Parents et proches, amers
« Je n’étais pas prêt à recevoir encore un journaliste parce que cela fait plus de 28 ans que les journalistes se sont succédés ici. Chaque fois, on leur dit la même chose et les mêmes doléances mais rien n’est fait ». Frère cadet de l’illustre disparu, Loué Blé Lambert, ne cache pas son amertume, face à ce qu’il considère comme un oubli fâcheux. Sinon une indifférence à l’égard d’Ernesto Djédjé. A Tahiraguhé, tout porte à croire que l’auteur de « Ziboté » a été oublié depuis belle lurette. Sa tombe est dans un état déplorable, perdue dans une touffe d’herbe. Sa maison, qu’il construisait, n’a jamais été achevée depuis sa mort… Toute chose qui écœure Loué Blé Ernest. « Regardez dans quel état se trouve sa tombe. C’est déplorable et indigne du grand précurseur du Ziglibithy qu’il a été », s’insurge t-il, avec une pointe de tristesse et aussi de révolte. « Depuis que Djédjé est mort, rien n’est fait pour redorer son blason et son honneur. Pourtant, il a beaucoup fait pour la culture en Côte d’Ivoire », enchaîne Loué Blé Lambert.
Selon lui, depuis la mort d’Ernesto Djédjé, « personne n’est venue soutenir sa famille ». Et Loué Blé Lambert de révéler : « Les personnes qui étaient chargées de recueillir les dons lors des cérémonies funéraires ont disparu avec l’argent, laissant sa famille dans la disette ». Bien plus, la douleur et la tristesse l’étreignent davantage quand il se souvient de la manière dont la famille a été abandonnée, après l’inhumation d’Ernesto Djédjé. Et Loué Blé Lambert de poursuivre : « Aucun des gouvernements successifs n’a daigné lui rendre l’hommage, qu’il mérite. Tout cela nous rend triste et amers, quand on se rappelle que lors de ses funérailles, toutes les grandes autorités du pays se sont déplacées ici, à Tahiraguhé ».
Une sépulture indigne du ‘‘Roi du Ziglibithy’’
Cinq minutes de marche, depuis le domicile familiale, jusqu’à l’entrée du village. Nous empruntâmes par la suite, une sinueuse et embroussaillée piste. Aux détours d’une saillie d’herbes touffue, c’est la tombe d’Ernesto ‘‘ l’ Roi…’’. Le décor qui s’offre à nous, est totalement désolant. C’est à croire que depuis 29 ans, personne n’y a mis les pieds. Partout des herbes. La tombe, elle-même, un dédalle de ciment mal coulé et noirci de moisissure, qui ne porte aucune indication de nom, vraiment indigne de l’artiste national et international qu’a été Ernesto Djédjé. A côté de la tombe, un amas de briques, visiblement, qui attendent depuis des lustres d’être utilisées.
A en croire, le président de jeunes de Tahiraguhé, Jean Clément Tapé, Ernesto Djédjé, du temps où il vivait, constituait pour eux et pour leur village, un espoir de développement. « Nous sommes sûrs que s’il vivait encore aujourd’hui, de par ces relations, Djédjé nous aurait permis de développer un peu notre village », reste t-il persuadé. Aujourd’hui, hélas, la voie qui mène à Daloa est quasi-impraticable. Il faut une heure pour la parcourir. De plus, il n’y a pas d’eau potable. Un sentiment que partage le notable One Djédjé Christophe, représentant le chef du village, absent. « Tout ce que nous souhaitons, c’est que quelque chose soit faite pour redorer le blason de notre fils disparu. Il lui faut une sépulture digne », plaide t-il. Avant de s’interroger : « Voyez vous-même, qui peut penser qu’ici repose Ernesto Djédjé ‘‘ le roi du Ziglibity’’ ? »
L’espoir de sa famille et de son village : Le président Ouattara
Pour la famille, les parents et amis d’Ernesto Djédjé, la réalité est pénible à accepter. Toutefois, ils ne perdent pas espoir. Surtout Loué Blé Lambert. « Pour le 29ème anniversaire de sa disparation, nous espérons que le président Alassane Ouattara va penser à lui, comme cela l’a été avec Lougah Francois, Amédée Pierre et certains autres artistes qui ont fait la fierté de la musique ivoirienne », professe Loué Blé Ernest, avant de poursuivre : « Nous avons beaucoup d’espoirs en lui, le Chef de l’Etat. Seul le président Ouattara peut sécher nos larmes en permettant à notre fils et frère de reposer véritablement en paix dans un lieu digne de son rang ».
En attendant, à Tahiraguhé, on réalise qu’Ernesto Djédjé est vraiment parti. Pour les hommes et femmes qui y vivent, son souvenir sera gravé à jamais dans leur mémoire …
D. Konaté, envoyé spécial in Le Patriote
Sun, 17 Jun 2012 19:20:00 +0200
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