« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
La chronique du Président Kobena I. Anaky

La bataille de la culture du futur frappe à la porte de la Côte d’Ivoire.

Ivoiriennes, Ivoiriens, chers Amis !

Vendredi 30 mai dernier, à 20h, une édition spéciale de la première chaîne, proposait un reportage attrayant sur la présence de 2 statuettes de fertilité du pays Baoulé, en exposition dans un musée, dédié aux phénomènes et articles relevant de l’insolite, sur la Côte Ouest des États-Unis.
A ceux qui payent et franchissent le seuil, ce musée annonce les couleurs en annonçant sur son fronton : << Ripley’s… believe it or not >>.
En la langue locale et universelle qu’est l’anglais, il faut comprendre que le client peut y croire ou pas, mais, c’est ainsi, c’est adjugé, et dans leur monde culturel anglo-saxon, Ripley annonce surtout << farces et attrapes >>, et, dès que l’on a payé, l’on est déjà un << gaou >>. Ce nom Ripley s’était fait connaître en littérature et au cinéma, en suivant les pas d’un malfrat habile et impitoyable, certes, mais dans le fond sympathique, genre Robin des Bois.

Pour être investi de la grâce en fertilité censée sourdre du bois des statuettes Baoulé, il y avait un excellent protocole à suivre, et, pour les résultats, il est évident que leur temps d’éclosion pouvait s’étaler sur la fréquence des visites (payantes) au musée, sans limitation aucune.

Tout aurait pu s’arrêter sur cette note de divertissement puisque, partout dans le monde, la fertilité, lorsqu’elle devient problème, est l’un des domaines de la médico pharmacologie les plus rentables qui soient ; d’autant plus que ces deux statuettes, en bois d’ébène bien verni, ont pu être achetées aux artisans /sculpteurs Sénégalais d’Abidjan, de Grand Bassam ou de la Goutte d’Or, dans le Nord de Paris, à vil prix.

Un Américain, élevé au dieu Dollar, s’il arrivait un jour à tomber sur de tels vrais prodiges de statuettes, soignant efficacement contre l’infertilité, les enfermerait dans des coffres, au fin fond d’une forteresse bancaire, et les couples / clients, en toute discrétion, paieraient au minimum un million de dollars par passage !
Mais notre scepticisme amusé, que les réalisateurs semblaient dans l’ensemble partager, vira au désarroi, et à l’inquiétude, lorsque, sur la fin, il nous fut révélé qu’un Ivoirien résidant en Californie, et un envoyé spécial de la RTI venu de Washington, avaient cru bon de s’inviter dans ce musée Ripley d’artifices et farces et attrapes pour constater et filmer en personne ce qui pouvait sembler comme une manifestation particulière de la force mystique traditionnelle du peuple Baoulé de Côte d’Ivoire.

Et il fut même évoqué l’éventualité de voir ces deux figurines être inscrites au répertoire des œuvres d’art éligibles à être retournées au terroir africain d’origine, en réparation des malfaisances prédatrices des colonisateurs d’hier.

Est-ce que nous n’en faisons pas trop ? Est-ce que cette grande idée, du retour, vers les musées des pays d’Afrique Noire, des œuvres d’art symboliques des grandes civilisations d’Afrique Noire, a eu ses fondements et contours clairement exposés à tous ?

Elle est certes revenue au premier plan de l’actualité ces dernières décennies, portée et pilotée par des cercles intellectuels et politiques occidentaux ; mais des leaders et penseurs négro-panafricanistes l’avaient évoquée depuis près d’un siècle, en lien étroit avec les revendications d’autonomie et d’indépendance.
Le signal d’alarme, à la clôture de l’épisode, pointait que, pour les domaines de la culture, de l’art et des civilisations, l’état de Côte d’Ivoire se doit de passer à une autre dimension et vitesse, en matière de formation.

Qu’est-ce que l’art ? A partir de quels seuils et critères qualifier d’artistique un produit de création, proposé en socle sonore, de pur intellect, ou de matière palpable ? Et qui a qualité pour distribuer les notes ?
Au moment où toute notre société va se reprendre et se réarmer moralement pour entrer en campagne électorale présidentielle 2025, il n’est pas inutile que les différentes forces politiques, partis et société civile, aient l’attention de leurs idéologues et stratèges attirée vers certains points qui font saillie au sein de nos communautés comme à l’international.

