« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP

Panafricanisme ou repli identitaire : l’urgence de l’unité africaine

Les violences xénophobes qui éclatent régulièrement en Afrique du Sud, comme les discours de rejet observés dans d’autres pays du continent, constituent une entrave sérieuse à l’unité africaine.

Comment des peuples unis par une histoire de domination, de résistance et de lutte pour la dignité peuvent-ils aujourd’hui se considérer comme étrangers les uns aux autres ?
Voir des Africains pourchassés, insultés ou discriminés parce qu’ils sont originaires d’un autre pays est une réalité persistante et préoccupante.
Cette situation affligeante repose sur le tribalisme et la xénophobie. Ils fragilisent le continent, alimentent la méfiance, attisent les tensions et détournent l’attention des véritables défis de l’Afrique : le développement, l’éducation, l’emploi, l’industrialisation, la souveraineté économique, entre autres.

Face à ces dérives, le panafricanisme offre une autre voie. Il rappelle qu’avant d’être Nigérians, Sud-Africains, Congolais, Sénégalais, Ivoiriens ou Camerounais, nous sommes des Africains. Notre histoire est liée. Nos destins sont interdépendants. Aucun pays du continent ne peut prétendre bâtir sa prospérité en rejetant les autres.

Les pères du panafricanisme rêvaient d’un peuple ouvert, solidaire et fraternel. Ils avaient compris qu’un continent morcelé par les frontières héritées de la colonisation resterait vulnérable. Cette ambition est d’une brûlante actualité. Elle exige de combattre le tribalisme et la xénophobie.

Dès lors, la question des visas mérite d’être posée avec courage. Il est difficile de prôner l’unité africaine tout en multipliant les barrières administratives entre peuples africains. L’obligation de visa entre pays du continent renforce l’idée que l’Africain est un étranger sur sa propre terre. Elle freine les échanges.
À l’inverse, les pays qui ont choisi de supprimer les visas pour les ressortissants africains montrent la voie. En facilitant la circulation des personnes, ils contribuent à rapprocher les peuples et à donner du contenu à l’idéal panafricain. Ces initiatives sont à encourager.

Dans ce contexte, la mise en application de la Charte de la renaissance culturelle de l’Afrique apparaît essentielle. Elle doit servir de cadre pour renforcer l’identité africaine.

De fait, le continent ne pourra pas construire son avenir sur le rejet, car ses peuples partagent une communauté de destin. Chaque acte de xénophobie contre un Africain est une défaite pour l’Afrique entière. Chaque frontière qui tombe entre les peuples africains est, au contraire, une victoire pour l’unité du continent.

Le panafricanisme n’est ni une nostalgie ni un slogan. Il est une nécessité politique qui rappelle que nous sommes plus forts lorsque nous nous reconnaissons comme des frères et des partenaires, et non comme des étrangers.

Axel Illary

La Dépêche d'Abidjan

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