« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

Après l’échec de la gratuité généralisée des soins de santé: Gratuité ciblée des soins, une autre désillusion !

« Cette mesure de gratuité totale s’est muée en gratuité ciblée à partir du 20 février 2012 sans qu’une analyse correcte de l’échec de la première mesure n’ait été faite », révèle un directeur départemental de la santé qui a requis l’anonymat. Selon lui, «aujourd’hui les mêmes difficultés demeurent. A savoir le manque de médicaments, le manque d’intrants et démotivation du personnel ». Pourtant, l’objectif était noble au départ. Il s’agissait de rendre gratuits tous les soins médicaux du couple mère-enfant. C’est-à-dire que l’entièreté des actes médicaux liés à la grossesse, à l’accouchement et les éventuelles complications (césarienne), devrait être prise en charge par l’Etat. Des kits appropriés devraient être disponibles dans toutes les maternités du pays. De même, pour les enfants de 0 à 5 ans, les soins des pathologies fréquentes telles que le paludisme devraient être gratuits.

« Des kits incomplets »

Malheureusement, ce beau tableau n’est pas conforme à la réalité. Un tour sur le terrain montre « les kits d’accouchement que nous recevons sont très souvent incomplets. Ce qui nous oblige à prescrire », témoigne une sage-femme d’un centre de santé dans le quartier chic de Cocody. M. Touré Constant (un nom d’emprunt) a vécu il y a deux semaines une situation inextricable où sa femme a failli perdre la vie. « Ma femme en grossesse a commencé ses contractions à la maison. Nous nous sommes rendus au Chu de Cocody. Là-bas, je me suis entendu dire qu’il n’y a pas de place. L’agent qui nous a reçus, nous a expliqué que le Chu de Yopougon n’étant pas opérationnel à 100%, celui de Cocody était fortement sollicité avec celui de Treichville », a expliqué M. Touré. Mais, ce qui l’a « traumatisé », c’est quand l’agent lui a dit que « même s’il y avait de la place, il n’y a pas de matériel ». N’ayant plus le choix, Touré s’est rendu dans une clinique moins chère à Abobo. Là-bas, il est ébranlé par le fait que le médecin de la clinique lui annonce que sa femme doit accoucher par césarienne. Il a alors voulu se rendre à l’hôpital général d’Abobo. Mais, « le médecin et tous ceux qui étaient présents m’ont dit qu’ils travaillent tous dans cet hôpital et qu’il n’y a pas le matériel nécessaire pour faire la césarienne. Qu’ici (ndlr: clinique) ; certes c’est un peu plus, le matériel est disponible. J’ai finalement accepté et ma femme a pu accoucher in-extremis par césarienne », raconte l’interlocuteur. Toujours à en croire le directeur départemental «le taux de satisfaction des centres de santé en médicament fournis par la Pharmacie de la santé publique (Psp) est de 18% en termes de disponibilité et de 10% en termes de quantité ».

« Pénurie de médicaments »

« La gratuité ciblée est très partielle. Nous n’arrivons pas à satisfaire la cible que le ministère de la Santé a visée. Il nous arrive d’être en manque de paracétamol pour faire baisser une simple fièvre. Les antipaludiques manquent souvent et d’autres dizaines de molécules », affirme un médecin d’un centre communautaire de Cocody. Ce qui n’est pas faux, car selon le directeur départemental de la santé, les ruptures vont de « 90 jours à 120 jours. Et les kits sont incomplets quand ils sont disponibles ».
L’espoir du ministre de la Santé et de la Lutte contre le sida, réside dans la nouvelle Psp qui est en train d’être mise en place. Au cours d’une réunion avec le comité en charge de la mise en place de cette nouvelle centrale d’achat et de distribution des médicaments dans les hôpitaux publics, elle a émis l’espoir qu’avec la « nouvelle Psp, tous les problèmes de rupture seront réglés et la gratuité ciblée pourra bien se faire ». Par contre, un expert pense que « la nouvelle Psp n’y changera pas grand-chose ». Pour lui, « le fond du problème, c’est le financement du système de santé qu’il faut revoir ».

« Un personnel démotivé »

Le personnel de santé payé sur les ressources propres est démotivé. C’est surtout le cas dans les centres de santé communautaire où dans le cadre de la gratuité, l’Etat a décidé de prendre en charge leur salaire. Or, par le passé, ils étaient payés grâce aux paiements effectués à la caisse par les patients venus se faire soigner. Conséquence, il y a un manque à gagner pour ces centres de santé communautaire. « Ça fait quatre mois que le personnel non fonctionnaire de ces centres n’est pas payé», révèle un médecin en poste dans un centre communautaire. Ce qui fait qu’ils sont démobilisés. Toutefois, un autre soutient qu’« il faut reconnaitre que l’Etat a fait un effort depuis avril 2013 en payant le manque a gagner des structures sanitaires de l’année 2012, ce qui a permis de payer les arriérés de salaires du personnel payé sur ressources propres ». Il s’agit bien d’arriérés de 2012. C’est dire que ceux de 2013 restent à venir. En outre, les investissements que ces centres devaient faire en termes de construction de nouveaux bâtiments sont suspendus du fait de la politique de gratuité des soins.

Coulibaly Zié Oumar
In Notre Voie

Fri, 02 Aug 2013 06:04:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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