Autre fait intrigant, alors que le représentant du parquet a affirmé à maintes reprises qu’aucun homme ne figurait parmi les manifestants, on voit bien dans la vidéo que non seulement il y avait beaucoup d’hommes, mais qu’en plus, certains étaient armés.
L’autre fait sur lequel s’est appuyée l’accusation, c’est le supposé bombardement d’un marché d’Abobo, le 17 mars 2011. Selon le récit raconté hier à la barre de la Cour pénale internationale (Cpi) par les collaborateurs de Fatou Bensouda, des éléments du Bataillon artillerie sol air (Basa) basés au camp commando d’Abobo sont à l’origine de ces bombardements. A en croire l’accusation, ces bombardements auraient visé le quartier d’Abobo derrière rail, le Village Sos et la mairie d’Abobo et auraient fait vingt cinq victimes. Mais la question à laquelle l’accusation n’a pas répondu, c’est de savoir pourquoi l’armée a décidé de lancer des obus sur ces endroits précis et non ailleurs. Surtout que Mme Bensouda et ses collaborateurs affirment qu’au moment des faits, aucun individu armé n’était présent à Abobo. Comme si le «Commando invisible» dont on sait qu’il s’était rendu maître d’Abobo n’avait jamais existé. Autre motif d’interrogation, c’est le nombre de victimes au regard du mode d’action des meurtriers tel que décrit par l’accusation. En effet, tout au long de son exposé, le représentant du parquet a affirmé à plusieurs reprises que les éléments des forces de défense et de sécurité (FDS) tiraient aveuglément. On se demande alors comment, dans une zone « densément peuplée », comme l’accusation elle-même a décrit la commune d’Abobo, des tirs aveugles ne réussissent qu’à faire à peine une vingtaine de victimes. Surtout que plusieurs obus de mortier sont supposés être tombés sur un marché bondé de monde.
Mais la plus grande faiblesse de l’accusation, c’est qu’au cours des exposés, elle n’a jamais montré clairement l’implication personnelle et directe du président Gbagbo dans la commission des faits. En dehors d’affirmations générales sur le rôle de chef d’Etat et de chef suprême des armées, nulle part l’accusation n’a brandi un ordre verbal ou écrit explicite donné aux militaires pour tuer. Plus ridicule, l’accusation a cité régulièrement les généraux Mangou et Détoh comme étant les relais entre le président Gbagbo et l’armée. Or ces derniers, tout le monde le sait, sont aujourd’hui dans les bonnes grâces du régime Ouattara.
Aujourd’hui, la défense qui prendra la parole aura certainement l’occasion de relever toutes les incohérences et les contradictions d’une accusation dont on voit bien qu’elle n’a fait que recopier les rapports de l’Onuci et de certaines Ong. Croisons les doigts !
Guillaume T. Gbato
gtgbato@yahoo.fr
Fri, 22 Feb 2013 17:17:00 +0100
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