« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

Visite de Ouattara à l’Ouest: Les vrais problèmes passés sous silence

Méprise ou provocation. La visite d’Etat qu’Alassane Dramane Ouattara a effectuée dans le grand Ouest s’achève sans avoir abordé les vrais problèmes des peuples visités. Les populations qui ont accepté cette visite, sous la menace des hommes en armes (Frci et dozos) qui les assiègent, ont fait les frais de l’indifférence et du mépris du pouvoir Ouattara. Visiblement, leurs intérêts et ceux du nouveau chef de l’Etat ne coïncident pas. «Ce qui intéressait les tenants du pouvoir, c’était de donner le sentiment à travers les médias, que tout va bien à l’ouest», a confié une source jointe au téléphone à Man. Partout où est passé le chef de l’Etat, Alassane Dramane Ouattara, les populations ont été agacées «de n’entendre parler que de réconciliation sans mesures concrètes et sans parler des problèmes réels qui constituent nos préoccupations», conclut notre source.
Les problèmes qui assaillent les populations autochtones de l’Ouest sont l’épineuse question du foncier rural ainsi que l’insécurité galopante et son lot d’exactions.

Les problèmes des peuples de l’ouest

Concernant le foncier rural, les populations attendaient Ouattara à deux niveaux. D’une part, «l’utilisation massive, incontrôlée et illégale des forêts classées par des individus qui sont, soit des étrangers, soit des allogènes». D’autre part, les difficultés relatives aux plantations et aux terres appartenant à des particuliers, des paysans. Selon notre source, la quasi-totalité des planteurs de la région ont été expropriés de leurs terres. «On peut affirmer aujourd’hui que c’est pour nos terres qu’on nous a fait la guerre. Quand les gens nous ont attaqués, ils ont mis le feu à nos villages pour nous obliger à fuir, puis ils se sont installés dans nos plantations». La situation est telle qu’au terme de dix années de guerre, de nombreuses personnes ont été tuées dans l’Ouest, leurs plantations sont occupées par des hommes en armes. Des paysans ont même fui leurs villages pour exiler à l’intérieur ou à l’extérieur du pays par peur d’être massacrés par les agresseurs. Pourquoi ces personnes ne reviennent-elles pas récupérer leurs plantations ? «Ceux qui ont commis l’erreur de revenir dans l’espoir de se réinstaller ont été simplement tués», poursuit notre source à Man. Précisant que «les hommes armés qui occupent nos terres ne veulent pas nous laisser retourner chez nous». Les populations avaient espéré que le chef de l’Etat qui parle de réconciliation et de reconstruction «trouve des solutions à ce problème». Tout comme elles l’attendaient sur la question de l’insécurité dans la région. Au cours de sa visite, Alassane Dramane Ouattara a demandé aux réfugiés «de rentrer». Mais le peuple de l’Ouest se demande comment les réfugiés peuvent rentrer chez eux, si les bandes armées qui assiègent la région depuis dix ans, continuent de tuer sans être inquiétées ; si tenter de se rendre dans sa plantation constitue un acte qu’on peut payer au prix de sa vie ? Pour les populations, si la question de l’insécurité est préoccupante en Côte d’Ivoire, «elle inquiète davantage dans l’Ouest du pays livré aux bandes armées qui agissent en toute impunité». Il est important de souligner que les organisations internationales de défense des droits humains y ont enregistré des violations massives et des massacres. Dont le génocide de Duékoué. Dans l’opinion nationale et internationale, la polémique sur la reconnaissance de ce massacre, comme un crime contre l’humanité n’est pas encore tranchée. Duékoué et tout l’Ouest attendaient que le chef de l’Etat se prononce aussi sur cette question.

Koulibaly Doucy In Notre Voie

Wed, 25 Apr 2012 23:24:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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