Le Conseil constitutionnel ivoirien a rendu publique la liste des candidats retenus pour l’élection présidentielle d’octobre 2025. Sur une soixantaine de candidatures déposées, seules cinq ont été validées : Alassane Ouattara, Simone Éhivet, Jean-Louis Billon, Ahoua Don Mélo et Henriette Lagou Adjoua.
Sans surprise, Laurent Gbagbo, fondateur du PPACI, et Tidjane Thiam, président du PDCI, ont été écartés. Selon l’institution, ils ne remplissaient pas certaines conditions requises. En revanche, la candidature d’Alassane Ouattara, qui brigue un quatrième mandat jugé anticonstitutionnel par l’opposition, a été validée. On note également l’exclusion de Pascal Affi N’Guessan, président du FPI, et la validation des candidatures de Simone Éhivet, ex-épouse de Laurent Gbagbo, ainsi que d’Ahoua Don Mélo, l’un de ses anciens collaborateurs.
Bien qu’acquitté par la CPI, l’ancien chef du FPI a été condamné dans son pays à 20 ans de prison, accusé d’avoir braqué la BCEAO durant la crise post-électorale de 2010-2011. Or, plusieurs observateurs, dont des avocats, rappellent que la banque n’a jamais porté plainte. Ses partisans, eux, peinent à comprendre comment il a pu créer un parti politique et se remarier, tout en étant privé de ses droits civiques. Ils dénoncent une condamnation politique.
À ce sujet, le Pr Gnaoulé Oupoh, vice-président exécutif du PPACI chargé de l’enseignement supérieur, déclarait lors d’une manifestation à Paris le 29 juin 2024 : « Notre intérêt à nous, peuples africains (…), est de nous libérer définitivement. Nous libérer définitivement de tous les prédateurs, qui sucent notre sang, pillent nos richesses, étranglent notre désir de souveraineté. C’est parce que le président Laurent Gbagbo, digne successeur de Lumumba, Nkrumah, Mandela et, plus près de nous, Sankara, a compris cela, qu’il a été déporté à la CPI. Mais peut-on emprisonner la liberté ? Alors qu’il était encore en détention, le régime RHDP, affolé par sa libération inévitable, lui a collé précipitamment une condamnation de 20 ans, prononcée par contumace. (…) Comment peut-on juger et condamner un citoyen absent, sachant qu’il était en détention à l’étranger ? Comment faire condamner un ancien président de la République par une juridiction prévue pour des délits mineurs ? Comment le citoyen Alassane Dramane Ouattara peut-il accuser Laurent Gbagbo d’avoir braqué la BCEAO, alors que, premièrement, la banque elle-même n’a jamais porté plainte, et que, deuxièmement, tout le monde sait que ce sont ses propres lieutenants qui ont mené ces attaques, en présence des soldats français ? Le problème est ailleurs : Alassane Ouattara a peur de Laurent Gbagbo. Voilà la vérité. »
Concernant Tidjane Thiam, son exclusion repose sur la question de sa nationalité. Selon la justice ivoirienne, il a perdu sa nationalité en 1987 après avoir acquis la nationalité française. Malgré sa renonciation à cette dernière en février 2024, sa réintégration a été jugée trop tardive et sa radiation de la liste électorale a été maintenue.
Cette décision du Conseil constitutionnel tombe comme un coup de tonnerre dans un ciel ivoirien déjà lourd d’incertitudes. Entre la validation d’un quatrième mandat pour Alassane Ouattara, les exclusions contestées de personnalités politiques de premier plan telles que Laurent Gbagbo, Tidjane Thiam et Pascal Affi N’Guessan, et la menace persistante de condamnations que l’opposition qualifie de politiques, la présidentielle d’octobre 2025 pourrait se dérouler sous haute tension.
De fait, c’est l’avenir même de la démocratie ivoirienne qui se joue. La Côte d’Ivoire saura-t-elle enfin dépasser les règlements de comptes, tourner la page des divisions et ouvrir un nouveau chapitre de justice ?
Axel Illary
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