« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP

Les clés pour comprendre le chaos en Afrique du Sud

Depuis le mois d’avril, le pays de Nelson Mandela est de nouveau secoué par des violences xénophobes. Les étrangers sont appelés à « rentrer chez eux ». En fait, ces violences n’ont jamais vraiment cessé depuis 1995, année qui a vu les noirs prendre le pouvoir dans le pays, et où pour la première fois la question de l’immigration s’est invitée dans le débat et dans les rues. Ces violences sont nées avec l’Afrique du Sud « post apartheid », elles sont dans son ADN. Les étrangers n’ont jamais été les bienvenus en Afrique du Sud. 

De 1948 à 1990, c’est l’Apartheid, le pays est coupé du reste du continent, il n’entretient de relations avec personne. En 1990 l’apartheid est aboli, et en 1994, l’ANC de Nelson Mandela gagne les élections. Le pays s’ouvre aux Africains. Subjugués, ceux-ci découvrent un pays « occidental ». Tout naturellement va se mettre en place immédiatement une immigration, qui sera massive. Les Éthiopiens, Congolais, Nigérians, Marocains, Zimbabwéens, Malgaches, bref toute l’Afrique va débarquer. Ce sera quelque chose de nouveau pour les Sud-Africains. Ainsi dès 1995, le « départ des étrangers » sera réclamé.

Nelson Mandela en Côte d’Ivoire en novembre 1991, avec le Président Houphouët Boigny à Yamoussoukro

Puis vont progressivement surgir les difficultés économiques. Les Noirs ont hérité d’une économie performante, mais seront incapables de maintenir cette trajectoire. Comme partout en Afrique, le secteur public sera gangrené par la corruption, le népotisme, le clientélisme, et va s’écrouler. Or les Noirs étaient massivement employés dans l’administration et les entreprises d’Etat. Leur faillite va conduire à une situation dramatique de l’emploi. Les entreprises cédées aux Noirs lors des privatisations ne vont pas connaître un sort meilleur, étant administrées de façon similaire. Résultat, un taux de chômage de 31% en 2025, le plus élevé du continent. Il était de 42% en 2020.

Enfin nous avons les traditions guerrières des Sud Africains, et le fait qu’ils ont longtemps lutté pour leur indépendance. Résultat, un peuple porté sur le violence, qui est omniprésente dans la société sud-africaine. Les choses sont devenues hors de contrôle car les gouvernements post-apartheid s’en sont accommodés.  Le port d’armes est réglementé, mais les armes sont fortement disséminées dans la population. Les manifestations de foule se terminent par des batailles rangées à la machette ou la lance, le tout dans une atmosphère de chants guerriers.

Frederik De Klerk, dernier président blnac d’Afrique du Sud. Il cède le pouvoir à Nelson Mandela
en 1994. Trente ans plus tard, les héritiers de Mandela ont visiblement fait régresser le pays.

Ainsi avec une immigration tardive mais massive dans le pays, un chômage élevé du fait d’une économie en partie délabrée, une population portée sur la violence, l’Afrique du Sud réunit les ingrédients d’une instabilité sociale chronique, dont les étrangers font les frais. Dans son allocution du 27 Avril 2026 commémorant « le jour de la liberté », le président Cyril Ramaphosa n’a pas condamné les violences avec des mots durs, demandant plutôt aux étrangers de « respecter les lois sud-africaines », un discours qui peut inciter les manifestations à se poursuivre.

Aujourd’hui l’économie sud-africaine crée de moins en moins d’emplois. Le nœud de la question est là. Malheureusement les dirigeants noirs ont montré leurs limites dans la gouvernance de ce pays, et on voit mal comment ils pourront redresser la barre de façon durable. L’économie ne s’est pas totalement effondrée comme au Zimbabwe voisin, parce que les Blancs tiennent encore certains secteurs. Il est instructif de noter que dans ces deux pays, on demande aujourd’hui aux Blancs de « revenir », ce qui signifie que la politique d’africanisation est un échec.

Il faut rectifier une perception fausse qu’on a des Sud-Africains. Dans la presse et sur les réseaux sociaux, beaucoup les décrivent comme « paresseux », une critique aussi adressée aux Noirs américains. En fait, il ne s’agit pas de paresse, seulement que l’étranger et le natif du pays n’ont pas la même perception de l’emploi. L’étranger vient d’un pays en développement, devant un emploi, il va opérer son choix par rapport à ce qu’il aurait gagné chez lui pour ce même travail. Alors que le natif va opérer son choix en se comparant à ce que gagnent ses compatriotes.

La population ivoirienne, la plus cosmopolite du continent. Un héritage à préserver.

Pour la Côte d’Ivoire, premier pôle de l’immigration intra-africaine depuis 2024 selon les données de l’OIM ( Organisation Internationale des Migrations ), devant l’Afrique du Sud, il faut regarder avec attention ce qui se passe là-bas. L’immigration accélère en Côte d’Ivoire, et on voit sur les réseaux sociaux de prétendus influenceurs appeler au « départ » de certaines communautés, accusées de vouloir opérer un « grand remplacement ». C’est un concept emprunté à l’extrême droite française, pour qui les Arabes vont finir par remplacer les français de souche.

Ces influenceurs qui visiblement n’ont pas dépassé le niveau du collège, sont pour la plupart basés dans les pays du Sahel. Depuis toujours, la Côte d’Ivoire tire son dynamisme du foisonnement de communautés qui la composent, et c’est totalement absurde de prêter à certaines de ses communautés le dessein de vouloir « remplacer les Ivoiriens ». Les autorités doivent se montrer vigilantes, car ces discours imprègnent de plus en plus l’inconscient collectif et peuvent se traduire par des débordements. La Côte d’Ivoire reste et demeure un pays ouvert à tous. C’est dans son ADN.

Douglas Mountain 

oceanpremier4@gmail.com   

Le Cercle des Réflexions Libérales

 

La Dépêche d'Abidjan

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