« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Arts et Culture

Les dogmes : des mythes pour apaiser l’angoisse humaine

Le terme « religion » est apparu tardivement dans l’histoire de la pensée. Avant cette dénomination, les sociétés humaines étaient structurées autour de traditions comprenant des rites et des croyances qui occupaient une place centrale dans leur organisation. Dans toutes les civilisations, la tradition a toujours joué un rôle fondamental en apportant des réponses aux grandes interrogations existentielles, telles que l’origine de l’humanité, le sens de la souffrance ou encore le devenir après la mort. C’est à partir de ce fonds traditionnel que les religions se sont constituées. Pour faire face à ces questions, elles ont élaboré des dogmes qui sont des croyances tenues pour des vérités absolues. Pourtant, lorsqu’on les examine attentivement, nombre d’eux relèvent davantage du mythe. Ce sont des récits fondateurs, conçus non pour expliquer le réel, mais pour apaiser les inquiétudes des humains.

La mythologie est présente dans toutes les cultures. Partout, les peuples ont élaboré des narrations pour expliquer l’origine du monde, la nature humaine, le mal ou la mort. 

Par exemple, dans l’Égypte ancienne, la mythologie servait à comprendre la création de l’univers et le rôle des dieux. Le mythe de Rê, le dieu solaire, raconte comment il a façonné l’existence à partir du chaos primordial et a apporté lumière et ordre. Les Égyptiens croyaient aussi que la mort n’était qu’une étape vers une existence dans l’au-delà. Cette croyance s’exprimait dans la quête de l’âme vers le jugement du dieu Osiris, symbole de la résurrection.

De même, dans la Grèce antique, des récits comme celui de la création des êtres humains par Prométhée ont expliqué l’origine de l’humanité et de ses souffrances. La célèbre histoire du titan raconte qu’il a donné le feu aux hommes et les a condamnés à vivre dans le monde des mortels. Le mythe d’Orphée, qui est descendu aux Enfers pour retrouver son épouse Eurydice, a offert une vision de la vie après la mort et des efforts pour échapper au destin tragique.

Dans d’autres traditions, comme celles des peuples autochtones d’Amérique, les mythes de la création racontent comment la terre a été formée et habitée, généralement avec des êtres surnaturels qui modelaient le monde à partir de la matière brute. Ces histoires apportaient des réponses à ce qui échappait à la compréhension, comme la nature de l’univers, la place de l’homme dans celui-ci et le sens des épreuves humaines.

Les religions abrahamiques n’échappent pas à cette logique. Le christianisme, à titre d’illustration, repose sur une série de récits fondateurs. La création du monde en sept jours, le déluge, la résurrection, le paradis et l’enfer sont autant d’histoires qui, bien qu’enseignées comme des vérités, relèvent de ce qu’on appelle de nos jours la mythologie chrétienne.

Des dogmes… pour se rassurer

Les dogmes apportent des réponses définitives à des questions perturbantes. Ils rassurent, promettent une justice après la mort et procurent un soulagement face à la souffrance. En ce sens, ils remplissent la même fonction que les mythes, dont le but est d’expliquer ce qui échappe à la raison.

Le philosophe Mircea Eliade parlait du mythe comme d’un retour aux origines, un modèle exemplaire pour comprendre le monde (Le Sacré et le Profane, 1957). Les dogmes, eux aussi, sont des récits fondateurs, qui cherchent à structurer une vision de l’existence.

Combler l’incertitude de l’existence

Les dogmes traduisent un besoin humain de croire à quelque chose qui présente une explication face à la peur du néant, de la souffrance ou de l’injustice.

Alors que la science progresse sans toujours pouvoir répondre aux importantes préoccupations existentielles, les religions, à travers leurs mythes, continuent de proposer un récit fictif, souvent nécessaire à l’équilibre psychique.

Il ne s’agit pas de confondre mythe et réalité, mais de comprendre que les récits religieux apaisent l’angoisse liée à l’existence.

Axel Illary

La Dépêche d'Abidjan

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