C’était la consternation totale, dimanche dernier, dans l’après-midi, au quartier Carrefour de Duékoué. A l’origine de ce climat de tristesse, l’immolation d’un bœuf blanc sur l’un des 4 charniers où sont ensevelies, dans l’anonymat, les victimes du génocide wê perpétré par les forces armées pro-Ouattara, avec la complicité passive de l’Onuci et des forces française Licorne, durant la crise postélectorale. Ce sont les hommes du nouveau chef de l’Etat, Alassane Dramane Ouattara, qui ont accompli ce rituel en guise de sacrifice, a-t-on appris, pour conjurer un éventuel mauvais sort contre lui, sur les terres des Wê. Toujours selon nos sources sur place, Ouattara aurait souscrit à cela. En égorgeant donc un bœuf blanc sur un charnier, la veille du meeting d’Alassane Dramane Ouattara à Duekoué, les auteurs de ce rituel, à en croire les habitants du Carrefour interrogés, espèrent garantir la paix à Ouattara durant son séjour dans le chef-lieu de la région. «Ils ont égorgé le bœuf sur le charnier à 13h (dimanche dernier,ndlr)en présence de l’actuel chef du village, Kouhon Baya, militant du Rdr, désigné après l’assassinat du premier chef de village, un militant Fpi, tué pendant la crise. Le chef du canton de Duékoué, Bah Tahi François, était aussi présent à l’immolation. Il a récité des incantations pendant la séance. Ce sont des parents indignes parce qu’ils se mêlent à ceux qui nous ont tués pour faire un tel sacrifice révoltant», dénonce une jeune dame, rescapée du génocide Wê.
Sur le site du charnier où l’équipe de reportage de Notre Voie s’est rendue, lundi à 15h, peu avant le meeting d’Alassane Dramane Ouattara sur la place de la paix à Duékoué, le sang abondant du bœuf égorgé était visible.
Pendant son meeting, M. Ouattara dont les partisans ont empêché plusieurs femmes vêtues en noir d’entrer à la mission Catholique abritant les déplacés de guerre, n’a pas occulté les massacres commis par ses forces armées à Duékoué pendant la crise postélectorale. Il a promis de sanctionner les auteurs de ces crimes de sang. S’agissant des nombreux déplacés de guerre qui sont toujours dans des camps, il n’a pas de solutions. Puisqu’il a invité les habitants des villages non détruits à accueillir leurs parents. Comme pour dire que les pensionnaires des camps de déplacés doivent déguerpir. De même, le chef de l’Etat n’a pas trouvé de solution au problème de l’occupation illicite des terres des autochtones wê posé par Oula Privat, vice-président de l’Assemblée nationale, intervenant au nom des populations. Ouattara s’est contenté de promettre qu’une nouvelle loi foncière sera élaborée plus tard. Les questions de l’insécurité dans la région, les exactions que continuent de perpétrer les forces armées pro-Ouattara sur les populations civiles ont été esquivées par lui. Parlant des cadres de la région qu’il semblait accuser d’être responsables de la crise à l’Ouest, Ouattara leur a demandé de faire leur mea-culpa. Mais avant son intervention, le maire de Duékoué, Tihi Kpaho Victor, a indiqué que sa cité a accueilli Ouattara à cause de l’hospitalité légendaire du peuple wê. Comme pour lui dire implicitement qu’il était, en vérité, indésirable dans la région.
Félix Teha Dessrait Envoyé spécial à Duékoué
In Notre Voie