditionnelles refont surface ou sont mises en avant.
Ainsi, un retour progressif aux croyances africaines traditionnelles se manifeste, avec la promotion du vaudou, pratiqué en Afrique de l’Ouest, en particulier au Bénin, au Togo et au Ghana, ainsi que dans la diaspora, comme en Haïti et au Brésil.
De même, le kémétisme, inspiré des traditions spirituelles de l’Égypte antique, gagne en popularité auprès de ceux qui considèrent cette civilisation comme un héritage africain majeur ayant influencé le monde.
L’Ifa, un système spirituel divinatoire du peuple yoruba du Nigeria et d’autres pays d’Afrique de l’Ouest, inclut des prières, des rituels et des prophéties, et demeure respecté dans de nombreuses communautés.
On observe aussi un regain d’intérêt pour la spiritualité Kongo, pratiquée en République démocratique du Congo et en Angola, ainsi que pour le culte des ancêtres, très répandu en Afrique et dans la diaspora. Le Bwiti, au Gabon, ainsi que les croyances dogon et les traditions du Mali, suscitent également un intérêt croissant.
Ces pratiques sont des alternatives aux religions abrahamiques, reconnues comme des outils de colonisation.
Dès lors, une meilleure connaissance de l’histoire générale de l’Afrique peut conduire à une remise en question des pratiques religieuses actuelles dans la communauté noire. Si les Africains prennent conscience du rôle qu’ont joué les religions abrahamiques dans leur oppression, cela pourrait les amener à se détourner du christianisme et de l’islam au profit de la spiritualité africaine traditionnelle, qui constitue le fondement de leur identité, d’autant plus que ces religions s’inspirent de l’Afrique, le berceau des premiers concepts religieux.
Axel Illary
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