« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
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Côte d’Ivoire : comment relever le défi de la réconciliation

La Côte d’Ivoire s’est fixé pour objectif de devenir un pays émergent à l’horizon 2020. Cette ambition ne peut aboutir que si les tensions politiques qui persistent actuellement ne dégénèrent pas en conflits destructeurs. Raison pour laquelle, parmi de nombreuses options, la réconciliation me semble s’imposer comme le chantier le plus important pour l’avenir du pays.

L’enjeu n’a pas échappé aux autorités ivoiriennes. D’où la création d’une Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation (CDVR), par une ordonnance du 13 juillet 2011. Étant donné que le temps qui lui est imparti est de deux ans, les Ivoiriens et les amis de la Côte d’Ivoire s’interrogent et s’inquiètent. Le pays sera-t-il réconcilié à l’échéance ?

La principale clé pour réussir, et qui fait pour l’instant défaut, est, selon moi, la méthode de convergence. J’entends, par ce concept, une démarche inclusive, ordonnée et séquentielle, dont les étapes successives, si elles sont respectées, se renforcent mutuellement pour faire converger le pays vers la réconciliation. Quelles sont ces étapes dans la quête de la réconciliation en Côte d’Ivoire ?

Cessation des hostilités

Je ne retiendrai ici que les trois plus importantes. La première porte sur la formation d’une tierce partie (TP). Cet ensemble de personnes dont la vocation est de travailler pour réconcilier les belligérants est formé d’une première composante, issue des deux camps en conflit, dite tierce partie intérieure (TPI), et d’une autre, extérieure au conflit, dite tierce partie extérieure (TPE). La TPI s’accorde pour obtenir la cessation des hostilités et la définition des principes de la réconciliation (elle ne peut être efficace que si elle compte parmi ses membres les leaders des protagonistes – c’était le cas de Nelson Mandela et de Frederik De Klerk en Afrique du Sud). Pour sa part, la TPE se charge d’affiner ces principes et de les appliquer.

Cette étape est-elle honorée en Côte d’Ivoire ? Ici, ce qui m’apparaît comme la TPI est le Cadre permanent de dialogue (CPD), la CDVR représentant, elle, la TPE. Or il y a lieu de s’inquiéter, car comment la CDVR peut-elle être efficace alors que la création du CPD lui est postérieure et que les principes de la réconciliation, en discussion au sein de cette instance, ne sont pas encore définis ?

Deuxième étape incontournable : la cessation des hostilités, à savoir les agressions militaires et physiques, bien entendu, mais aussi les privations de liberté, les attaques verbales, les répressions d’ordre professionnel, économique et financier, etc. Pendant et après la transition, aucun des belligérants ne doit poser d’acte en rapport avec le conflit et qui ouvre de nouvelles blessures.

Justice de réconciliation

Qu’est-ce que l’on constate en Côte d’Ivoire ? Alors que la CDVR est en activité, toutes formes d’hostilité se poursuivent, ouvrant chaque jour de nouvelles blessures.

L’accord sur les instruments de la réconciliation, c’est-à-dire sur les vérités à mettre au jour, sur les justices à actionner, etc., constitue à mon sens une troisième étape majeure. En l’occurrence, si l’on s’en tient à la problématique judiciaire, durant une transition, la tierce partie tient à sa disposition la justice pénale et la justice de réconciliation. Or je pense que, pour des crimes de masse, la justice pénale est inappropriée. C’est la justice de réconciliation qui devrait tenir le premier rôle, à condition qu’elle ne juge que les prévenus qui avouent leurs crimes et s’en repentent. Les autres doivent être traduits devant la justice pénale.

En Côte d’Ivoire, ces différentes justices sont-elles mises à contribution de manière articulée ? À ma connaissance, non. Les autorités judiciaires pratiquent la justice pénale comme si le pays n’était pas en transition vers la réconciliation. Pour que cette dernière réussisse, je ne saurais donc trop recommander l’utilisation de la méthode de convergence.

Par Pr Tchétché N’Guessan
Directeur honoraire du Centre ivoirien de recherches économiques et sociales (Cires) et ancien administrateur de la BAD.

In Jeuneafrique.com

Thu, 21 Feb 2013 17:36:00 +0100

La Dépêche d'Abidjan

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