Le domaine de la culture et de la civilisation, qui, pendant longtemps, ne s’est présenté que comme domaine réservé des états, des puissants et des possédants, et demeura hermétiquement clos aux autres classes, dans tous les pays, opère un retour en force, par un des retournements les plus ironiques de l’histoire.
A partir du moment où ceux dont les forces financières, économiques, militaires et logistiques étaient dominantes, et qui pensaient pour toute l’humanité, finirent par réaliser que ce n’est pas uniquement les citadelles, les châteaux, les tonnes de manuscrits et tableaux qui rendaient éligible à la civilisation ou à la culture, et qu’il convenait d’intégrer la longue durée dans le passé, les faits d’environnement et d’histoire, et surtout la nature profonde et spécifique des peuples, nous sommes entrés dans une nouvelle ère.

C’est celle qui a permis que les chefs traditionnels d’Afrique ou d’Amazonie soient reçus dans les plus grandes cérémonies mondiales, avec les plateaux bien plantés dans leurs lèvres et oreilles, escortés par un tomberau de leurs épouses et concubines. Et, nul doute qu’en ce nouveau monde de la grande prédominance de la culture et de la civilisation, c’est certainement à l’Afrique Noire que reviennent les plaines les plus fertiles.

L’Afrique Noire a pâti des assauts des ambitions des autres peuples qui s’imposerent à elle par une domination basée sur des technologies militaires avancées nées de siècles de tradition de belligérance. Mais il va se révéler de plus en plus qu’il y a très longtemps, des millénaires sans doute, ce sont les peuples Nègres et leurs royaumes et empires qui ont organisé et régulé le rythme général de vie sur la planète.
Le profil des continents n’était pas celui d’aujourd’hui. Il y a eu de temps en temps des cataclysmes sismiques et météorologiques.

Mais l’on a incontestablement aujourd’hui, du Nord au Sud de l’Amérique, de l’Europe et de l’Asie, des peuples de souche negroide, avec des nuances de teint de peau variables.
Le monde nègre a connu son ère d’hegemonie technologique et militaire, et les siècles et millénaires de domination ont fini par transformer son hospitalité de partage en posture de faiblesse et d’infériorité vis à vis de ses vassaux d’hier.

Nous découvrons tous que la supériorité ou domination scientifique et technologique ne se fixe pas, qu’elle va et revient, en mouvement d’horloge.
La technologie nucléaire et la conquête spatiale, qui ne semblaient être destinées qu’à quelques rares puissances au niveau mondial, sont désormais, surtout grâce à l’intelligence artificielle, potentiellement à la portée de tous ceux capables d’en mobiliser les moyens.

Le développement des sciences et technologies du futur est passé, de la charge des états et puissances, dans l’escarcelle de groupes d’intérêts économiques et financiers internationaux privés.
Nous pensons que la Côte d’Ivoire gagnerait à s’engager avec plus de vigueur et de détermination dans l’exploration de cette nouvelle voie de promotion et de développement, d’abord de l’individu et de la nation, mais également porteuse d’énormes potentiels économiques.

La bataille de la culture du futur frappe à la porte de la Côte d’Ivoire. Sachons l’ouvrir toute grande en élaborant dès à présent nos programmes, et surtout en établissant des enseignements et séminaires de formation pour les jeunes et les futurs professionnels.

LA Côte d’Ivoire, géographiquement espace de passages et de migrations dans l’ensemble négro africain depuis toujours, se trouve naturellement investie pôle de références et de réserves des grandes civilisations du continent, véritable contrepoids à l’immense bassin du Congo et à l’Afrique Centrale.
Il ne se passe pas une quinzaine sans qu’un grand événementiel culturel africain ne se tienne en Côte d’Ivoire.
L’on nous accorde le premier banc ! Trop attendre nous vaudra le strapontin.

Fait à Abidjan le 04 juin 2025
Le Ministre Kobena I. ANAKY
Président du MFA

Retrouvez La Chronique du Président Kobena I. ANAKY tous les mercredis sur www.ladepechedabidjan.info

La Dépêche d'Abidjan

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