« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

Centrafrique: Une difficile cohabitation politique en vue

La cohabitation comme solution aux querelles politiques entre pouvoir et opposition fait de plus en plus des émules sur le continent. La recette a été expérimentée au Zimbabwe entre le président Robert Mugabe et l’opposant Morgan Tsvangirai, au Kenya entre le président Mwai Kibaki et l’opposant Raila Odinga et bien entendu en Côte d’Ivoire entre l’ex- président Laurent Gbagbo et l’opposition civilo-militaire. C’est le cas ivoirien qui vient, à quelques variantes près, d’être préconisé en Centrafrique.

Pris à la gorge par la rébellion du Séléka arrivée pratiquement aux portes de Bangui, le président François Bozizé n’avait pas d’autre choix que de négocier une cohabitation avec l’opposition, condition sine qua non de son maintien au pouvoir. Le vendredi 11 janvier 2013 à Libreville, devant ses pairs du Congo Brazzaville, de la Guinée équatoriale, du Tchad et du Gabon, pays hôte du sommet, le président centrafricain a signé un accord avec la coalition de l’opposition politique et de la rébellion du Séléka. Les termes de cet accord sont clairs: Bozizé devrait désormais cohabiter avec un Premier ministre issu de l’opposition qu’il va nommer, mais qu’il ne pourra révoquer.

En plus, il s’est engagé à ne plus se représenter à la prochaine présidentielle, au terme de son mandat actuel qui prend fin en 2016. Par ailleurs, l’opposition armée du Séléka revendique le portefeuille de la Défense qui serait aussi un acquis du sommet de Libreville. Si l’unanimité semble avoir été faite autour de la personne du célèbre avocat, Me Nicolas Tiangaye comme futur Premier ministre, rien ne semble acquis pour le détenteur du maroquin de la Défense. La rébellion qui a facilement défait les Forces armées centrafricaines (FACA), revendique de droit ce poste pour s’assurer une certaine garantie.

Or, on voit mal comment François Bozizé peut confier à ses adversaires «l’arme fatale» dont ils pourront se servir pour l’écarter du pouvoir. Avant l’échéance 2016, il coulera de l’eau sous les ponts. Bozizé qui a certainement beaucoup appris de la crise ivoirienne, manœuvre déjà. Aussi bien à son départ pour les pourparlers de Libreville qu’à son retour, il a mobilisé la rue qui tirait à boulets rouges sur ses adversaires. «Boz», comme l’appellent ses sympathisants, a lui aussi ses «jeunes patriotes», à l’instar de l’Ivoirien Laurent Gbagbo, actuellement pensionnaire du pénitencier de Scheveningen à La Haye (Pays Bas).

A chaque fois qu’ils sera en difficulté, il pourrait jeter ces inconditionnels dans les rues. Quant à l’opposition, sa cohésion risque d’être mise à rude épreuve, car le nectar du pouvoir pourrait faire entre temps son effet, en créant la division en son sein. Si au terme de son mandat en 2016, Bozizé arrive à semer suffisamment la zizanie parmi ses adversaires politiques, il pourrait se permettre un passage en force pour un éventuel troisième mandat, avec hélas pour conséquence, le réveil des vieux démons de la guerre.

Charles d’Almeida in L’inter

Tue, 15 Jan 2013 00:07:00 +0100

La Dépêche d'Abidjan

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