Seulement voilà. À en croire nos informateurs, l’homme attendait des garanties sécuritaires pour aller jouer sa partition dans le processus de réconciliation en Côte d’Ivoire. C’est dans cette expectative qu’il aurait été arrêté à son domicile de Tema, dans la banlieue d’Accra, pour être ensuite informé par les autorités ghanéennes de son rapatriement pour motif de réconciliation dans son pays. Des sources proches du pouvoir ghanéen confirment que le président du COJEP n’aurait pas eu de choix. Il n’aurait même pas eu le temps de prévenir ses proches avant d’être embarqué pour Abidjan.
De fait, soutiennent nos sources, pour pouvoir convaincre ses homologues John Dramani du Ghana et Macky Sall du Sénégal, proches du dossier, Alassane Ouattara leur aurait fait comprendre que Charles Blé Goudé était l’homme de la situation en ce qui concerne la réconciliation vraie en Côte d’Ivoire. C’est donc fort de cette assurance que le Ghana a procédé à l’extradition de celui qu’on surnomme en Côte d’Ivoire, "le général de la rue".
Une fois arrivé à Abidjan, Charles Blé Goudé aurait eu entre autres rencontres, un tête à tête avec le chef de l’État ivoirien au cours duquel, Alassane Ouattara lui aurait proposé de diriger la Commission dialogue, vérité et réconciliation en lieu et place de Charles Konan Banny. L’ancien leader estudiantin aurait posé comme préalable, la libération de tous les prisonniers politiques, pour assumer confortablement cette mission, estimant que l’élargissement des prisonniers d’opinion serait un gage de bonne foi du pouvoir d’État. Là dessus, les deux partie ne se seraient pas entendues. Gardé à la DST à Abidjan depuis dimanche, selon nos sources, Charles Blé Goudé devrait être transféré à son lieux de détention d’où les discussions devraient se poursuivre.
Vrai ou faux, toujours est-il que le pouvoir Ouattara qui crie à tue-tête à la réconciliation ne semble pas véritablement s’en préoccuper. En effet, comment comprendre que les Ivoiriens puissent se réconcilier quand des leaders d’une bonne portion de la population sont en prison ou en exil ? Comment parler de réconciliation quand le pouvoir actuel affirme détenir Charles Blé Goudé dont la force de mobilisation n’est plus à démontrer, sans qu’on n’ ait de nouvelles de lui ? Il y a bien lieu de s’inquiéter . Car Charles Blé Goudé lui-même, qui répondait à l’ hebdomadaire Jeune Afrique, a évoqué son élimination physique : "Vous savez, je suis menacé. On me recherche pour me tuer. Des tueurs à gage sont envoyés dans tous les pays où l’on me soupçonne d’être."
L’ONG Human Rights Watch qui a salué l’arrestation de l’ex-ministre de la jeunesse de Laurent Gbagbo a, à juste titre, invité les autorités ghanéennes à "s’assurer, avant de le remettre éventuellement à la Côte d’Ivoire, qu’il ne courait pas un risque crédible de traitement inhumain ou de torture » dans son pays.
Les Ivoiriens ont besoin de savoir pour aviser. Le gouvernement leur doit des explications.
Axel Illary
Mon, 21 Jan 2013 15:22:00 +0100
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